La vague du football féminin submerge l'opinion française

Dix millions de téléspectateurs pour France-Corée du Sud puis France-Norvège, la coupe du Monde féminine de football cartonne sur la télévision française. Qu’en est-il de l’engouement dans le pays hôte, quelles en sont les causes ainsi que les conséquences au point de vue marketing ? Analyse du phénomène avec l’avis de Swann Borsellino.

Elles n’ont pas encore ramené la coupe à la maison mais le public devant son poste et c’est déjà une grande victoire. Une audience à deux chiffres en France pour les matches des Bleues et un engouement tout neuf pour une compétition qui en est à sa huitième édition. France 2019 est déjà un succès dans l’hexagone.

Swann Borsellino est Français. Il est consultant RTBF, ancien journaliste à So Foot mais aussi responsable communication et marketing auprès de sportifs. Il détaille les raisons qui pourraient expliquer ce succès : "Il y a eu une progression du football féminin au cours des dernières années. On a le meilleur club du monde (Lyon) donc ça contribue pas mal au fait que les gens s’y intéressent et au fait qu’on a une bonne équipe. Il y a aussi un essor du football en France depuis que les hommes ont gagné la coupe du monde l’an passé. Après, le foot n’est pas forcément toujours perçu comme un sport très populaire. Plein de gens, pas forcément pour de bonnes raisons, n’aiment plus le foot des garçons parce qu’ils trouvent qu’il y a trop d’argent, que les mecs sont trop payés, qu’ils font trop les stars. Ils retrouvent dans le foot féminin une certaine fraîcheur, quelque chose de nouveau, de plus naturel et plus populaire qui peut expliquer les deux incroyables audiences".

"Il y avait du monde dans les bars"

Cette nouvelle popularité, toujours plus grande, est également accentuée par une meilleure exposition médiatique : "Il y a des choses que l’on n’aurait pas forcément vues il y a quelques années. Hier, il y avait du monde dans les bars pour le match de l’équipe de France féminine. Des gens buvaient des chopes en suivant la rencontre avec attention là où je pense qu’avant ce n’était pas forcément le cas. Il y a un engouement, on le voit dans les médias français : TF1 en a fait une émission, beIN Sports en parle également, Canal+ aussi, l’Equipe traite énormément le sujet tout comme So Foot. Il y a une appétence des médias à travailler avec les joueuses parce qu’à l’heure actuelle, les filles sont plus accessibles que les garçons."

Cela n’a pas laissé insensible les marques : "Il y a un truc un peu fou, c’est que les marques ont mis plus de budget sur le mondial féminin que masculin. Les grosses marques ont l’habitude de travailler sur le foot masculin et ils veulent se développer sur le foot féminin."

Un succès exclusif au football ? : "En France, on a souvent eu de bonnes équipes féminines en sports collectifs comme en handball, en basket mais il y a jamais eu cet engouement. C’est vraiment propre au foot."

Depuis le début de la compétition, le succès populaire de l’équipe de France féminine ferait presque de l’ombre à son homologue masculine. Battus en Turquie (2-0) samedi dernier, les hommes de Didier Deschamps ont fait presque moitié moins d’audience que leurs consœurs. Mais, pour Swann Borselino, les comparaisons ne servent personne : "La meilleure promotion du foot féminin, ça serait d’arrêter de le comparer au football masculin. Je vois parfois des articles où telle joueuse c’est la Mbappé ou la Kanté de l’équipe de France. Le meilleur moyen de les mettre en avant c’est de commenter cette coupe du monde comme une coupe du monde de football. Il faut éviter les deux extrêmes, soit les gens qui disent que c’est nul parce qu’ils sont frustrés, soit les gens qui disent que c’est 1000 fois mieux que le foot masculin car elles sourient, disent merci, qu’il y a pas de simulation ou qu’elles gagnent moins bien leur vie. Je pense que c’est important de profiter de cette situation. Il ne faut pas forcément rentrer dans un antagonisme avec le football masculin."

Pour atténuer le phénomène, le succès du tournoi en France touche surtout les matches de l’équipe nationale. Les affluences au stade et le suivi télévisé des autres rencontres ne sont pas aussi importants. "Il est normal qu’énormément de gens regardent car c’est la France. Quand tu demandes aux gens, est-ce que vous avez regardé l’intégralité des matches de la Coupe du monde masculine ? Très, très peu sont ceux à l’avoir fait donc au fond ce n’est pas quelque chose qui est très grave", répond Swann Borsellino.

Au final, si la compétition acquiert un engouement en France, allant au-delà des prévisions, elle n’est qu’un début. C’est dans les mois futurs, après la finale, que les joueuses françaises pourront constater à travers leur vie en club l’attention qui leur est portée.

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