Poissons d'avril sportifs : quand la réalité écrase la fiction... (Partie 2)

Poissons d'avril sportifs : quand la réalité écrase la fiction... (Partie 2)
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Poissons d'avril sportifs : quand la réalité écrase la fiction... (Partie 2) - © YORICK JANSENS - BELGA

On vous le raconterait, vous ne le croiriez pas. On en aurait fait des poissons d’avril, vous les auriez taxés de "fantaisistes". Et pourtant, oui : ces faits sportifs ont bien eu lieu. À l’évidence, ils étaient forcément faux ; au vrai, ils étaient vraiment vrais. Quand la réalité dépasse (si souvent) la fiction...


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8 juillet 2014, Brésil-Allemagne (1-7) : l’effroi dans l’antre du futchebol

C’aurait pu être le score final d’un printanier tennis-ballon face à d’aimables cymbaliers biélorusses croisés au hasard d’un barbecue, mais non… Nous sommes en demi-finale de Coupe du Monde, opposant les deux pays les plus titrés du foot mondial… Les Cariocas ont coloré d’auriverde leur Estadio Mineirao de Belo Horizonte... mais c’est le crêpe noir qu’il aurait dû choisir. Une partie dantesque, menée unilatéralement entre les olives et la poire par la troupe de Joachim Löw.

Marcelo et ses dreadlocks font espérer son peuple d’une frappe non-cadrée dès la 3e minute, mais c’est déjà le feu de paille. 11e minute : sur centre de Tony Kroos, Thomas Müller place sa béquille droite pendant que David Luiz re-tresse ses crolles (0-1). Premier coup de semonce, pas encore d’inquiétude dans le camp local. Sur le papier financier, la bande à Scolari garde toujours le meilleur C.V. : 951 millions d’euros de valeur-effectif cumulée pour seulement… 942 à l’escadrille teutonne. Sauf que Thiago Silva et Neymar sont en survêt : le premier est suspendu, le second a la cheville qui fait bobo.

De la 23e à la 29e, la Planète Foot toute entière va passer de l’étonnement à l’effroi… avec zestes de stupéfaction et même (oui, oui) d’hilarité. En 367 secondes, Miroslav Klose, Toni Kroos (deux fois) et Sami Khedira vont ajouter 4 bâtonnets aux olives de l’apéro : le Brésil avale ses cure-dents de bambou. "Pince-moi, j'hallucine" glisse le parrain au filleul, tous deux affalés devant la petite lucarne.

En défense centrale, l’ex-Standardman Dante Bonfim se remémore avec nostalgie ses balades à Zulte Waregem, et au milieu, le dénommé Bernard (qui ?), chargé de remplacé Neymar, pleurniche ses mines de sel de Donetsk. Devant, Hulk se croit casté dans un comic pire encore que son homonyme verdache, alors que son comparse Fred n’est, ce soir-là, mesuré sur les possessions de balle… que lors des remises en jeu – stat officielle de la firme désignée du tournoi !

À la demi-heure, c’est 0-5 : le peuple carioca, hum, hum, se dit qu’un forfait initial eût peut-être été plus judicieux... Mais c’est connu, le chevalier teuton est humble et large d’esprit. La Mannschaft lève dès lors le pied… jusqu’à la 70e, moment choisi par Andreas Schürrle (lequel n’avait sans doute pas pigé la consigne de cessez-le-feu…) pour enfiler deux dernières craquottes dans la hotte à Julio Cesar, le gardien brésilien – qui, pour le coup, avait enfilé le mauvais falzar.

À 0-7, Neymar coupe sa télé pour aller jouter ses potos au poker : il ne verra pas le but… de l’honneur (pouvez répéter ?) gratté par le bon Oscar, mais sans statuette, lequel aurait aimé passer à une autre postérité. Pas grave : ce soir-là, le Brésil a la suprématie des frappes (18 à 14… mais clairement direction le parking du stade) et de la possession (52% contre 48 – merci, Fred, d’être venu).

Deux ans plus tard, le Maracana tentera de faire croire à la revanche gagnante : en finale du tournoi olympique, Neymar et ses boys chipent aux Allemands la médaille d’or tout au bout des tirs aux buts. Mais les Deutsch ricanent le long de leurs rouflaquettes : le plus beau coucher de soleil, c’était clairement celui de Belo Horizonte.

27 juillet 1950 : le zouave qui tournait au rosé… (ou pas)

Si Chris Froome finissait le Ventoux à pied en 2016, 66 ans plus tôt Abdel-Kader Zaaf, lui, bouclait son étape… en sens inverse. Le cycliste algérien, plusieurs fois champion de France amateur dans l’Algérie coloniale, reçoit du peloton son bon de sortie, en cette 13e étape du Tour de France 1950 (vainqueur final : Ferdi Kübler), menant à Nîmes. Sauf que la chaleur est suffocante et qu’après avoir mené plusieurs attaques pour semer son comparse d’échappée, le bon Zaaf s’écroule au pied d’un platane, déshydraté.

N’écoutant que leur bon cœur, les braves riverains aspergent d’eau le malheureux… et emplissent ses bidons du breuvage local, un modeste Château Canne Blanche bon marché de chez l’ami Piquette. Musulman pratiquant, peu rompu à l’alcool, Zaaf reprend connaissance illico… et repart à contre-sens, croisant le peloton (pourtant pointé à 16 minutes…) et n’étant finalement stoppé que par la voiture-balai ! Il en sera quitte pour un lavage d’estomac à l’hôpital de Nîmes, après que le toubib de garde eut constaté : " Ce type sent le rosé ! " On n'avait jamais aussi bien résumé une échappée-fleuve…

Sauf que la véritable histoire était, semble-t-il, bien plus tragique… Ledit Abdel-Kader aurait, le matin de l’étape, avalé une boite entière d’amphétamines fournie par un confrère-coureur belge et aurait donc fait une overdose. Raillé par la presse qui l’avait rebaptisé " le zouave du peloton ", rejeté par son village d’origine, Zaaf avait trouvé refuge en Bretagne où, au café du coin, on avait coutume d’appeler la petite dernière… " le petit Zaaf ".

Reste que l’Algérien avait pigé la musique du grand cirque qu’était le Tour : lors de la dernière de ses 4 participations à la Grande Boucle, il prenait toutes les échappées… pour rafler les primes de sprints intermédiaires. Avant de se laisser re-glisser à la dernière place, synonyme de lanterne rouge… Dont il avait compris tout le potentiel lucratif dans les critériums d’après-Tour. Roger, remets un petit Zaaf.

12 septembre 2019 : Kim Clijsters, le retour du fils de la vengeance…

Cela commence comme une annonce de grossesse. Ou même d’une quatrième naissance, histoire d’égayer les après-midi de Jada Elly, Blake Richard et Jack Leon… et surtout les nuits de Papa et Maman Lynch-Clijsters. "Je suis excitée de vous annoncer que je ferai mon deuxième retour sur le circuit WTA" : l’annonce vidéo de Kim Clijsters fait  sensation… autant qu’elle fait naître de multiples questions. On croit à une vanne de potaches, à un fichier WAV trafiqué par des students désœuvrés… mais non. Le 1er avril est passé depuis 164 jours, c’est donc un vrai projet de retour : le troisième après deux premiers arrêts de carrière en 2007 (à 25 ans !) et 2009, chaque fois pour pouponner cool à l’aise, loin des avions et de la pression.

"Ces sept dernières années, j'ai été maman à temps plein et j'ai adoré ça. Mais j'ai aussi adoré être une joueuse de tennis professionnelle. Et honnêtement, cela me manque. Et si j'essayais les deux ?" s’interroge Killing Kim pour cette opération-commando déjà rebaptisée Kimback. Comme certains veulent faire un marathon pour leurs 50 ans, Clijsters (alors âgée de 36 ans) lance donc le challenge de sa vie… en dépoussiérant sa raquette Babolat rangée depuis 2012.

18 mois plus tard, le bilan est du genre très, très mitigé. La Covid-19 est passée par là : un circuit WTA paralysé, des tournois annulés, une contamination de Kim au vilain virus en janvier 2021 et même une opération au genou.

Et entre-temps, trois petits matches officiels… marquée par des défaites, " encourageantes " comme on dit, mais des défaites quand même au printemps contre Garbine Muguruza (Dubai), Johanna Konta (Monterrey) puis, fin d’été, Ekaterina Alexandrova (Flushing Meadows). Trois revers au premier tour qui douchent les enthousiasmes… réels ou feints.

Le toucher de Kim est intact, son œil aussi… mais le rythme n’y est plus. Et à 37 piges et 298 jours, le corps, usé par trois grossesses, agonise. Même si l’été venu, quelques victoires en exhibition, face à Sofia Kenin, Danielle Collins et Sloane Stephens, recoloreront très légèrement l’étoile…

Suivra un déménagement de la petite famille de Bree vers le cottage du New Jersey : loin des yeux indiscrets, loin de la pression de tous les peuples de  Gaule. Depuis, le grand silence radio : entre deux séances déco du salon et de la chambre des enfants, Killing Kim s’entraînerait dur at homeSauf que son service de presse n’a reçu aucun programme de tournois pour la saison 2021. Et que son ranking WTA penche dangereusement vers la 1.064e place mondiale…

Alors Kimback, stop ou encore ? Et si c’était un joli prénom pour (encore) un petit dernier ?

29 juin 2013 : Gary parque le bus Orica GreenEDGE

D’habitude, c’est José (Mourinho) qui gare le bus, mais cette fois, c’est Gary. Garikoitz Atxa est le chauffeur du car de l’équipe Orica GreenEDGE et ce jour-là, il pilote les VIP invités par le service marketing vers la zone d’arrivée. Le Tour fête son Centenaire, et fait honneur à la Corse : à Bastia, les badauds flânent sur la plage d’Arinella, fameuse pour son sable fin et chaud, si doux aux papattes.

Mais Gary ne cause pas bermuda, il est à la bourre car il a pris du retard : il débarque donc à la hussarde au Village-Arrivée de cette première étape promise aux sprinters.

Y a un truc qui bloque. Je pousse la pédale, mais y a toujours un truc qui bloque. Le mastodonte à quatre roues ne passe pas la ligne d’arrivée, il est calé : son sommet est venu s’encastrer… dans le portique d’arrivée. Le peloton, tiré à vive allure par les poissons-pilotes, est signalé à 10 bornes de la ligne. Allô Christian Prud’homme ? Le patron du Tour croit à une mauvaise blague… ou alors à une belge. Nenni, celle-ci est australo-basque.

Impossible d’avancer, impossible de reculer : le crash frontal est programmé. Dans le peloton d’ailleurs, l’abattage en règle a débuté : les chutes s’enchaînent, Peter Sagan et André Greipel ont bouffé du pavé et ne rugiront pas dans la ligne droite. Le pauvre chauffeur de bus n’en démord pas : " J’ai suivi les consignes, on m’a dit d’avancer, les portiques d’arrivée d’ASO sont les mêmes qu’au Dauphiné Libéré… où je n’ai eu aucun souci"

Surgit alors le vrai héros de tous les temps, the true one : ce samedi-là, le messie s’appelle Stef et vient de Schoten, au nord d’Anvers. Stef Hermans bosse pour un fournisseur de barrières Nadar et a déjà vu une scène semblable de car acariâtre à l’Alpe d’Huez. Son idée est lumineuse : il faut dégonfler les pneus du bus, pour en baisser la hauteur. Aussitôt fait : fiat lux et bus movetur (vous aurez traduit du latin : "le bus bouge"), fin du mauvais tour.

Quelques secondes plus tard, Kittel déboule et place son Marcel devant les molosses à mollets pour cueillir le premier de ses 14 bouquets d’étape au Tour. L’année suivante, le même bus Oreca GreenEDGE pliera… un panneau de stationnement en zone d’arrivée : Gary était-il aux manettes ?

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