"On ne court pas au ralenti sur la plage, nous : on sprinte !"

"On ne court pas au ralenti sur la plage, nous : on sprinte !"
"On ne court pas au ralenti sur la plage, nous : on sprinte !" - © Tous droits réservés

Sur la plage d’Ostende, il fait un temps à ne pas mettre une botte dehors. Du genre drapeau rouge, baignade interdite. Et pourtant des nageurs, pagayeurs, " planchistes " et coureurs pas comme les autres ont pris possession des lieux. Ils viennent de Grande-Bretagne, d'Irlande, de France, d'Espagne, d'Autriche, de Suisse, d'Allemagne, de bien d’autres nations encore, et évidemment de Belgique. La Reine des Plages accueille les championnats d’Europe de Sauvetage. Bonnet noir-jaune-rouge sur la tête, Aurélie Romanini récupère après l'une des ses courses du jour, le relais (kayak, nage, planche, course) : " Le temps de reprendre mon souffle et mes esprits, mais franchement : j’ai kiffé, comme on dit ! ". La Belgique prend la 5e place de cette épreuve, une des nombreuses au programme de cet Euro de Sauvetage.

Sauvetage, ou " Lifesaving ", comme on dit au pays où tout a commencé : l’Australie. " Là-bas le sauvetage est vraiment très développé. ", explique Aurélie, ancienne nageuse reconvertie (comme beaucoup de pratiquants) et médaillée d’or avec la Belgique aux derniers Jeux Mondiaux. " Ce sont les Australiens qui ont inventé le sauvetage de compétition : les postes de sauvetage faisaient des petits concours entre eux pour voir qui était le meilleur, et c’est comme ça que ça s’est développé. "

Ludique et varié

Le sauvetage sportif, c’est un sport à multiples facettes. Un peu comme le décathlon en athlétisme. Des épreuves variées, en piscine et en eau libre. Ici il faut nager (parfois en apnée, avec des obstacles, des mannequins à récupérer, des bouées à utiliser…), pagayer (sur un genre de kayak, le " surf ski " dans le jargon), gérer une planche (" board ", une espère de surf où on " rame " avec les mains), courir sur la plage…

" En fait ce sont des gestes du sauvetage réels qu’on a adaptés à la compétition ", précise Denis Ulweling, directeur de la Ligue francophone belge de sauvetage. " Bien entendu, quand vous les voyez en piscine remorquer un mannequin par exemple, ils remorquent en crawl, et plus du tout en nageant comme le ferait un sauveteur pour aller chercher une victime. L’esprit est là, ça reste quand même l’ADN de la discipline, mais adapté à la compétition. "

Les participants à cet Euro ont d’abord passé 3 jours en piscine, à Bruges, avant de débarquer sur la plage d’Ostende pour 3 jours de compétition côtière, dans le vent, la pluie, les vagues.

Nele Van Buel, autre membre de l’équipe belge, apprécie ces conditions : " C’est une autre course, tout peut changer s’il y a des vagues : tu peux être derrière, attraper la vague, et passer premier. C’est beaucoup plus gai ! "

Nele habite Durbuy, elle s’entraîne donc parfois en rivière plutôt qu’en mer ou sur lac, son sport peut lui prendre jusqu’à 4 heures d’entraînement par jour, entre piscine, course, et autres techniques. Avec toujours ce fil rouge, l’inspiration venue du sauvetage de victimes. " Tout le matériel qu’on utilise est utilisé en Australie pour sauver des gens. Comme le kayak par exemple, ils mettent des victimes à l’arrière. Les planches aussi : dans une autre épreuve, le " Board Rescue ", il y a une nageuse qui joue la victime, et l’autre qui doit aller la sauver. Les 2 reviennent ensuite sur la plage en partageant la planche. "

Un sport, parfois un métier

En Belgique, on compte +/- 6500 pratiquants au sein des 2 ailes de la Fédération de Sauvetage. Environ 500 d’entre eux font de la compétition, jeunes et moins jeunes. Avec pour la plupart un métier à côté : pas question de professionnalisme comme dans d’autres pays.

En France, par exemple, de nombreux membres de l’équipe nationale sont sauveteurs ou sauveteuses " de métier ". Comme Maël, nageur-sauveteur l’été sur les plages d’Hossegor, face à l’Océan Atlantique. " La pratique du sauvetage permet d’être beaucoup plus efficace dans notre métier, si on doit aller chercher une victime dans les vagues par exemple. On s’entraîne tous les jours, ça aide vraiment sur les plages. Plus de rapidité, plus d’assurance. Et s’entraîner dans les vagues nous donne des facilités quand on doit ensuite intervenir dans les mêmes conditions sur une victime, plus de lucidité au moment d’évaluer la situation. "

L’an prochain, les championnats du monde emmèneront les meilleurs sauveteurs sportifs au berceau de la discipline, sur les côtes australiennes. Bien loin des plages de Malibu et de l’image télévisée des sauveteurs (et sauveteuses) en maillot rouge : "On ne court pas au ralenti sur la plage nous, on sprinte !"

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