Le collectif #balancetonsport s'interroge : "Le Sport aurait-il été créé par les hommes pour les hommes ?"

Le 8 mars dernier, Charline Van Snick et un collectif de sportives pro et amatrices lançait le premier coup de girl avec #balancetonsport pour dénoncer les discriminations dont sont victimes les sportives. Ce mardi 4 mai, place à l’acte 2.

#balancetonsport, c’est l’initiative lancée début mars par Charline Van Snick et un collectif de sportives"Insultes banalisées, abus les plus extrêmes comme le viol : ça fait des années qu’on constate… aujourd’hui il faut agir !"expliquaient-elles.

Si l’appel a été lancé, il ne s’arrête pas là. Un acte deux vient de sortir : une lettre ouverte, co-signée avec des sportifs/sportives de haut niveau, des soutiens académiques et associatifs.

Egalité et équité ?

Dans cette lettre, le collectif dresse plusieurs constats, notamment la sous représentation des femmes au sein des rôles clés dans le monde du sport, mais aussi dans les métiers qui y sont liés : "À quelques mois des JO de Tokyo reportés, Thomas Bach, président du Comité International Olympique (CIO), déclarait fièrement "Aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020 cet été, nous aurons atteint l’équilibre entre les sexes avec 48,8% de femmes parmi les athlètes participants." C’est un progrès, certes, mais ce chiffre est-il pour autant synonyme d’égalité et d’équité ? Au sein des délégations sportives, quelle est la proportion d’entraineures, arbitres, responsables, officielles, gestionnaires, administratrices, docteures, kinés, commentatrices, journalistes et chroniqueuses sportives ? Affirmer que ce pourcentage reste bien trop faible en 2021 n’est pas un scoop. Le Sport aurait-il été créé par les hommes pour les hommes ? Le fait que les femmes peinent encore tant à briser ce plafond de verre le laisse bel et bien penser."


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Des projecteurs exclusivement braqués sur les équipes masculines

Il faut des femmes d’exception pour mériter un minimum d’attention médiatique.

Si les femmes sont de plus en plus représentées dans les infos sportives, le collectif montre cependant qu’on est encore loin d’être à égalité avec les hommes et souligne qu’il faut performer mondialement avant d’avoir un peu d’attention.

"En dépit des décrets signés par nos politiques, des notes de bonnes intentions, des chartes éthiques et des discours (auto) satisfaits de nos instances sportives, la réalité du terrain est à l’image de ce que nous expose le secteur de l’audiovisuel et des médias : les projecteurs sont quasi exclusivement braqués sur les équipes masculines et les performances sportives féminines ne sont pas traitées avec le même vocabulaire (quand les hommes font “des passes de génie”, “combats sur un pied”, “goals d’anthologie”, “sauts stratosphériques”, etc. ; les sportives sont régulièrement représentées de façon à valoriser leur supposée féminité, leur hétérosexualité et différents critères sexistes primaires versus leurs compétences athlétiques). Il faut des femmes d’exception (Kim Clijsters, Justine Henin, Nafissatou Thiam -pour ne citer qu’elles) pour mériter un minimum d’attention médiatique. Pire encore, les médias participent à une vision sexiste et négative de l’image de la femme pratiquant une activité physique intensive et/ou compétitive. Les filles et les adolescentes manquent de rôles modèles à leur image et les sportives ont plus de difficultés à se professionnaliser à cause de cette invisibilisation."

Des inégalités salariales

Qui dit moins médiatiser, dit aussi moins bien payer. Si le collectif souligne que les inégalités salariales concernent tous les secteurs professionnels, il souhaite souligner que le sport est un des plus mauvais élèves.

"Comme démontré par une rapide comparaison des contrats des clubs, des sponsorings ou des “prize money” des catégories féminines et masculines notamment. Si les contrats subsidiés (Adeps, Bloso, ACS…) sont identiques pour toutes et tous, les fédérations sportives ont peu de comptes à rendre concernant la gestion de leurs budgets (provenant, rappelons-le, de fonds publics). Nous avons constaté des différences d’investissements injustifiées entre les équipes masculines et féminines au sein de nombreuses fédérations (ex : équipements nationaux provenant uniquement du stock masculin, programmation sportive moins élaborée pour les femmes, présence de kinés lors de stages masculins ou mixtes mais pas forcément aux stages féminins, bourses individuelles plus importantes pour les hommes, etc)."

La pratique sportive, peu importent le niveau et la catégorie d’âge, est un espace propice au développement

Au-delà de tous les reproches, le collectif souhaite aussi apporter des solutions. Et l’une d’elles passe notamment par un travail de déconstruction et d’éducation qui devrait être appliqué dans tous les clubs et les écoles et ce depuis la maternelle. Car finalement, la pratique sportive est vraiment bénéfique pour chacun.

"Ouvrir l’activité sportive aux filles et aux femmes leur permet de se libérer de contraintes culturelles ou religieuses et de se confronter à la mixité. Il s’agit également d’un enjeu de santé publique, puisque la pratique régulière du sport favorise une meilleure santé mentale, physique et diminuerait -entre autres- les risques de cancer du sein et de problèmes cardio-vasculaires chez les femmes. Afin de permettre à chacun⸱e de s’épanouir dans la pratique d’une activité physique, toutes les personnes responsables, représentant les valeurs universelles du Sport ou encadrant les groupes de jeunes et équipes sportives, devraient impérativement être formé⸱e⸱s à la lutte contre les conduites discriminatoires et sexistes. Ce combat se déroule aussi dans l’espace public urbain, majoritairement accaparé par les hommes. Même si ces lieux sont -en principe- accessibles à tous⸱tes, les infrastructures sportives extérieures et terrains de jeu illustrent une véritable ségrégation envers les filles et adolescentes. Cette occupation virile de facto ne rend pas l’espace public hospitalier pour elles."

Des violences sexistes dans le sport et l’omerta concernant les abus psychologiques et physiques

Des Lois ont été adoptées mais à quoi servent-elles si elles ne sont pas appliquées ?

Enfin, pour conclure, le collectif souhaite à nouveau dénoncer les violences sexistes dans le sport et surtout l’omerta concernant les abus psychologiques et physiques dont sont victimes de nombreuses sportives et sportifs.

"Il existe un réel problème de la libération de la parole allant de pair avec l’impunité générale dont jouissent les auteurs de ces actes inacceptables. Cette impunité découle directement de l’attitude des structures responsables qui rechignent à protéger leurs athlètes, les rares cas rapportés étant -la grande majorité du temps- étouffés en interne. Force est de constater que cela risque même de se retourner contre la "lanceuse d’alerte" qui préférera alors souvent renoncer à faire valoir ses droits pour ne pas voir sa carrière détruite. A cause des mécanismes toxiques du milieu (conditionnement à la souffrance, soumission à l’autorité et politique de la médaille "à tout prix"), les sportives n’ont aucune alternative en cas de dérapages. Des Lois ont été adoptées mais à quoi servent-elles si elles ne sont pas appliquées ? Combien d’athlètes abandonnées sur le bord des pistes, des terrains, des bassins, des dojos, etc. et de générations sacrifiées ?"

Après un premier appel lancé, on le voit, les femmes veulent que les changements continuent.

Parmi les signataires de cette lettre ouverte, on retrouve Charline Van Snick (judo), Sofie Gierts (hockey), Justine Henin (tennis), Jolien D’Hoore (cyclisme sur piste), Ryad Merhy (boxe), Cynthia Bolingo (athlétisme), Chloé Caulier (escalade), Lola Mansour (judo), Jill Boon (hockey), Eline Berings (athlétisme), Elise Vanderelst (athlétisme), Claire Michel (triathlon), Camille Laus (athlétisme), Fanny Smets (athlétisme), Laurine Delforge (arbitre hockey), Dany Closset (Directrice Adjointe EP Loincin & psychologue du sport CAPSy), Jean Colinet (psychologue du sport CAPSy & coach basket), Damien Brevers (psychologue du sport CAPSy & Co-Director of the Addictve and Compulsive Behaviour Lab- University of Luxembourg), Apolline Vranken (architecte fondatrice de L’architecture qui dégenre), Marie-France Zicot CEMEA (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active), Aurélie Aromatario (Doctorante à la Faculté de Philosophie et Sciences Sociales ULB, Aspirante FNRS, Atelier Genre(s) & Sexualité(s)) ou encore Tous à Bord (asbl).

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