Itinéraire d'un sportif blessé

Maxime Gentges à l'Euro de gymnastique artistique - Glasgow 2018
Maxime Gentges à l'Euro de gymnastique artistique - Glasgow 2018 - © ERIC LALMAND - BELGA

Du genou de Philippe Gilbert au poignet de Kim Clijsters, en passant par la cheville de Romelu Lukaku ou encore l'aine, le mollet, la cuisse (liste non exhaustive) de Vincent Kompany : la blessure en cours de carrière est presque un passage obligé pour les athlètes de haut niveau. L'hygiène de vie parfaite ne suffit pas toujours, le corps peut aussi dire "non" par moments.

C'est ce qui est arrivé à Maxime Gentges, le gymnaste de Malmedy, engagé à partir de ce jeudi aux Mondiaux de gymnastique (à Doha). Pour lui, spécialiste du cheval d'arçons, c'est le poignet qui a trinqué. Pas facile à gérer, dans un sport aussi contraignant que la gymnastique artistique. L'occasion d'évoquer avec lui les phases par lesquelles passent les sportifs blessés. A commencer par le plus difficile peut-être: l'acceptation.

ETAPE 1 : l'acceptation

"J'avais des petites douleurs depuis un certain temps, et il y a eu la déception de ne pas participer aux Jeux Olympiques de Rio. Du coup je pense que la gym était une échappatoire : il fallait que je reste dans la salle. J'avais ces douleurs, mais je ne l'acceptais pas vraiment. Je voulais vraiment revenir en force pour les championnats du monde 2017, à Montréal. J'ai un peu forcé, oui. Et j'ai un peu caché la douleur, à moi-même d'abord, et puis aux autres." Tout faire pour éviter l'opération: c'est un réflexe humain... "On compense, on change la technique pour justement ne pas trop utiliser son poignet, pour trouver des angles qui ne font pas trop mal... Mais on ne peut pas progresser dans ces conditions. La gym ça reste un sport contraignant : on n'est pas fait pour marcher sur ses mains (sourire)." Le gymnaste et son entourage ont donc dû passer à l'étape suivante: planifier une opération. Dès juillet 2017, Maxime Gentges sait qu'il sera opéré à l'automne, après son retour de Montréal.

ETAPE 2 : le réveil après l'opération

Vient ensuite le réveil et la vie "d'après". Le poignet est toujours là, mais il doit réapprendre à être sollicité. "Je suis quelqu'un de très positif. Je me disais qu'après 4 semaines je serais tout à fait rétabli. Mais j'avais visiblement un peu sous-estimé l'impact d'une intervention chirurgicale. Ca a traîné, et c'est devenu difficile psychologiquement." Au total, Maxime Gentges devra attendre 7 mois avant de reprendre la compétition. "C'est compliqué de voir les autres qui travaillent, qui progressent, et de se demander pourquoi tout ne va pas plus vite, pourquoi on ne peut pas se ré-entraîner... Dans ma tête j'étais de retour, mais le corps a pris plus de temps que je ne le pensais. Mais il faut s'accrocher. C'est dans ces moments-là aussi qu'on reconnait aussi les sportifs de haut niveau. On ne baisse pas les bras. On sait qu'il faut persévérer."

ETAPE 3 : la reprise

Une fois le feu vert des médecins obtenu, il faut encore reprendre contact avec "ses outils de travail". Un vélo, une raquette, un ballon, ou dans le cas de Maxime Gentges, des agrès de gymnastique. Le cheval d'arçons n'envoie pas de ruades, mais il doit se ré-apprivoiser tout de même : "Au début, on a un peu peur de se ré-appuyer à fond sur son articulation. On a un peu peur de retrouver les douleurs qu'on ressentait quelques semaines plus tôt. Mais ça fait partie aussi de la revalidation. On parle beaucoup du physique, mais il y a aussi tout le côté mental. Ca se travaille au quotidien, petit à petit on se rend compte que ça tient, que tout a l'air de bien fonctionner et on reprend confiance." 

ETAPE 4 : se soigner

Un an après son opération, Maxime Gentges va aborder ses quatrièmes Championnats du Monde, après avoir déjà participé à l'Euro cet été à Glasgow. "Je commence presque à me dire que mon poignet est... plus fort qu'avant. Je sens encore maintenant que ça évolue. A terme, j'ai l'impression que je pourrai me dire qu'il n'a jamais été aussi solide ! Mais c'est aussi parce que j'ai été bien suivi par les kinés. Et je le soigne encore tous les jours, je mets de la glace, etc. C'est plutôt de la prévention, mais c'est utile."

Maxime Gentges avoue tout de même conserver une petite appréhension sur un des 6 agrès de la gymnastique artistique masculine: le sol. "Je pense que c'est de là que venait ma blessure, des micro-chocs qui, à force, ont usé mon poignet. Donc si je peux m'épargner un peu sur cet agrès, ça m'arrange (sourire), pour ne pas compromettre mon niveau sur le cheval d'arçons, mon agrès de prédilection. Mais c'est une partie psychologique, c'est clair. Il faudra que ça passe, petit à petit."

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