La première du petit Eddy à Petit-Enghien

Le Cannibale a remporté 625 victoires, dont 11 grands tours et 28 classiques. Mais tous les grands palmarès ont un début modeste. Sa toute première victoire, Eddy Merckx l’a remportée dans une course de kermesse à Petit-Enghien, le 1er octobre 1961. Jean-Pierre Zeerards, 77 ans, s’en souvient comme si c’était hier. Et pour cause, il y était. Il y a même participé.


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"La patronne du Café rose, qui était à quelques centaines de mètres de chez moi, nous avait invités à disputer la course, organisée la pédale petit-enghiennoise, et qui partait et arrivait devant chez elle", raconte Jean-Pierre. "J’y suis allé avec trois camarades. Il y avait 35 coureurs au départ, et à peu près 64 km de course, 8 tours d’un circuit qui passait par Petit-Enghien, Enghien ainsi que Kokejane et Hérinnes, en Flandre. Les coureurs venaient surtout de la région, mais il y avait aussi quelques Bruxellois. Et parmi eux, un tout petit gars. Puisqu’on connaissait bien le parcours, on pensait qu’on allait les manger tous crus, mais ça ne s’est pas passé comme ça."

Ce petit Bruxellois de 16 ans est un certain Edouard – pas encore Eddy – Merckx. En ce début d’automne 1961, il dispute à Petit-Enghien la treizième épreuve de sa première saison en catégorie débutants. Jusqu’ici, il n’a pu faire mieux qu’une troisième place, quelques semaines plus tôt à Etterbeek et Waterloo. Mais sa treizième course sera la bonne. Après qu’un échappé a crevé dans le dernier tour, Merckx se retrouve dans un groupe de six qui s’est détaché du peloton. A Enghien, sur la place du Vieux Marché, à un bon kilomètre de l’arrivée, le gamin place une accélération déterminante.

"Il est parti comme une balle !"

"En arrivant sur la place, il a coupé le virage près de la pompe, et il est parti comme une balle ! Tout le monde s’est regardé, personne n’a réagi. Et sur ce temps-là, il avait pris 10 mètres d’avance. Il y avait encore une longue ligne droite avant l’arrivée. Je me suis dit que ce petit n’allait pas tenir. On l’avait dans le viseur, mais pas moyen de le rattraper. Il y avait encore un kilomètre. Je me suis dit qu’il n’allait pas tenir un sprint d’un kilomètre, que ce n’était pas possible. Il a pourtant augmenté son avance, et c’était terminé."

Aujourd’hui devenu un restaurant italien, le "Café rose" a perdu sa jolie couleur de façade. Et aucune plaque ne mentionne que c’est ici que le Cannibale a croqué ses premiers adversaires. De ce moment historique, il reste une photo qu’on a vue dans beaucoup d’ouvrages consacrés au légendaire Eddy Merckx : un Edouard de 16 ans souriant de toutes ses dents aux côtés de Marianne, la fille du commissaire de police local, désignée pour lui remettre son premier trophée.

"Il est parti sans sa coupe. On a dû le rattraper ! Evidemment, à l’époque, on n’imaginait pas qui il allait devenir. C’était juste un petit Bruxellois qui avait gagné une course de kermesse à Petit-Enghien. On se disait qu’on allait le battre la semaine suivante, c’est tout. Bien sûr, maintenant, quand on m’en parle, et ça arrive encore de temps en temps presque 60 ans après, je suis fier d’avoir roulé avec Eddy !"

Jean-Pierre Zeerards n’a pas oublié Eddy et Eddy n’a pas oublié cette première victoire. L’un des vélos de la marque Eddy Merckx, un vélo pour enfant, porte en effet le nom de… Petit-Enghien.

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