Pierre-Yves Hendrickx : " Vendre des joueurs n'est sans doute pas la solution à la crise du Covid"

Pierre François et Pierre-Yves Hendrickx tirent la sonnette d'alarme.
Pierre François et Pierre-Yves Hendrickx tirent la sonnette d'alarme. - © Tous droits réservés

Le Sporting de Charleroi trône fièrement en tête du classement de ce championnat particulier. Mais derrière cette réussite sportive, il y a, comme pour tous les autres clubs de l’élite, une réalité économique qui est solidement ébranlée par cette pandémie.

" Cette crise n’impacte pas que le football, nous confie Pierre-Yves Hendrickx le directeur administratif du Sporting de Charleroi. Le Sporting est un organisateur de spectacle. Le spectacle continue car les matches se jouent encore. Mais on ne peut plus organiser ce qui tourne autour. Toute notre économie commerciale et d’entretien de partenaires est impactée depuis six mois. On agit autrement par des vidéos conférences pour garder le contact entre partenaires. "

A ceci il faut ajouter le fait qu’un club de football est un modèle d’entreprise un peu particulier. La partie visible de l’iceberg, ce sont les footballeurs. Mais derrière, dans l’ombre, il y a une multitude d’employés, des familles qui dépendent de la bonne santé économique d’un club.

 

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" Nous sommes un secteur qui appelle l’intervention de sous-traitants, poursuit Pierre François le CEO de la Pro League. Les supporters quand ils se déplacent font appel à des autocaristes, le catering est aussi un point très important des recettes des clubs. Il est impacté à près de 80 pourcents aujourd’hui. Les traiteurs et les restaurateurs sont privés de toute une série de marchés. Le contrecoup est réel. "

Pierre-Yves Hendrickx nourrit le propos : " Notre personnel (69 personnes) a été très peu mis au chômage. Nous avons assumé beaucoup. Nos joueurs n’ont pas non plus été mis au chômage lors de la première vague. Mais il faut un moment que cela s’arrête. Et que l’on puisse retravailler normalement. Le football vivote. Les matches gardent leur enjeu mais il y a beaucoup moins d’enthousiasme. Nous perdons beaucoup. Des nouveaux supporters auraient pu s’identifier à un Sporting de Charleroi leader du championnat si le contexte avait été moins morose. "

Et ce n’est pas tout poursuit Pierre-Yves Hendrickx. " Les pertes se situent à tous les niveaux. Tout dépend du match et de l’organisation. A part le volet transfert. Et encore. Là aussi on est impacté. La mise en avant des joueurs est moindre. On est en tête du championnat. Dans un contexte normal, l’impact médiatique aurait été plus important. Ici le climat est morose et la place du football n’est donc pas la même que dans une société qui vit bien. ".

Alors que faire ? Quelles solutions pour sortir le football belge de l’ornière ?

" La réponse est très difficile à trouver nous dit encore Pierre François. Les recettes des clubs diminuent de façon beaucoup plus importante que ce qui avait été estimé. Et les charges restent stables. Je ne vois guère de solutions cette saison pour y remédier. Le football continue à huis clos. Et les parties des recettes liées aux droits télés sont donc maintenues. Mais pour le reste la difficulté est grande. D’autres pays comme la France et la Suisse par exemple ont dégagé des sommes importantes en faveur du sport. Notamment pour les clubs professionnels. J’ai entendu le chiffre de 400 millions hier pour la France. On parle aussi de prêts garantis par l’Etat. Mais en Belgique ce point n’est pas à l’ordre du jour. "

Pierre-Yves Hendrickx soulève alors un point important. " Vendre de temps en temps un joueur pour renflouer les caisses ? Je ne suis pas certain que ce soit la solution. Si chaque club possède moins d’argent, il en possède moins aussi à investir. On est obligé de transférer de manière beaucoup plus ciblée que dans le passé. Il y a moins de sollicitations. Elles sont plus précises. "

Et quid des licences ?

Pour des raisons d’indépendance, ce n’est pas la Pro League, on le sait, qui octroie les licences. C’est la Fédération. Toutefois, Pierre François fait aussi part de son inquiétude.

" La période de demande de licence s’ouvrira en juin prochain. Les recettes des clubs ont chuté de 50 pourcents et même davantage si l’on tient compte du 3e trimestre 2020 par rapport au 3e trimestre 2019. Il y aura peut-être davantage de souplesse. Mais cela ne changera rien dans le fait que les clubs devront être parfaitement en ordre dans le paiement des dettes sociales, fiscales… "

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