Wout Van Aert, le triomphe de l'insouciance

Wout Van Aert, le triomphe de l’insouciance
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Wout Van Aert, le triomphe de l’insouciance - © YORICK JANSENS - BELGA

Si cette entame du 106e Tour de France est marquée de l'empreinte des coureurs belges, la victoire de Wout Van Aert au sprint lundi à Albi était plus inattendue. Parce qu’elle résulte d'un savoureux cocktail entre concours de circonstances, opportunisme et talent inné. Et pour beaucoup d’observateurs, cela la rend d’autant plus belle.

Parce que quelques kilomètres plus tôt, Wout Van Aert ne pensait certainement pas pouvoir se mêler à cette surprenante lutte finale. Sa formation, la Jumbo-Visma, l’avait assigné à deux rôles lors de la 10e étape : entourer le leader pour le général, Steven Kruijswijk, et tenter de placer idéalement le sprinteur de l’équipe, Dylan Groenewegen. Le carnet de bord de Van Aert semblait donc plutôt limpide, il allait devoir attendre avant de pouvoir (re)jouer sa carte personnelle. Seulement voilà, le vent et les bordures en ont décidé autrement, scindant le peloton en plusieurs petits groupes. Parmi les piégés, un certain Dylan Groenewegen, rapidement pointé à quelques dizaines de secondes du peloton principal.

Un peloton final...à 42

A 25 kilomètres de l’arrivée, la formation néerlandaise doit donc revoir ses plans. Le sprinter Groenewegen distancé, le lieutenant George Bennett complètement lâché (il finira à plus de neuf minutes), il faut désormais veiller à ce que pareille mésaventure n’arrive pas au leader désigné, Steven Kruijswijk. Surtout que la menace d’une nouvelle bordure plane toujours. Van Aert joue donc à l’équipier modèle, prenant le vent pour son leader. A sept kilomètres de l'arrivée, nouveau rebondissement puisque la composition des différents groupes semble (enfin) figée. Van Aert peut donc (enfin) penser à lui.

Au sein d'un peloton délesté de plusieurs favoris, certains ténors du sprint demeurent : Sagan, Viviani, Colbrelli, Matthews, Ewan. A 250 mètres, c’est pourtant Van Aert en personne qui lance l’emballage final. Plein centre, les deux mains sur le guidon, il accélère, résiste à la remontée fulgurante d’Elia Viviani sur la droite et s’impose sur le fil. Et rien qu’à voir les têtes ébahies de ses adversaires sur la ligne, on comprend à quel point l’exploit est énorme. Le jeune Van Aert, 24 ans, coureur de cyclo-cross, qui mate tous les cadors du sprint mondial...pour son premier Tour de France. Colossal.

Une sélection inattendue

Colossal, c’est le mot, puisqu’à la base, Van Aert ne devait pas participer au Tour de France. Coureur de cyclo-cross émérite, triple champion du monde de la discipline, il a débuté sa vraie carrière sur route - dans une équipe WorldTour - il y a quelques mois seulement. Il est donc toujours en phase de rodage. Mais dès ses débuts, il surprend. 6e de Milan San-Remo, 3e des Strade-Bianche et champion de Belgique du contre-la-montre, il conclut une première partie de saison détonnante. Personne ne l’attendait à pareille fête aussi vite et pourtant Van Aert répond présent.

Conscients du joyau dont ils disposent et influencés par les résultats du Belge, les managers de la formation Jumbo-Visma décident de l’aligner pour son premier Tour. Une Grande Boucle que le Belge entamait, samedi dernier, avec peu d’ambition personnelle : “Rejoindre Paris est l’objectif principal”, clamait-il alors. Pourtant, il ne tarde pas à se mettre en évidence. Dès la 5e étape, il finit 2e, juste derrière Sagan. Déjà à ce moment-là, il surprend les observateurs. Mais il ne s’agit alors que d’un pétard annonciateur du feu d’artifice de ce lundi. Non, Van Aert n’est pas un coureur comme les autres.

Un savoureux mélange entre talent et insouciance

Parce que plus que son jeune âge ou sa relative inexpérience, c’est sa faculté à être performant sur tous les terrains qui intrigue. Coureur de cyclo-cross, performant sur les chronos, capable de passer les pavés avec les meilleurs et désormais... de tenir tête aux principaux sprinteurs, Van Aert sait tout faire. De quoi éveiller l'intérêt de Tom Boonen qui estime queVan Aert a la mentalité d’un coureur qui est pro depuis 10 ans.”

Pourtant hier, après ce dénouement incroyable, c’est le coureur de 24 ans qui s’est présenté devant les journalistes. Un jeune homme qui ne réalisait pas encore ce qui lui arrivait. Qui peinait à trouver les mots pour décrire sa journée. Qui, ému, est tombé dans les bras de ses coéquipiers, les remerciant un à un. Cette victoire d'étape, ce premier bouquet, c'est aussi le triomphe de l'insouciance.

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