Wout Van Aert, la prise de pouvoir de Jumbo et l'influence du coronavirus : les faits marquants de la première semaine du Tour

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Le Tour 2020 en est à sa première journée de repos. L’occasion pour nous de revenir sur les 9 premières étapes de la Grande boucle et d’analyser les faits marquants de la compétition depuis son départ de Nice le 29 août en quatre points.

Le coronavirus a changé la course

Déplacer le Tour de juillet à septembre était un défi pour l’organisation du Tour de France, qui voit sa course changée par ce repositionnement.
Courir aux portes de l’automne ne revient pas à la même chose que de rouler en plein mois de juillet. Les conditions climatiques sont différentes. Les coureurs l’ont bien vu lors de la première étape, à Nice. Logiquement, impossible d’avoir de la pluie en juillet à Nice. Mais là, à la toute fin du mois d’août, cette dernière est venue pointer le bout de son nez pour rendre ultra-glissantes les routes du Tour. Résultat : chutes à répétition, abandons (dont celui de Philippe Gilbert) et neutralisation de la course. Un scénario totalement improbable au mois de juillet, malheureusement possible à la fin des grandes vacances… Dès le premier jour, le peloton et les fans de cyclisme ont compris que le Tour 2020 serait différent.

Au-delà du calendrier, c’est la nature même de la course qui est modifiée. Le coronavirus fait planer une épée de Damoclès au-dessus du peloton et la course pourrait très bien être arrêtée en cas de contaminations multiples. Résultat : on assiste à un rush les jours qui précèdent les journées de repos, jours durant lesquels sont effectués les tests COVID. Tests qui pourraient déboucher sur l’exclusion d’une équipe, voire sur l’annulation de la course en cas de contamination générale…

Le scénario semble peu probable mais il reste dans un coin de la tête des managers sportifs et des coureurs. Il vaut donc mieux être en jaune avant la journée de repos… si jamais le Tour devait s’arrêter. Cela pourrait être synonyme de victoire.

La physionomie de la course s’en trouve donc modifiée. Un synopsis comme celui du Tour 2019, qui avait vu Egal Bernal contrôler la course deux semaines et prendre le maillot jaune à deux jours de l’arrivée à Paris, est impossible cette année. On assiste à une course de trois semaines, avec pointage aux journées de repos. Les efforts sont donc augmentés, les attaques multipliées. Les leaders ne peuvent plus se cacher en attendant le dernier moment. Il faut se montrer. Et de préférence à la veille des journées de repos. On ne sait jamais…

Les Belges ont essayé… Van Aert a gagné

Comme d’habitude, les Belges ont tenté leur chance sur les routes du Tour de France. Tiesj Benoot, Ben Hermans, Thomas De Gendt et Greg Van Avermaet se sont échappés. Le champion olympique avait pour objectif d’aller chercher le jaune, comme il l’avait fait en 2016 et 2018. Il est passé à côté.
Thomas De Gendt a fait du Thomas De Gendt. Le Belge a tenté le coup en solo, en force, lors de la 7e étape du tour. La 28e échappée sur la Grande boucle du coureur Lotto n’a pas été couronnée de succès. Il a été repris par le peloton.

Un autre coureur belge a par contre attiré tous les regards sur lui durant cette première semaine : Wout Van Aert. Le triple champion du monde de cyclocross a été omniprésent, roulant en tête du peloton, protégeant ses leaders du vent, imposant un tempo incroyable en montagne. Le vainqueur de Milan-Sanremo s’est non seulement mis complètement au service de ses leaders mais a aussi remporté deux étapes au sprint, à Privas et à Lavaur. Deux victoires au sprint en 48 heures, qui prouvent qu’il est actuellement dans une forme incroyable.

Les Jumbo Visma sont les patrons du peloton

Le Tour de France semblait immuable. Depuis plusieurs années, Ineos (ou Sky dans son ancienne mouture) était le patron du Tour de France. Les Britanniques contrôlaient le peloton, donnaient des bons de sortie et faisaient la chasse quand ils estimaient cela nécessaire.

Cette année, changement de scénario. Les Jumbo-Visma assument leurs ambitions au classement général et s’érigent comme les véritables patrons du peloton.
Avec une équipe renforcée, créée spécialement pour remporter le Tour de France, Jumbo ne se dérobe pas et se met en tête pour faire le tempo. La mécanique est extrêmement bien huilée, avec un effectif bien équilibré, une hiérarchie très précise et un seul but : le jaune.

Pour l’instant la partition est extrêmement bien maîtrisée, avec les rouleurs (Jansen, Martin) pour faire le tempo, les grimpeurs (Bennett, Kuss, Gesink) pour accélérer en montagne et Wout Van Aert pour faire les deux !

Au départ à Nice, on pouvait légitimement penser que les jaune et noir se présentaient avec deux leaders, Primoz Roglic et Tom Dumoulin. Mais on s’est rapidement rendu compte que la formation a décidé de mettre tous ses œufs dans le même panier, celui du Slovène. L’équipe Jumbo Visma ne risque-t-elle pas de déchanter dès la moindre défaillance de son leader ou le moindre coup du sort ? Ce sont des choix et des risques assumés par les Néerlandais… Reste à voir s’ils seront payants dans 2 semaines.

Il y a au moins un avantage indéniable : le schéma est simple. Toutes les forces de l’équipe sont focalisées sur un seul homme. Alors que les équipes ont été réduites à cause du Coronavirus, cela évite de perdre des forces à placer deux coureurs au classement général.

Le suspense reste entier

Après une semaine de course, ils sont 7 à se tenir en moins d’une minute. Tout reste donc ouvert au classement général.

Deux hommes semblent actuellement au-dessus du lot : les Slovènes Primoz Roglic (actuel maillot jaune) et Tadej Pogacar. Ce dernier a multiplié les attaques dans les Pyrénées. Il est le seul favori à avoir repris du temps à Roglic lors du dernier week-end. Derrière, Egan Bernal se sent de mieux en mieux. Le vainqueur 2019 monte en puissance. Les Français sont aussi présents avec Guillaume Martin (à 28 secondes de Roglic) et Romain Bardet (à 30 secondes). Tout cela augure d’un feu d’artifice pour la suite de l’épreuve.

Mais attention à l’accumulation de fatigue. Les trois dernières étapes ont été roulées à un train d’enfer. Certains coureurs ont connu des défaillances énormes (Comme Thibaut Pinot ou Fabio Aru). Le programme des 2e et 3e semaines sera tout aussi chargé avec des étapes à risques (comme celle de mardi où le peloton sillonnera les côtes de l’Atlantique et pourrait être soumis à des bordures) et la montagne dès vendredi prochain. Comment vont réagir les coureurs ? Ils n’ont pas eu de véritable préparation et tout pourrait s’écrouler pour certains la dernière semaine. L’incertitude est omniprésente et on manque de repère… mais cela ne fait que rendre ce Tour plus passionnant et la chasse au maillot jaune totalement indécise.