Tadej Pogacar : prodige précoce, ambition démesurée et… crèpes au Nutella

Tadej Pogacar, 22 ans, et déjà 2e sur le Tour de France.
2 images
Tadej Pogacar, 22 ans, et déjà 2e sur le Tour de France. - © DAVID STOCKMAN - BELGA

Depuis le début de la Grande Boucle, tous les regards des supporters slovènes sont braqués sur Primoz Roglic. Parce que c’est lui le grandissime favori, la star, la tête d’affiche qui jongle d’une main de maître avec la colossale pression qui plane sur ses épaules. 

Dans l’ombre de Roglic, pourtant, la menace plane. Prête à saisir la moindre occasion, aussi infime soit-elle, pour faire tomber le leader de son piédestal. Cette menace est slovène également. Elle s’appelle Tadej Pogacar, 22 ans à peine, au visage encore juvénile mais à l'ambition démesurée.

Le vélo pour faire comme le frérot

Tadej Pogacar nait le 21 septembre 1998 à Komenda, une petite bourgade slovène au nord du pays. Ses parents n’ont rien de grands sportifs. Sa mère est prof de français dans le village, son père dessinateur industriel. Le jeune Tadej, lui, s’enivre balle au pied, dans les cours de récré. Le vélo et ses infernales pentes abruptes semblent bien loin. 

En 2006, c’est son grand frère, Tilen Pogacar qui va lui donner goût au vélo en s’inscrivant au Rob Ljubljana Cycling Club. Tadej, lui, a 8 ans et comme tous les petits frères, il veut imiter son ainé. Très vite, il troque sa vareuse de football pour un cuissard. Mais encore trop frêle et chétif,  il ne trouve pas de vélo à sa taille. C’est donc muni d’une minuscule bécane verte qu’il tente de suivre son frère et ses amis sur les pentes sinueuses des contrées slovènes. 

Je me suis inscrit dans le même club que mon frère. Pendant deux ans, j’ai roulé contre des adversaires plus âgés. Techniquement, j’étais beaucoup trop jeune pour ces courses, mais je n’avais pas le choix” confiera Pogacar après coup.

Au fil des mois, le prodige prend confiance. A force de caractère, d’abnégation et d’un talent brut parfaitement ancré, il glane plusieurs courses. Son ascension brutale saute aux yeux de tous : ce gamin a quelque chose de plus que les autres.

"Il faut aider ce jeune coureur"

Un jour je suis arrivé en retard à une course. C’était une boucle en plusieurs tours” narre Andrej Hauptman, ancien coureur slovène. “J’ai vu un jeune gamin tout frêle qui se faisait dépasser par un gros peloton. J’ai dit aux organisateurs qu’il fallait faire quelque chose pour aider ce jeune coureur. Les organisateurs m’ont dit que je n’avais rien compris. C’était ce jeune qui avait un tour d’avance sur le reste de la meute. Incroyable ! Ce prodige c’était Tadej Pogacar.”

Impressioné par ce diamant que ne demande qu’à être poli, Hauptman s’érige comme le mentor et coach de Pogacar. C’est, entre autres, grâce à lui que le Slovène signe chez Emirates en 2019. Le terrain parfait pour faire ses gammes et aiguiser des cuisses, boostées par cette ambition illimitée. Parce que si la formation emiratie dispose de sprinteurs (Gaviria, Kristoff), les leaders proclamés, eux, courent après leur lustre d’antan (Martin, Aru). Pogacar a donc une carte à jouer.

Après une première Vuelta tout simplement exceptionnelle (une 3e place au général et trois étapes remportées !), Pogacar se présente donc avec des étoiles dans les yeux le 29 août dernier pour son baptême du feu sur le Tour. “Je joue le général” clame-t-il, profitant de la pancarte d’outsider pour avancer dans l’ombre.

Une zone ombragée qu’il délaisse très vite. Parce que même si ce taciturne et placide Slovène ne défraye pas la chronique une fois son vélo rangé, ses performances sur la bécane, elles, marquent les esprits. Dans les Pyrénées, c’est lui qui attaque à plusieurs reprises. Offensif, affamé, déroutant. Il est quasiment le seul à tenter d’ébranler la forteresse Jumbo-Visma. Quasiment le seul à tenir le rythme effréné imposé par le métronome Roglic. 

Et quand il perd du temps, piégé par le vent et les bordures à Lamaur (7e étape), le Slovène n’est pas abattu. “Cela me servira de leçon” lance-t-il, déçu, mais déjà focalisé sur le lendemain. 

Un état d’esprit, ambitieux et conquérant, souligné par Jaka Primozic, son ami d’enfance au micro de Libération : “Il ne fait que ce qu’il veut. Quand sa tête veut quelque chose, ses jambes s’y plient. Tadej pouvait s’enfiler dix crêpes au Nutella le matin des Jeux méditerranéens avant de nous mettre la misère sur le vélo.”

Aujourd’hui 2e du général à 44 secondes de son grand rival, Pogacar n’a pas abandonné son rêve. Il l’a d’ailleurs annoncé, il va attaquer et crânement jouer sa chance lors des redoutables étapes qui vont suivre. "Roglic et moi ne serons plus amis" a-t-il décrété. Quitte à tout perdre. Parce ce qu’il veut, lui, c’est gagner. Avec ou sans tartine de nutella au petit-déjeuner.