"Le Tour est-il devenu incontrôlable ?"

Rodrigo Beenkens
Rodrigo Beenkens - © Belga

Les événements de ces derniers jours m'ont amené à me poser cette question : le Tour est-il devenu incontrôlable ? Il est de plus en plus victime de son gigantisme et de sa démesure, et ce à tous les échelons. Le Tour est la plus belle épreuve du monde, mais on peut se demander si l'argent n'est pas en train de tout dominer.

Le problème se situe à tous les échelons : il arrive qu’il n’y ait pas assez de place sur la ligne d’arrivée, les évacuations sont parfois catastrophiques, chacun veut se trouver là où il ne peut pas être… Aujourd’hui, les gens les plus importants sur le Tour me semblent être les VIP, alors que ce statut devrait revenir à ceux qui travaillent, c’est-à-dire aux coureurs en priorité. Ces dernières années, la grande majorité des voitures de presse a été chassée de l’échelon course pour laisser place aux très nombreux invités et partenaires de l’organisation.

Certains se rendent sur le Tour comme d’autres partent en safari en Afrique. En caricaturant un peu, le Tour ressemble désormais à un grand jardin zoologique, avec les coureurs dans le rôle des animaux. C’est tout juste si on ne leur lance pas des cacahuètes…

Cela dit, les coureurs eux-mêmes, sans le savoir, contribuent à la démesure du Tour de France. La plupart de ceux qui sont tombés ces derniers jours sont des coureurs dont le seul objectif de la saison est la Grande Boucle.

Bien sûr, il y a la malchance, les problèmes de matériel, le vent, et… la fatigue. Les transferts sont parfois beaucoup trop longs pour les coureurs. Il y a quelques années, la ville de départ d’une étape était aussi souvent celle de l’arrivée de la veille. Aujourd’hui, être ville de départ coûte cher, être ville d’arrivée encore plus cher, et être ET ville d’arrivée ET ville de départ est devenu quasiment impossible ! Si l’évacuation est difficile, que le transfert est long et qu’au final les coureurs arrivent tard à l’hôtel, on comprend aisément que tout cela peut jouer sur la récupération et la fatigue.

Mais d’après moi, le nerf du problème, c’est la nervosité. Et on en revient une nouvelle fois à l’aspect financier. Pourquoi ? Parce que des leaders sont payés des sommes astronomiques pour un seul objectif - à quelques exceptions près -, le Tour de France. Ils sont grassement payés pour briller pendant trois semaines, et il y a là quelque chose qui ne va pas. Car les leaders, ainsi que leurs équipiers, savent que de leurs résultats en juillet vont dépendre leur contrat et… leur emploi. Dans ce contexte, ils semblent parfois prêts à prendre tous les risques.

Même si la fatalité existe, ce n’est pas un hasard si les coureurs qui me semblent les plus détendus sont Thor Hushovd et Philippe Gilbert. Ils n’ont pas nécessairement besoin du Tour pour faire gonfler leur palmarès ou… leur compte en banque.

Pour conclure, je pense qu’il est temps que du côté de la direction du Tour de France, on entame une grande réflexion. Le Tour n’est-il tout simplement pas devenu trop grand ?

R. Beenkens

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