Le Tour de France à huis clos ? Du vide et du silence...

Un Tour de France sans public ? L'idée a été lancée par la Ministre des Sports en France, mais un huis clos changerait presque tout pour la plus grande course du monde...
Un Tour de France sans public ? L'idée a été lancée par la Ministre des Sports en France, mais un huis clos changerait presque tout pour la plus grande course du monde... - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

L’idée a été soulevée par la Ministre des Sports, en France, Roxana Maracineanu : organiser le Tour de France à huis clos. Rien n’est encore décidé évidemment, mais imaginer l’événement populaire n°1 en France se dérouler sans public soulève déjà de nombreuses questions et réactions.

A quoi ressemblerait donc un Tour de France à huis clos ? Cela donnerait avant tout une fameuse impression de vide. Pas de spectateurs massés autour des zones de départ et d’arrivée, là où la proximité avec les coureurs est d’habitude maximale… La case 2020 resterait bien vide dans les cahiers des chasseurs d’autographes. Mais cela s’est déjà fait sur Paris-Nice cette année. Lors d’une arrivée au sprint, la différence "avec" et "sans public" ne se ressent pas trop sur les images télévisées (cela va tellement vite), mais dans la montagne, même les plus petits lacets auraient des allures de grands boulevards sans les traditionnelles "haies d’honneur" de spectateurs autour des coureurs. Cela dit, cela éviterait aussi les comportements déplacés ou même parfois dangereux vécus par certains membres du peloton ces dernières années…

Du vide et du silence… tout au long du parcours donc. Pas de public, et pas de caravane publicitaire non plus ! Elle perdrait tout son sens. Pas de haut-parleurs crachant les décibels, pas de ruée sur les gadgets et les bonbons, pas de déception pour les spectateurs mal placés qui rentrent bredouilles… mais c’est aussi tout un pan de l’Histoire du Tour qui manquerait aux fans. La "grande fête populaire", le vélo ciment social estival…

La télévision pour remplacer la passion en bord de route

Roxana Maracineanu, la Ministre des Sports en France défend son idée : "On l’a déjà fait pour d’autres compétitions avant, ce ne serait pas si pénalisant puisqu’on pourrait le suivre à la télévision…" La télévision : voilà bien un dispositif rodé qui resterait appliqué sur un Tour à huis clos. Il faudrait peut-être même un peu plus de caméras encore pour faire vivre différemment la course, sans les images des bords de route colorés et animés. Le sport, et rien que le sport, et des images simplement sublimées par les paysages et trésors architecturaux français vus d’hélicoptère.

Le vide, le silence (hormis bien sûr le bruit des machines et des hommes, les coureurs, les directeurs sportifs dans leurs voitures, les technicien.ne.s des médias en course, les hélicoptères...), et des émotions différentes. Les vainqueurs d’étapes et porteurs de maillots ne seraient plus acclamés sur le podium, ils ne jetteraient plus leurs bouquets de fleurs dans la foule, et peut-être seraient-ils même privés des bisous des miss. Et des questions (si encombrantes pour certains…) des journalistes, aussi. La téléconférence comme contact principal avec la presse, c’est déjà une réalité par moments, cela deviendrait peut-être la règle sur un Tour à huis clos et aux contacts les plus réduits possible.

Le Tour sans public, ce serait du vide, du silence, des émotions et un spectacle bien différents, à distance. Et un impact aussi sur les régions qui accueillent les étapes : le Tour draine un tourisme bien particulier. Sans les fans de vélos, les hôtels et restaurants seraient eux aussi bien vides. Les municipalités qui ont engagé des frais importants ne bénéficieraient pas du retour sur investissement habituel. Le tourisme virtuel ou télévisuel n’a pas la même portée.

Le sportif seul dans son effort

Et que serait donc aussi un Tour sans public pour… les coureurs eux-mêmes ? Les efforts seraient identiques, oui, mais l’ambiance autour des principaux acteurs du cyclisme ferait peut-être passer la plus grande course du monde pour un simple entraînement. Sans la ferveur des spectateurs autour d’un sport qu’ils peuvent venir voir gratuitement.

Mais on n’y est pas encore. "On serait déjà très content de courir", avoue Patrick Lefevere, le manager de l’équipe Deceuninck-Quick Step. Mais il ajoute, avec son recul légendaire, qu’il faut avant tout que les conditions sanitaires et sécuritaires soient garanties : "160 coureurs, chaque équipe avec son staff, tout ça dans des hôtels et même chaque soir un hôtel différent… Il faudrait quand même pouvoir nous garantir que toutes les zones traversées soient "corona-free""

Un Tour "corona-free", sans coronavirus : c’est la priorité, avant de l’imaginer se dérouler peut-être sans public, sans bruit, sans passion…

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