Il reste deux têtes à l'aigle Ineos

Egan Bernal et Geraint Thomas
Egan Bernal et Geraint Thomas - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

Un nouveau vol de l'aigle? Le Tour, à deux jours de son Grand Départ, s'interroge sur la possibilité pour l'équipe Ineos de poursuivre sa domination malgré le forfait de Chris Froome, le grand absent jeudi sur la Grand-Place de Bruxelles.

Respect assumé à l'égard du quadruple vainqueur du Tour, blessé à la mi-juin, la donne ne change pas fondamentalement. Dès lors que l'aigle Ineos, anciennement Sky, garde deux têtes, le tenant du titre, le Gallois Geraint Thomas, et le grand espoir colombien Egan Bernal, qui ont été applaudis avec les 174 autres concurrents par la foule des spectateurs réunie sous le soleil au coeur de la capitale belge.

"On passe de trois à deux leaders", a résumé le matin Romain Bardet, l'un de leurs adversaires, lors de l'un des points presse d'avant-Tour tenus par plusieurs formations. Deux leaders, c'est ce qu'a annoncé officiellement la semaine passée l'équipe britannique dirigée par Dave Brailsford.

Conforté par la réussite de l'année passée, quand il avait misé à la fois sur Thomas et Froome jusqu'à ce que la montagne départage les deux équipiers, Brailsford récidive. "Cette approche nous offrira la plus grande flexibilité dans la course et les meilleures chances de succès", estime le manager qui est homme à trancher si besoin le moment venu.

Réception royale pour le "Cannibale"

Thomas et Bernal forment un duo complémentaire. Le Gallois, 33 ans, présente une grande expérience du Tour, qu'il a couru neuf fois déjà. Le Colombien, 22 ans, affiche un potentiel exceptionnel. Mais il n'en est qu'à sa deuxième saison au plus haut niveau. Son expérience des grands tours se limite à la Grande Boucle 2018, quand il s'était sacrifié pour Chris Froome, quitte à devoir abandonner le maillot blanc de meilleur jeune.

Dans sa formation, seul le jaune compte. "Geraint et Egan se font mutuellement confiance", affirme Brailsford. Difficile de ne pas le croire dans une équipe qui a appris à gérer les conflits de leader depuis sa première victoire en 2012. Cette année-là, Froome (2e à Paris) avait alors montré ostensiblement qu'il attendait le futur vainqueur Bradley Wiggins en montagne.

Sept ans plus tard, le groupe n'en finit pas d'empiler les succès (six entre 2012 et 2018) et les maillots jaunes. Au nombre de 88 avant le Grand Départ de Bruxelles, la ville d'Eddy Merckx dont l'effigie est partout présente au coeur de la capitale. Le "Cannibale", ovationné lors de la présentation des coureurs, doit être reçu avec sa famille, vendredi, par le roi des Belges pour fêter le 50e anniversaire de la première de ses cinq victoires.

La réticence de Fuglsang

En mars, le même Merckx, "Monsieur cyclisme" selon la formule de Bardet, a remis le maillot jaune à Bernal quand le prodige venu de Bogota a pris le pouvoir dans Paris-Nice. "Cela pouvait faire penser à d'autres choses pour plus tard", estime le directeur du Tour Christian Prudhomme. "Ce plus tard arrive, c'est ce mois de juillet".

Est-ce aller trop vite en besogne ? L'expérience compte beaucoup, a souligné jeudi le Danois Jakob Fuglsang à ce propos. Le vainqueur du Dauphiné a douté ouvertement que le jeune Colombien puisse tenir les trois semaines de course. Dans les Tours contemporains, la moyenne d'âge des dix derniers vainqueurs flirte avec les 30 ans. Mais l'histoire rappelle qu'à leur époque, Eddy Merckx et Bernard Hinault (24 ans) ou encore Laurent Fignon (23 ans) n'ont pas attendu pour gagner.

Dans la communication officielle de l'équipe britannique, aux mots soigneusement pesés, Thomas dit partager volontiers les responsabilités: "En discutant avec l'équipe, nous pensons qu'il est logique de commencer la course avec des coleaders car cela nous donne plus d'options."

Leurs adversaires s'attendent à ce qu'ils fassent très vite la course en tête. Avec l'avantage d'un contre-la-montre par équipes, dimanche, à Bruxelles, qui est l'un des points forts du groupe. A charge ensuite pour les leaders de prendre leurs marques, peut-être le lendemain à Epernay au bout d'un final en montagnes russes, plus sûrement jeudi prochain à La Planche des Belles Filles.

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