Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Sylvère Maes

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

1️⃣8️⃣ Sylvère Maes

Né à Zevekote le 27 août 1909

Décédé à Ostende le 5 décembre 1966

6 participations au Tour de France entre 1934 et 1939 : vainqueur en 1936 et 1939
26 jours en jaune
Grand Prix de la Montagne 1939
11 victoires d’étapes :

  • Caen - Paris (231 km) en 1934
  • Perpignan - Luchon (325 km) en 1935
  • Luchon - Pau (194 km) + 4 chronos par équipes en 1936
  • 2 chronos par équipes en 1937
  • Digne - Briançon (219 km) et contre-la-montre Bonneval - Bourg-Saint-Maurice (64,5 km) en 1939

Sylvère Maes n’a aucun lien de parenté avec Romain Maes. Il a porté le maillot jaune pendant 26 jours. Un seul Belge a fait mieux: Eddy Merckx.

Formé à l’école du cyclo-cross, Sylvère Maes dispute son premier Tour de France en 1934, un an après avoir remporté Paris-Roubaix. Il termine huitième du classement final et remporte la dernière étape à Paris. C’est la seule victoire belge de cette édition. Sylvère est un individuel. Il ne fait pas (encore) partie d’une équipe belge à propos de laquelle on parle de “débâcle”. “Aux larmes citoyens”.

Les Belges prennent une fameuse revanche en 1935. Ils placent trois coureurs dans les quatre premiers. Sylvère Maes manque de peu le podium final. Il est devancé par son homonyme Romain, Morelli et Vervaecke. La seizième étape Perpignan-Luchon est un festival de l’Escadron Noir : Sylvère Maes et Félicien Vervaecke, déchaînés, s’isolent irrésistiblement, pour passer seuls en têtes des cinq cols de la journée et devancer leurs rivaux de plus d’un quart d’heure à l’arrivée. Les quotidiens titrent: “Éblouissante performance des montagnards du Plat Pays. C’est fou, on les embrasserait."

En 1936, l’Allemagne hitlérienne prépare les fastueux Jeux Olympiques de Berlin, destinés à éblouir le monde et l’Italie fasciste, désavouée par la Société des Nations, a rompu les relations sportives avec l’étranger. La Squadra ne participe donc pas au Tour de France. Henri Desgrange, victime d’ennuis de santé, quitte l’épreuve à Charleville où il cède sa place à Jacques Goddet, rédacteur en chef du journal organisateur L’Auto.

Maes récupère à Briançon un maillot jaune qui semblait destiné à Antonin Magne puis montre une belle autorité. Sa sélection belge remporte les... quatre contre-la-montre par équipes. Maes survole le Tourmalet et s’impose seul à Pau. Il domine Magne dans les Pyrénées et devance son dauphin français de plus de 26 minutes à Paris.

A Perpignan, j’avais déjà commandé mon maillot jaune en soie pour la dernière étape. Je connaissais trop bien les Pyrénées pour craindre que Magne puisse m’y battre. J’étais certain de gagner ", confie l’heureux vainqueur. La fête bat son plein dans son bar de Gistel, près d’Ostende, qui s’appellera bientôt...Le Tourmalet !

Sylvere Maes devient le septième belge à s’imposer entre les deux guerres. Contre cinq français. Le bilan de l’Escadron Noir...est impressionnant : neuf succès d’étapes et à deux sur le podium !

En 1937, pour la première fois, les travailleurs obtiennent des congés payés et, désormais, tous les coureurs peuvent utiliser un dérailleur.

Sylvère Maes passe huit jours en jaune. À Digne, il prend la succession de Gino Bartali qui perd le maillot à cause d’une chute et d’un abandon. Pour les Belges aussi tout va basculer, mais pour d’autres raisons.

Maes écope de quinze secondes de pénalité à cause de laquelle il décide, courroucé, de quitter le Tour à Bordeaux avec toute son équipe. C’est un véritable coup de théâtre. Au cours de ce Tour chaotique, le vainqueur sortant devient le premier maillot jaune à se retirer en pleine épreuve. La foule est devenue de plus en plus hostile envers l’Escadron Noir qui possède vingt-trois minutes et douze secondes d’avance à l’inter-nation. On en vient presque aux mains. La tension est extrême. Les Belges se plaignent d’avoir été pris à parti, conspués et même molestés par des spectateurs bordelais. “Une attitude écoeurante et hostile : des pierres dans le dos de Sylvere Maes, du poivre dans les yeux des uns et des insultes à la face des autres...”, relate la presse belge. Mais ce n’est pas tout. Maes ne supporte pas que Desgrange ait décidé à Marseille de supprimer les contre-la-montre par équipes (largement dominés par la sélection belge !) ni que Lapébie (futur vainqueur) l’attaque sur crevaison dans les Landes, alors que lui écopait d’une pénalité pour aide illicite de deux coureurs (Delcour et Braeckeveld) jusqu’à Bordeaux. Le retrait collectif des Belges dans une atmosphère de scandale prive Sylvère Maes d’une victoire très possible. Le Tour est faussé.

En 1939, l’Europe est sur le point de s’enflammer. Pour des raisons politiques, il n’y a pas d’Italien, d’Espagnols et d’Allemands au départ d’un Tour où, à partir de la deuxième étape, le dernier du classement général est systématiquement éliminé. Un règlement qui sera appliqué jusqu’à Bordeaux.

Cette année-là, Sylvère Maes doit d’abord s’imposer... au sein de sa propre sélection belge, face à Vissers et à Vervaecke, qui abandonne à Toulouse. L’ambiance n’y est pas parfaite.

Maes remporte un deuxième Tour de France après un duel acharné avec Vissers. Il s’impose à la moyenne record de 31,994 km/h et signe un succès confortable à Paris : 30 minutes et 38 secondes d’avance sur René Vietto. Le Cannois, détenteur du maillot jaune depuis les Pyrénées, s’effondre en deux jours dans les Alpes. Dans la montée de l’Iseran, lors du premier chrono de l’histoire du Tour disputé en montagne, Maes prend dix minutes à son rival qu’il avait déjà relégué à vingt minutes dans l’Izoard.

En 1947, après une cinquième place dans le Tour d’Italie, il renonce au Tour de la Libération dont il devait, à 37 ans, porter le maillot jaune le premier jour.

A suivre : 1️⃣9️⃣ Marcel Kint

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