Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Patrick Sercu ? C'était le Merckx de la piste !

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire de chacun d’entre eux. Vu les tristes circonstances du jour et le décès de Patrick Sercu, je vous propose de revenir aujourd'hui sur la carrière exceptionnelle du médaillé olympique 1964 du kilomètre: Patrick Sercu ? C’était le Merckx de la piste !

4️⃣1️⃣ Patrick Sercu

Né le 27 juin 1944 à Roulers
Décédé le 19 avril 2019

2 participations au Tour de France en 1974 et 1977
Une demi étape en jaune
Maillot vert 1974
6 victoires d’étapes :

  • Morlaix - Saint-Malo (190 km), Saint-Malo - Caen (184,5 km) et Chaumont - Besançon (152 km) en 1974
  • Jaunay-Clan - Angers (139,5 km), Roubaix - Charleroi (192,5 km) et Fribourg-en-Brisgau en 1977

Patrick Sercu a baigné dans le cyclisme dès son enfance. Son père Albert, vice champion du monde sur route à Reims en 1947 et vainqueur du circuit Het Volk la même année, enseigna à son fils tous les secrets du métier sur la vieille piste de Rumbeke, à l’époque aménagée par Odile Defraye, le premier Belge vainqueur du Tour de France.

Patrick, la Flèche d’Izegem, fut l'un des plus grands pistiers de toute l’histoire du cyclisme. Champion olympique du kilomètre à Tokyo en 1964 et Champion du Monde de vitesse en 1963, 1967 et 1969, il a enlevé 59 titres officiels et obtenu 88 victoires dans les Six Jours. 

Équipier de Merckx chez Faema en 1968 et 1969, Sercu s’éloignera ensuite d’Eddy suite à un conflit avec le Directeur Sportif, Guillaume Driessens.

En 1974, c’est au sein de l’équipe italienne Brooklyn que Patrick découvre le Tour de France. Il a déjà trente ans. Sercu conquiert le premier et seul maillot jaune de sa carrière, à Harelbeke, dans sa Flandre occidentale natale. Un maillot qu’il porte le lendemain matin lors du contre-la-montre par équipes, disputé dans les rues d’Harelbeke. Son bonheur ne dure que 9 kilomètres, 12 petites minutes, un record. Le Flandrien remporte ensuite trois étapes. Il triomphe au sprint à Saint-Malo et le lendemain à Caen et s’empare du maillot vert. Il gagne encore à Besançon où Eddy Merckx lui emmène le sprint, alors que les deux hommes ne sont pas dans la même équipe. 

Merckx gagne son quatrième Tour et toute la presse française parle de l’équipe “Brookmol”. Elle suggère par là que les deux équipes des deux amis, Molteni et Brooklin, collaborent pleinement. Sercu ne nie pas vraiment, au contraire, il confie à l’issue du Tour : “Eddy m’a offert ce maillot vert.

Patrick Sercu revient une deuxième et dernière fois sur le Tour trois ans plus tard au sein de l’équipe Fiat où il a retrouvé Eddy Merckx. Cette année-là, il remporte 18 victoire dont Kuurne-Bruxelles-Kuurne et trois étapes sur la Grande Boucle. Il connaît son jour de gloire le 13 juillet 1977. Sur des routes belges noires de monde, il remporte l’étape Roubaix-Charleroi, après une échappée en solitaire de 175 kilomètres. 

Voici le récit de son exploit

Thurau s’échappe en vue d’un sprint bonification après 20 km de course seulement et Sercu bondit dans sa roue. Après le sprint qu’il remporte, l’Allemand se relève et Patrick poursuit son effort. “Je suis resté en tête pour rire. J’espérais que des poursuivants me rejoignent.” Mais Sercu franchit le Mur de Grammont et insiste. Le Néerlandais Jan Raas va voir Merckx et lui dit : “Qu’est-ce qu’il nous fait Sercu ? Il a pris la voiture ?” Patrick se fixe alors un nouvel objectif : la prime de 100.000 FB (2.500 €) pour le premier devant la Bourse de Bruxelles. Mission accomplie. Il fait un passage triomphal au centre de Bruxelles où, s’attendant à un sprint massif, l’organisation avait installé une photo-finish ! Or, Sercu passe seul avec six minutes d’avance, ponctuant un cavalier seul de 175 kilomètres. Ce n’est pas une victoire mais un triomphe. “J’en avais la chair de poule.” Vous imaginez un Cipollini ou un Cavendish réaliser un truc pareil ?

Sercu ne survivra pas à l’étape de l’Alpe d’Huez mais entre-temps il avait signé quarante contrats pour des critériums d’après Tour en France !

Après sa carrière, Patrick Sercu devient entraîneur fédéral des pistiers et plus tard directeur du palais des Sports de Gand.

Très affecté par le décès de son épouse, Christa, en 2004, il était un homme attachant, cultivé, affable, toujours disponible, d’une grande éducation et très respectueux des valeurs.

Son fils Christophe est aujourd’hui le Manager Général de l’équipe Sport Vlaanderen-Baloise. Nous lui présentons, ainsi qu’à tous ses proches, nos plus sincères condoléances.


INSOLITE

Douze minutes ! Une demi-étape. Neuf kilomètres. Le temps de disputer le contre-la-montre par équipes à Harelbeke, Patrick Sercu détient le record absolu du porteur du maillot jaune le plus éphémère de l’histoire du Tour de France.

Les maillots jaunes les plus éphémères de l’histoire du Tour de France

  1. Patrick Sercu 12’ (9 km contre-la-montre par équipes) 1974
  2. Philippe Gilbert 25’ (23 km contre-la-montre par équipes) 2011
  3. Romain Feillu 40’ (29,5 km contre-la-montre individuel) 2008
  4. Julien Schepens 45’ (28 km contre-la-montre individuel) 1960
Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK