Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Lucien Van Impe

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

4️⃣4️⃣ Lucien Van Impe

Né le 20 octobre 1946 à Erpe-Mere
15 participations au Tour de France (tous terminés) : 1 victoire finale, 1 fois 2e, 3 fois 3e
12 jours en jaune
6 fois meilleur grimpeur
Vainqueur de 9 étapes

C’est son père qui lui a mis le pied à l’étrier. L’homme rêvait que son petit Lucien devienne un jour coureur cycliste. Gamin, celui qu’on appèlera bientôt “le ouistiti des cimes”, accompagnait le paternel chez des voisins pour regarder le Tour de France à la télévision. C’était l’époque des grimpeurs Charly Gaul et Federico Bahamontes lequel allait vite devenir son idole.

En 1969, Lucien Van Impe n’a que vingt-deux ans. Il remporte le Tour de Navarre et le fameux Bahamontes qui loge dans le même hôtel l’interpelle en lui certifiant qu’il doit passer professionnel. Un contrat l’attend dans l’équipe Sonolor de Jean Stablinski. Papa Van Impe est présent au moment de la signature à Valenciennes et...il exige que le fiston dispute le Tour de France ! C’est un mercredi et le Tour prend son envol le samedi. Lucien n’a pas encore couru une seule fois chez les pros ! Il reçoit un vélo deux tailles trop grand pour lui. Pour la première fois, Rik Van Looy lui adresse la parole : “Dis donc, Pinocchio, que viens-tu faire ici ?” Van Impe boucle ce Tour à une très prometteuse douzième place, un peu passée inaperçue par le triomphe d’Eddy Merckx, trente ans après Sylvère Maes.

Lucien Van Impe se classe déjà sixième l’année suivante et en 1971, il est l’allié de Luis Ocaña lorsque l’Espagnol relègue Merckx à près de neuf minutes. Lucien termine troisième et monte ainsi sur le podium à Paris, derrière Merckx et Joop Zoetemelk. Il ramène aussi pour la première fois le maillot de meilleur grimpeur.

En 1972, il enlève à nouveau le Grand Prix de la Montagne et remporte surtout sa première victoire d’étape, à Orcières-Merlette. Il termine quatrième, derrière Merckx, Felice Gimondi et Raymond Poulidor. En 1973, Van Impe se contente d’une cinquième place et d’une victoire d’étape à la station de Pyrénées 2000. L’année suivante, il ne se présente pas à cent pour cent au départ de la Grande Boucle, en raison d’une chute et se classe à une modeste dix-huitième place.

En 1975, Lucien Van Impe signe chez Gitane. Pour la deuxième fois de sa carrière, il monte sur le podium à Paris. Lucien termine troisième à 5’01” de Bernard Thevenet, Merckx se classant deuxième à 2’47” du Français. Il est une nouvelle fois le meilleur grimpeur du Tour. On lui reproche d’avoir commis l’erreur de ne se concentrer que sur ce classement dans un Tour où Merckx a multiplié les malheurs : un coup de poing au foie, une défaillance dans l’ascension vers Pra-Loup et une fracture de la mâchoire lors d’une chute.

Lors de ce Tour, le petit Belge démarre en force : contre toute attente, il se classe troisième du prologue de 6,2 km disputé dans les rues de Charleroi, à 14” du vainqueur, Francesco Moser et à 12” de Merckx. Van Impe met à profit un tronçon pavé en côte pour marquer tout de suite des points au Trophée des grimpeurs et endosser le tout premier maillot blanc à pois rouges de l’histoire du Tour. “C’était un peu une tunique de clown mais ce maillot est très vite devenu extraordinairement populaire et il m’a rendu célèbre.” Précisons que, jusque-là, le leader du classement de la montagne ne recevait comme signe distinctif qu’un autocollant à l’effigie d’un cheval ou un bouquetin.

Van Impe brille dans le Puy-de-Dôme où il triomphe avec 15” d’avance sur Thevenet et 49” sur Merckx. Son succès est cependant occulté pour le coup de poing au foie que Merckx à reçu d’un spectateur. Van Impe manque-t-il donc à ce point d’ambition ? À en croire le principal intéressé, la vérité est à chercher ailleurs. “Au pied de la montagne, je voulais déjà y aller, mais Stablinski a refusé. Dans la voiture technique, les invités VIP ont clairement souhaité que je lève le pied. Il était évident que Thevenet devait gagner cette année-là. Stablinski et ses invités m’ont demandé d’attendre et de n’attaquer qu’à la flamme rouge. J’étais pourtant dans un état de grâce ce jour-là. Cette pente abrupte du Puy me convenait à merveille. Si j’avais pu attaquer comme prévu au pied du col, j’aurais facilement mis deux à trois minutes dans la vue de Thevenet, et j’aurais remporté ce Tour de France.

Quatre jours plus tard, lors du contre-la-montre en côte de 40 kilomètres entre Morzine et Châtel, Van Impe s’impose de façon magistrale, démontrant qu’il est plus qu’un simple grimpeur.

C’est désormais Cyrille Guimard qui dirige l’équipe Gitane-Campagnolo en 1976. La préparation de Van Impe est très différente avec un enchaînement Dauphiné, Midi-Libre et Tour de l’Aude. Lucien a même repris la compétition plus tôt que d’habitude, disputant le Tour des Flandres (12e) et la Flèche Wallonne (9e). Lors de l’étape-reine de Saint-Lary Soulan dans les Pyrénées, il passe (enfin) irrésistiblement à l’offensive. Le petit grimpeur de Erpe-Mere s’envole seul vers le Pla d’Adet où il triomphe et s’empare du maillot jaune. Mais tout ne fut pas simple. Entre Guimard et Van Impe, les relations sont compliquées. Pour bien comprendre, un petit retour sur cette fameuse 14e étape, entre Saint-Gaudens et Saint-Lary-Soulan, s’impose. Le Belge n’y croit pas du tout. Il lui faut gommer un retard de deux minutes et quarante-et-une secondes sur le Français Raymond Delisle, qui l’a dépouillé, deux jours plus tôt, d’un maillot jaune que Lucien avait conquis en terminant deuxième à l’Alpe d’Huez, derrière Zoetemelk. Guimard a beau lui expliquer que c’est un mal pour un bien, Lucien n’y croit plus. Et donc, sur cette fameuse étape qui se termine au Pla d’Adet, en passant d’abord par les cols de Mente, du Portillon et de Peyresourde, Guimard juge bon de lancer Lucien dans une offensive de grande envergure. Les oreillettes n’existent pas et Guimard dépêche Raymond Martin pour aller dire “au Belge”, qui musarde dans le peloton, de passer à l’offensive. Martin revient déconfit: Van Impe ne veut rien entendre. À son tour, un autre équipier, Alain Meslet, se fait éconduire. Rageur, Guimard choisit alors de remonter la file et de jouer du klaxon. Lucien se met enfin en marche, sans pour autant sortir de sa réserve. Sur l’autre versant du Portillon, Guimard insiste : " Tu viens de reprendre 1 minute 50 à Delisle et à Zoetemelk. Tu veux le gagner ou pas ce Tour ?"

Van Impe prend alors son envol dans Peyresourde. Il revient sur les échappés, se porte à la hauteur de Luis Ocana et de l’Italien Riccomi. Le temps de regarder les deux hommes dans le blanc des yeux et Lucien se fait la belle, irrésistible.

Le Tour est dans sa poche, d’autant que Zoetemelk termine cette étape à la deuxième place, à plus de trois minutes du Belge. À son retour au pays, Lucien Van Impe qui, à l’époque, est en train de faire construire sa nouvelle maison, à… Impe, non loin d’Alost, est accueilli en héros.

En 1977, Van Impe termine à la troisième place, derrière Hennie Kuiper et Thévenet. Mais la malchance ne l’épargne pas, comme au cours de cette 17e étape, entre Chamonix et l’Alpe d’Huez. Lucien passe à l’attaque dans le Glandon, mais, dans la montée de l’Alpe d’Huez, son avance fond. Lucien a laissé trop de forces dans la vallée, avec un méchant vent de face. Et quand la voiture d’un téléreporter le percute et l’envoie au fossé, heureusement sans le blesser, c’en est fini de ses dernières illusions. Lorsqu’il se relève et repart, non sans s’arrêter de nouveau pour changer une roue, Lucien a le temps de voir passer Kuiper et Thévenet.

Une fracture de la clavicule subie au printemps le handicape sur le Tour 1978 qu’il dispute chez C&A aux côtes de Merckx et Joseph Bruyère. Van Impe change d’équipe chaque année. Il dispute le Tour 1979 chez Kas, 1980 chez Marc et celui de 1981 chez Boston-Mavic où il termine deuxième, derrière Bernard Hinault, tout en enlevant un nouveau maillot à pois rouge.

Lucien débarque en Italie en 1982 et il découvre le Giro à plus de trente-cinq ans. Il s’y classe quatrième...en remportant le classement de la montagne.

À plus de trente-six ans, il devient champion de Belgique à Renaix en 1983 à l’issue d’un sprint épique en montée avec Marc Sergeant. Survolté, il enchaîne pour la première fois le Giro (9e et meilleur grimpeur) et le Tour où il se classe quatrième, après avoir remporté une étape et un sixième titre de roi de la montagne, égalant ainsi le record de son idole, Bahamontes.

Quarante-trois ans après son succès sur les routes du Tour, la Belgique attend toujours le successeur du petit lutin de Mere qui fut un consultant très apprécié du public à mes côté à la RTBF-télévision.

A suivre : 4️⃣5️⃣ Joseph Bruyère

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK