Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Louis Mottiat

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Louis Mottiat
Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Louis Mottiat - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

2️⃣ Louis Mottiat

Né à Bouffioulx, dans le Hainaut, le 6.7.89.
Décédé à Gilly le 5.6.1972.

9 participations au Tour de France entre 1912 et 1925
1 jour en jaune en 1920 (mais deux fois leader du classement général)
Vainqueur de 8 étapes en 9 participations :

  • Luchon - Bayonne (326 km) en 1912
  • Paris - Le Havre (388 km) en 1920
  • Paris - Le Havre (388 km), Brest - Les Sables d’Olonne (412 km), Les Sables d’Olonne - Bayonne (482 km) et Luchon - Perpignan (323 km) en 1921
  • Perpignan - Toulon (427 km) en 1924
  • Cherbourg - Brest (405 km) en 1925

Surnommé "L’homme de fer" ou "Le Bouffioulx", Louis Mottiat est souvent considéré comme le meilleur wallon de l’histoire du cyclisme.

Fantasque et inconstant mais doté d’une endurance exceptionnelle, il brilla sur tous les terrains. La plupart des spécialistes estiment que le wallon de Châtelet est aussi le premier vrai routier sprinter de l’histoire.

Fils cadet de sept enfants, Louis Mottiat vit une enfance difficile. Soutien de veuve, il est engagé aux ateliers Cambier dès l’âge de onze ans. Il se rend au boulot à vélo et petit à petit la course l’attire de plus en plus. Debout tous les jours à quatre heures du matin, le petit Louis ne s’entraîne qu’après une longue journée de travail. Cet enchaînement éreintant n’est pas tenable. C’est un ami accordéoniste, convaincu que son protégé deviendrait un champion, qui trouve les bons mots. "Veux-tu passer toute ta vie à l’usine ?" Mottiat ne réfléchit même pas et ses entraînements redoublent d’intensité. Il ne compte plus les heures passées à pédaler ... pendant que son ami lui joue les airs les plus entraînants. Aujourd’hui encore on peut s’interroger : est-ce l’accordéon qui a permis à Louis Mottiat d’accomplir sa destinée ?

Louis Mottiat a un gros point faible. Habitué au rythme infernal de l’usine, il s’éveille très tôt et est incapable de se rendormir. Les étapes durent alors souvent 14, 15 ou 16 heures et, comme Petit-Breton fut le premier à l’affirmer, "Le Tour se gagne au lit". On lui reproche aussi d’être un trop bon vivant. Il chique toute sa vie, fume volontiers une pipe le soir et ne refuse jamais un verre de goutte dont il met parfois une solide gorgée dans son bidon. Dans "La fabuleuse histoire du cyclisme", aux éditions Nathan (page 271), Pierre Chany écrivait après un Paris-Brest et retour (1200 km !) remporté par le Belge en 1921: " Le brillant Louis Mottiat offre aux photographes un visage hilare: il est saoul, ayant bu trop de vin sucré pour se donner des forces au cours des 50 derniers kilomètres."

Pendant les années précédant immédiatement la Première Guerre mondiale, jamais le cyclisme wallon n’est aussi bien représenté. En 1912, année de la première des huit victoires d’étape de Mottiat (c’était à Bayonne), les Wallons sont plus nombreux que les coureurs flamands. Ils sont quinze au départ à Paris. Ils seront dix-sept en 1914. La césure de la guerre va malheureusement affecter tous ces champions. Cela n’empêchera pas les Lambot, Scieur, Mottiat, Louis et Hector Heusghem, Rossius, Masson, Tiberghien et Sellier de se constituer un incroyable palmarès.

L’édition 1920 du Tour de France est marquée par l’impressionnante domination des coureurs belges lesquels remportent douze des quinze étapes et les sept premières places du classement final ! Lors de la première étape entre Paris et Le Havre, Louis Mottiat s’impose au sprint devant... quatre compatriotes : Rossius, Thys, Goethals et Masson. Le lendemain, entre Le Havre et Cherbourg, il porte le maillot jaune pour la seule fois de sa carrière. Un an plus tard en effet, "Le Bouffioulx" remporte à nouveau la première étape (Paris - Le Havre, encore) mais malheureusement le maillot jaune qui lui revient naturellement n’a pas encore été livré...

Au total, Louis Mottiat a remporté huit victoires d’étape sur la Grande Boucle. Un seul coureur wallon a fait mieux dans l’histoire du Tour: Eloi Meulenberg (9 succès). Comme d’autres, Mottiat aurait encore eu un tout autre palmarès sans l’interruption des années de guerre.

Théo Mathy relate les propos de Mottiat dans "Mémoire du Tour et des Wallons" (page 33): "Je n’ai pas de secret, ou peut-être malgré tout un petit truc. Quand le jour se lève, quand les autres coureurs se débarbouillent, je ne me rafraîchis jamais parce que cela donne un coup de fouet inévitablement suivi de somnolence."

A suivre: 3️⃣ Philippe Thys.

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