Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Joseph Bruyère

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Joseph Bruyère
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Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Joseph Bruyère - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

4️⃣5️⃣ Joseph Bruyère

Né le 5 octobre 1948 à Maastricht
6 participations au Tour de France : 4e en 1978
11 jours en jaune
Vainqueur d’une étape : Auxerre - Versailles (230 km) en 1972 et de 3 contre-la-montre par équipes

Dans le registre de la population civile, Joseph Bruyère est officiellement renseigné sous les prénoms de “Jean-Marie, Joseph”. Jean-Marie, c’est le prénom de son frère. “A croire que mon père avait un petit coup dans l’aile le jour où il était allé me déclarer à la commune”, confiera plus tard le Liégeois avec une pointe de malice.

Porte-drapeau du cyclisme wallon pendant deux lustres, Bruyère est dans la lignée de ses glorieux prédécesseurs liégeois Emile Masson, Marcel Dupont et Jean Brankart. Un peu fragile mentalement, anxieux et pessimiste de nature, le citoyen de Saint-Remy remporte trois fois le circuit Het Volk et deux fois Liège-Bastogne-Liège.

Impérial dans son rôle de lieutenant du cannibale, “Le Merle blanc”, comme l’a surnommé Théo Mathy, est le plus inconditionnel de tous les Merckxistes. Parfois Eddy doit même tempérer son ardeur : “Doucement Joseph”. En résumé, Bruyère c’est une abnégation sans pareil au service de Merckx mais un palmarès digne d’un champion.

Joseph Bruyère n’a que vingt-et-un ans lorsqu’il découvre le Tour de France en 1970. Il remporte le contre-la-montre par équipes à Angers, au sein de la formation Faema-Faemino, et se classe soixantième à Paris en ayant contribué à la deuxième victoire de son leader, Eddy Merckx.

En 1972, le coureur wallon dispute son troisième Tour de France consécutif au sein de la célèbre équipe Molteni. Il n’a qu’une idée en tête : aider Merckx à conquérir une quatrième victoire d’affilée. Une fois cet objectif (largement) atteint, le Liégeois attaque dans les monts de la vallée de la Chevreuse et remporte l’antépénultième étape en battant au sprint le très rapide italien Giacinto Santambrogio. Cette année-là, les Belges remportent quinze étapes dont six sont signées Merckx.

Comme son leader, le “Grand Joseph” fait l’impasse sur le Tour en 1973 et revient sur l’épreuve en 1974. Une édition inoubliable pour le Liégeois qui porte le maillot jaune pendant trois jours au début de la Grande Boucle. Troisième du prologue à Brest où seuls le Roi (Merckx) et Jesus (Manzaneque) l’ont devancé, Bruyère se détache et se classe deuxième le lendemain à Saint-Pol-de-Leon. L’Italien Ercole Gualazzini remporte l’étape et le Liégeois dépouille Merckx du maillot jaune.

Détenteur des du maillot jaune (et du vert !), Bruyère devient à Plymouth le premier maillot jaune à se produire sur le territoire britannique. Un premier maillot trop petit qui l’empêche d’accéder facilement aux poches arrières et qu’il dissimule dés lors discrètement sous son maillot Molteni...parce que Joseph est un peu gêné et redoute que le public local, pas très connaisseur, le prenne pour Merckx ! Il conserve le maillot à Saint-Malo où Patrick Sercu s’impose et le rend à Merckx au terme de la quatrième étape à Caen. Eddy est diminué par une blessure à la selle mais il est rasséréné par la protection de Bruyère dans la montagne. Lorsque qu’il prend la direction des opérations dès le pied d’un col, Joseph imprime la cadence pendant des kilomètres. C’est tellement impressionnant que Huysmans et De Schoenmaeker n’ont souvent même pas le temps de prendre leur tour de relais.

Malgré une lourde chute, une plaie profonde au bras et une épaule tellement douloureuse qu’il est incapable d’ouvrir une bouteille d’eau à table, Bruyère termine vingt-et-unième à Paris. C’est son meilleur classement jusqu’ici. Plein d’admiration, son équipier Marc Lievens se livre dans dans Sport ‘70 : “Ce qu’a fait Joseph ici dépasse l’entendement. Les organisateurs devraient inventer un nouveau maillot rien que pour lui.

Bruyère ne dispute pas les deux éditions suivantes et revient sur les routes du Tour en 1977. Il abandonne, victime d’une chute lors de la dernière étape sur les champs Élysées, heureusement sans conséquence pour son prix de meilleur équipier.

En 1978, Joseph Bruyère a vingt-neuf ans et dispute son dernier Tour, son premier sans Merckx. Mais Eddy est dans la voiture technique de l’équipe C&A, comme troisième directeur sportif, derrière Jos Huysmans et Rudi Altig. “C’était important pour moi”, confie le coureur wallon. Ce Tour de France est le meilleur de sa carrière. Il porte le maillot jaune pendant huit jours et termine à la quatrième place à Paris, derrière Bernard Hinault, Joop Zoetemelk et Joaquim Agostinho. Laissons l’analyse de ce Tour au principal intéressé, Joseph Bruyère : “C’est une performance totalement inattendue. Au championnat de Belgique à Vielsalm, j’avais abandonné au bord de l’écœurement. Michel Pollentier avait décroché son deuxième titre national consécutif en bénéficiant de poussettes répétées de tous ses équipiers de chez Flandria. Et quand je me suis retrouvé dans une échappée, plus personne n’avait voulu collaborer. J’avais quitté la course complètement découragé. J’ai pris le départ du Tour à Leiden, aux Pays-Bas, presque contraint et forcé. J’avais demandé à mon épouse Myriam de laisser les bagages dans la voiture, car si quelqu’un devait me reprocher mon abandon au championnat national, j’envisageais sérieusement de ne pas prendre le départ !

Lors du très long contre-la-montre par équipe, les C&A terminent deuxièmes à sept secondes seulement des spécialistes de la Raleigh. Dans le chrono Saint-Emilion - Sainte-Foix-la-Grande, seul Hinault devance Bruyère de trente-quatre secondes sur plus de cinquante-neuf kilomètres. Le Belge s’empare ainsi confortablement du maillot jaune avec plus de deux minutes d’avance sur Bossis, son premier dauphin. Il le conserve à Biarritz, à Pau, au sommet de Pla d’Adet, à Toulouse et à Super Besse avant de réaliser une performance étonnante dans le contre-la-montre qui arrive au sommet du Puy-de-Dôme où il devance Hinault de quarante-cinq seconde. Le Français qui a, à un certain moment, accusé un retard de quatre minutes sur Joseph commence à douter sérieusement. Mais, subitement incapable de respirer, comme si sa trachée s’était bouchée d’un coup, il perd tout dans l’étape de l’Alpe d’Huez. “Jos De Schoenmaeker m’a versé le contenu d’un bidon sur la tête, et j’ai retrouvé de bonnes sensations. Au pied mon retard était de douze minutes, au sommet il était resté pareil. À Paris, je termine à neuf minutes. Ce jour sans m’aura été fatal.

Une fois sa carrière terminée, Joseph Bruyère deviendra employé à la Province de Liège. Il restera le meilleur lieutenant du plus grand coureur de tous les temps.

À suivre : 4️⃣6️⃣ Rudy Pevenage

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