Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Johan Museeuw

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

4️⃣9️⃣ Johan Museeuw

Né le 13 octobre 1965 à Jabbeke
11 participations entre 1988 et 2001
5 jours en jaune
2 victoires d’étapes : Nantes - Mont-Saint-Michel (203 km) et Brétigny-sur-Orge - Paris-Champs Elysées (182,5 km) en 1990 et 2 contre-la-montre par équipes

Champion du monde à Lugano et vainqueur de onze classiques dont le Tour des Flandres trois fois et Paris-Roubaix trois fois également, Johan Museeuw est un introverti. Sa collection de victoires (103 chez les professionnels) et de maillots arc-en-ciel, tricolores, jaunes ou verts n’a jamais entravé sa modestie.

Le Lion de Gistel est toujours resté le même: discret voire secret pour les médias et le grand public mais jouissant d'une aura très palpable. Museeuw ? " Moussséou " ! Un nom qui en a fait faire des cauchemars à bien des commentateurs français.

Le Tour de France 1989 est le premier sous la direction de Jean-Marie Leblanc et le deuxième de Johan Museeuw. Flanqué du maillot ADR - pour 650.000 francs belges (16.750 euros) bruts par saison -, le jeune professionnel de vingt-trois ans se met à plat ventre dans cette Grande Boucle pour protéger son leader, un certain Greg LeMond, miraculeusement rétabli après un grave accident de chasse. À Paris, autour de l’Américain, outre Museeuw, il n’y a que deux rescapés: le Néerlandais Johan Lammerts et le Belge René Martens. José De Cauwer, le directeur sportif, a eu le nez fin en repêchant Lemond, celui-ci remporte le Tour pour huit petites secondes sur Laurent Fignon. Huit secondes entrées dans la légende du cyclisme. La petite histoire, elle, est beaucoup moins glorieuse: avare de reconnaissance, l'Américain "oublie" d'inviter son fidèle porteur d'eau à participer aux très rémunérateurs critériums d'après Tour !

En 1990, Johan Museeuw débarque chez Lotto et remporte deux victoires de prestige, au sprint, au Mont-Saint-Michel et sur les Champs Élysées.

Le Lion, qui vient de remporter son premier Tour des Flandres, s’aligne sur la Grande Boucle 1993 au service de l’Italien Mario Cipollini pour qui il doit lancer les sprints, chez GB-MG et avec qui il gagne le chrono par équipes à Avranches. Le Flandrien profite cependant d’une échappée pour prendre le maillot jaune à Chalon-sur-Marne. Il le conserve deux jours jusqu’au contre-la-montre individuel du Lac de Madine.

L’année suivante, Museeuw porte à nouveau le maillot jaune. Une première fois, le temps d’une journée, en Grande-Bretagne, sur les routes buissonnières du Kent et de l’East Sussex, après la victoire de GB-MG-Technogym dans le contre-la-montre de l’Eurotunnel. Ensuite, pendant deux jours, de Poitiers à Bergerac. Dépossédé du maillot par son équipier Flavio Vanzella à Brighton, il le récupère en effet au Futuroscope où Jan Svorada s’impose devant Abdoujaparov et Ludwig. Museeuw, neuvième de l’étape, profite des sprints bonifications pour prendre la belle tunique à Sean Yates. Le Belge la conserve le lendemain entre Poitiers et Trélissac, dans le Périgord, où Bo Hamburger gagne au pays du foie gras, cela ne s’invente pas ! Museeuw cèdre logiquement son bien à Miguel Indurain au terme du chrono de soixante-quatre kilomètres entre Périgueux et Bergerac où l’Espagnol surclasse ses adversaires.

En avril 1998, Johan Museeuw chute lourdement dans la célèbre tranchée d'Arenberg, boyau pavé d'un autre temps et secteur mythique de Paris-Roubaix. Transporté au CHU de Lille, victime d'une fracture ouverte du genou, le chirurgien français, bien que l'urgence - un risque de gangrène - se fait sentir, refuse d'opérer le champion. En cause: une prise de sang dont de nombreux signaux sont "dans le rouge". Pour ne pas mettre en danger la santé de son patient, le chirurgien refuse donc d'opérer...

Deux ans plus tard, sur le vélodrome de Roubaix, Museeuw triomphe et franchit la ligne en tendant le genou, celui qu'il s’est déchiré deux ans auparavant. Deux ans après avoir frôlé l'amputation, le Lion rugit toujours. Ses malheurs sont derrière lui. Enfin, c’est ce que tout le monde pense mais, en août 2000, alors qu'il effectue une sortie dominicale en compagnie de son épouse et de son fils Gianni, Johan est violemment percuté par une voiture. Ses proches s'en sortent mais le champion est emmené en hélicoptère vers l'hôpital de Gand. Le bilan est lourd: hémorragie cérébrale, cheville, péroné et clavicule cassés. A trente-quatre ans, alors qu'il lutte pour vivre, sa carrière semble irrémédiablement terminée, d’autant que sa fortune est faite et que, pense-t-on, il n’a plus rien à gagner. Mais les ressources physiques et morales du Lion de Gistel sont telles qu’à force de courage, il revient une dernière fois pour accrocher un deuxième Het Volk et, surtout, un troisième Paris-Roubaix.

Les suspicions de dopage ne rattraperont Johan Museeuw qu'en toute fin de carrière, en septembre 2003, quand la police effectuera vingt-et-une perquisitions dans les milieux cyclistes à la recherche d' "hormones humaines" utilisées également dans les courses de chevaux et les milieux colombophiles. Bien que les enquêteurs aient saisi des "substances suspectes" dans toutes les perquisitions, Johan Museeuw en sortira blanchi.

À suivre : 5️⃣0️⃣ Wilfried Nelissen

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