Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Herman Vanspringel

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Herman Vanspringel
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Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Herman Vanspringel - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

3️⃣5️⃣ Herman Vanspringel

Né le 14 août 1943 à Ranst.
10 participations entre 1966 et 1976
Maillot vert 1973

6 jours 1/2 en Jaune
2e en 1968
5 victoires d’étapes :

  • Jambes - Metz (238 km) en 1967
  • Saint-Gaudens - Seo de Urgel (208,5 km) en 1968
  • Chamonix - Briançon (220,5 km) et Clermont-Ferrand - Montargis (329,5 km) en 1969
  • Gourette-les-Eaux-Bonnes - Pau (57,5 km) en 1971 

Vainqueur de 3 contre-la-montre par équipes.

Herman Vanspringel est le huitième d’une famille de dix enfants dont le père était un petit fermier qui deviendra fonctionnaire dans l’administration du canal Albert. Herman arrête très vite ses études pour devenir apprenti tailleur de diamants. 

Réservé et modeste, taciturne et discret mais très opiniâtre, Vanspringel est un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme belge. Le Campinois est surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris », le marathon de la route disputé sur plus de 550 kilomètres qu’il a remporté sept fois en dix participations, se classant deux fois deuxième et une fois troisième !

Herman Vanspringel, officiellement écrit en un mot bien que régulièrement libellé en deux mots (Van Springel), est le prototype même du vainqueur de Tours. Il conjugue des talents de rouleur, des qualités de grimpeur, une régularité et une endurance phénoménale. Un vainqueur en puissance cependant jamais couronné : deuxième du Tour de France, deuxième du Tour d’Italie  et troisième du Tour d’Espagne.

Ses plus belles victoires, il les conquiert dans les courses d’un jour : championnat de Belgique, Tour de Lombardie, Gand-Wevelgem, Het Volk, Paris-Tours, Championnat de Zurich...et à travers cinq succès d’étapes sur les routes du Tour de France.

Vanspringel fait ses débuts sur la Grande Boucle en 1966. Il y accroche une prometteuse sixième place à 5’44” de Lucien Aimar, l’étonnant vainqueur.

Un an plus tard, il remporte le contre-la-montre par équipes et signe son premier succès individuel le lendemain entre Jambes et Metz. Herman se classe vingt-quatrième à Paris.

Le Tour 1968 reste le plus grand regret de sa carrière. La victoire lui file sous le nez à dix kilomètres de l’arrivée de la dernière étape. Vanspringel gagne le contre-la-montre par équipe et la treizième étape mais surtout il porte le maillot jaune lors de l’ultime étape Melun-Paris, soit 54,7 kilomètres contre le chrono. Il est le grand favori et doit simplement se méfier de Ferdinand Bracke, redoutable dans cet exercice mais qui va complètement passer à côté de son sujet.

Herman possède 16 secondes d’avance sur Jan Janssen en principe moins fort que lui dans l’exercice chronométré. Or, le Belge concède 54 secondes sur les 55 kilomètres au Néerlandais. Janssen gagne le Tour avec 38 secondes d’avance sur Vanspringel. Aujourd’hui encore le mystère demeure : comment ce rouleur d’exception, deux fois vainqueur du Grand Prix des Nations et du Trophée Baracchi, a-t-il pu être battu par Janssen et laisser filer cette occasion unique de devenir le premier Belge vainqueur du Tour d’après-guerre ? Dans le clan des supporters belges, la polémique enfle. Elle oscille entre suspicion de dopage et manipulation des temps. Vanspringel a une autre explication et en veut surtout à son directeur sportif Frans Cools : « J’ai demandé un autre vélo pour disputer ce chrono, mais l’équipe a refusé par manque de moyens. Je suis donc parti avec des roues à 36 rayons alors que Janssen disposait de roues à 28 rayons. Quand on a dans son équipe un vainqueur potentiel du Tour, c’est le genre d’erreur à ne pas commettre ! J’ai le sentiment d’avoir été grugé par Cools. Avec un Peter Post à sa place, je gagnais le Tour. »

Aux yeux des Français, le Belge « n’avait pas la stature d’un vainqueur du Tour ». Amer, Herman poursuit sa réflexion : « Je n’ai pas non plus bénéficié d’un arrangement avec un motard de la police, comme celui qu’avait conclu Janssen. Le motard en question ne l’a jamais précédé de plus de 40 mètres pour bien lui indiquer les changements de direction sur le parcours. Mon français était insuffisant pour que je puisse régler ce type d’affaire. »

Lors du Tour 1969, Vanspringel remporte l’étape du Galibier dont l’arrivée est située à Briançon. Dans l’ascension du géant alpestre, un supporter lui tend un bidon bien frais. La plupart du temps, les coureurs se contentent de boire une ou deux gorgées et de se verser le reste du bidon sur la tête pour se rafraîchir. Herman empoigne ce bidon à trois kilomètres du sommet et se rend compte qu’il contient du...champagne. « C’était drôlement bon, et ça m’a reboosté à un point tel que j’ai attaqué. » Dans la descente, il accentue son avance et se sent tellement bien qu’à l’arrivée il possède plus de deux minutes d’avance sur Eddy Merckx, deuxième. Il gagne encore à Montargis, après un marathon de 329 kilomètres.

En 1970, Vanspringel est cinquième du général et dans le groupe de tête lors de l’étape alpestre vers Gap. Dans la descente du col du Noyer, il se laisse glisser à hauteur de sa voiture pour aller chercher à boire. Un court instant, il pilote son vélo d’une seule main pendant qu’il se désaltère. Soudain sa roue se dérobe dans un trou. Le Belge passe par-dessus le guidon et sa tête heurte un rocher sur le bas-côté de la route. Il se relève le visage en sang. « Merckx m’a arrosé la figure avec un bidon pour faire cesser l’hémorragie. » Herman termine courageusement l’étape. Mais les médecins vont le forcer à abandonner après avoir diagnostiqué une fracture de la pommette gauche. Il risquait de perdre un œil. En 35 participations à des épreuves par étapes, Herman n’abandonnera que deux fois.

En 1971, Vanspringel rejoint Merckx chez Molteni. Il termine deuxième du Giro qu’il laisse échapper par manque de discernement au profit du Suédois Gösta Pettersson. C’est son deuxième échec cuisant. Il enchaîne avec le Tour de France où il remporte le contre-la-montre par équipes et une étape.

En 1972, il signe chez Rokado juste avant le Tour. C’est une perte que Merckx regrette amèrement. Au lieu de disputer une Grande Boucle qu’il était allé préparer minutieusement à ses frais en Suisse avec Willy In ‘t Ven, le voilà contraint de disputer une demi-douzaine de kermesses. « Je débordais d’adrénaline. J’étais écœuré. »

En 1973, on assiste à un Tour plus ouvert que jamais en l’absence de Merckx, quadruple vainqueur de l’épreuve. Vanspringel y porte le maillot jaune dès la troisième étape à Saint-Nicolas. Un maillot qu’il remplace 72 heures plus tard par le vert qu’il ramène à Paris (devant Zoetemelk et Ocana) dans un Tour qui n’a pas du tout souri aux sprinters. Herman arrache aussi une belle sixième place au classement final.

Il se classe dixième en 1974 et trente-et-unième l’année suivante avant de disputer son dernier Tour en 1976. Herman s’y dévoue corps et âme pour Freddy Maertens au sein de l’équipe Flandria avant d’être mis hors course au soir de la dernière étape de montagne.

Herman Vanspringel ne s’est jamais remis du grand malheur qui l’a frappé avec la perte de son fils Peter âgé de 18 ans à peine. L’amitié de Merckx lui fut d’un grand réconfort.

À suivre : 3️⃣6️⃣ Georges Vandenberghe

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