Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Hector Heusghem

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Hector Heusghem
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Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Hector Heusghem - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

5️⃣ Hector Heusghem

Né à Ransart (Hainaut) le 15.2.1890
Décédé à Montignies-le-Tilleul (Hainaut) le 29.3.1982

8 participations au Tour de France entre 1913 et 1925
2 fois deuxième (1920 et 1921)
1 jour en jaune
Vainqueur de deux étapes:

  • Nice - Grenoble (333 km) en 1920
  • Bayonne - Luchon (326 km) en 1921

Né en 1890, comme Charles de Gaulle, Hector Heusghem l’a affirmé jusqu’à sa mort : " on m’a volé mon Tour de 1922 ".

Contrairement à Firmin Lambot et à Léon Scieur, Hector Heusghem est le seul des trois mousquetaires wallons à n’avoir jamais remporté le Tour de France. Il échoua deux fois à la deuxième place, toujours derrière un compatriote et il aurait dû gagner en 1922.

Sa première expérience, en 1913, n’est pas un grand souvenir. Hector est contraint à l’abandon (tout comme Scieur à qui il est entièrement dévoué) lors de la septième étape entre Luchon et Perpignan...sur décision de ses patrons. Le leader Odile Defraye et tous ses équipiers ayant renoncé.

Hector Heusghem ne participe pas au Tour en 1914 mais y revient après la guerre. En 1919, Heusghem est une des nombreuses victimes de l’effroyable première étape. Il arrive au Havre à six heures du matin, soit onze heures après le vainqueur Jean Rossius ! Le contrôle est fermé et il ne sera pas repêché, après vingt-sept heures de course, dont deux nuits " sans y voir goutte ", sur des routes défoncées. Voici ce qu’écrit Théo Mathy dans " Mémoires du Tour et des Wallons " : " Je me permets de rappeler ce que le coureur emporte notamment dans ses poches ou fixé au cadre pour tenter de survivre à l’hécatombe : un burin pour les maillons de chaîne, des maillons de chaîne, une clé à pedale, une clé à nippes, des rayons, des écrous papillon et un manchon en cas de bris de tube, sans parler des boyaux de rechange. Sans compter, évidemment, la sacoche de guidon contenant le ravitaillement... "

En 1920, à Grenoble, Heusghem devance au sprint ses trois compagnons d’échappée (tous Belges !) : Rossius, Thys et Lambiot. Son frère Louis, vainqueur d’étape quarante-huit heures plus tôt à Aix-en-Provence, termine sixième juste derrière Scieur et devant Emile Masson. Ce soir-lá, le classement de l’étape recense six Wallons et un Bruxellois aux sept premières places. Et il en est exactement de même du classement final à Paris ! Très régulier tout au long de l’épreuve, Hector Heusghem y termine deuxième...à plus de cinquante-sept minutes de l’intouchable Philippe Thys mais avec un avantage de plus de quarante-deux minutes sur Lambot, troisième. Scieur est quatrième, Masson cinquième, Louis Heusghem sixième et Rossius septième.

En 1921, Hector Heusghem est très attardé parce qu’il a fait une grosse bêtise. Il fait caniculaire et le coureur de Charleroi est à la limite de la déshydratation. Il se trompe au ravitaillement en prenant un bidon avec du bouillon salé. Hector s’arrête dans un bistrot et descend lui-même à la cave chercher de la bière. Il a laissé son vélo devant une barrière de passage à niveau. Quand il veut remonter sur sa machine, la barrière est fermée. Un très très long train de marchandise passe...et puis arrive un second en sens inverse. Très énervé, Heusghem redémarre trop vite. Il est stoppé par deux crevaisons. Il oublie de manger et c’est la défaillance. Il veut abandonner et c’est un soigneur qui le fait changer d’avis. Le surlendemain, il signe un authentique exploit pour un athlète de 80 kilos. Parti de loin, il remporte la terrible étape des quartes cols Bayonne-Luchon, en solitaire avec vingt-quatre minutes et deux secondes d’avance sur Dejonghe. Léon Scieur, troisième, termine à plus de vingt-cinq minutes ! Comme l’année précédente, Heusghem monte sur la deuxième marche du podium final, cette fois derrière Léon Scieur qui le devance de dix-huit minutes et trente six secondes.

En 1922, Hector Heusghem devient pour la première fois de sa carrière leader du Tour. Insolite, lors de la troisième étape à Brest, vingt-quatre coureurs (dont les frères Heusghem) sont départagés au vélodrome de Brest grâce à une course par élimination dont Robert Jacquinot sort vainqueur.

Hector prend le maillot jaune à Jean Alavoine après les Alpes, à Strasbourg, au terme d’une étape remportée par Masson. Mais le lendemain, dès le départ tout commence mal. On lui donne un maillot jaune sans poches. Il en enfile un autre par-dessus pour caser son ravitaillement. Sur la route de Metz, il chute à cause d’un chien errant. Il n’est pas blessé mais il doit changer de vélo, ayant brisé le sien. Un changement de machine effectué avec l’assentiment d’un commissaire de course. Il écope cependant de 1 heure de pénalité et termine quatrième à Paris à...presque quarante-quatre minutes de Lambot. Le règlement n’autorise les changements de bicyclette qu’en cas d’accident irréparable dans l’instant. Et alors que les commissaires se préparaient à vérifier son vélo à l’étape, Heusghem l’aurait volontairement détérioré…

Voici ce qu’écrit Théo Mathy à propos de cet épisode troublant: " Le règlement prévoit qu’on peut changer de machine après un accident qui la rend hors d’usage, à la condition expresse que le sauvetage ne soit pas un service organisé. La voiture de son directeur sportif, avec un commissaire s’est arrêtée derrière Heusghem. Un cycliste arrive, c’est un instituteur qui revenait de vacances. Voyant le coureur accidenté, il propose de lui prêter sa bicyclette. Hector accepte aussitôt, il s’adresse au commissaire, montrant sa fourche pliée et sa roue qui ne tourne plus : " vous voyez, mon vélo est inutilisable, prenez-le à bord de la voiture. " Il s’empresse d’enlever les bagages du touriste, il l’enfourche et rejoint le petit peloton après une course poursuite. Pendant la journée de repos du lendemain, les trois commissaires se réunissent. Et par deux voix contre une, désavouant leur collègue, ils décident d’infliger une pénalité d’une heure au Hennuyer. "

Le commissaire désavoué s’appelle Dupont. Il déclare: " Messieurs, j’ai fait perdre le maillot jaune à un coureur qui méritait de le garder. Je n’accepterai plus jamais une fonction officielle au Tour de France. " Il tiendra parole.

Les Heusghem étaient une fameuse tribu. Ils étaient cinq, tous coureurs cyclistes : Clément (l’aîné), Arthur (le benjamin), Pierre-Jospeh (25e du Tour en 1912) et Louis (vainqueur de Paris-Tours 1912) qui, comme Hector, a disputé huit fois le Tour de France et y remporta aussi deux étapes mais ne porta jamais le maillot jaune.

A suivre : 6️⃣ Adelin Benoit

> Retrouvez ici le portrait de Firmin Lambot
> Retrouvez ici le portrait de Louis Mottiat
> Retrouvez ici le portrait de Philippe Thys
> Retrouvez ici le portrait de Léon Scieur

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