Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Firmin Lambot

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Firmin Lambot
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Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Firmin Lambot - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

Le Tour de France est né en 1903 et le maillot jaune en 1919. Jusque là, le leader du classement général ne portait pas de maillot distinctif. Durant cette période, cinq coureurs belges auraient porté le jaune si le maillot avait existé:

  • Cyrille Van Hauwaert en 1909,
  • Jules Messelis en 1911 et 1913,
  • Odile Defraye en 1912 et 1913,
  • Marcel Buysse en 1913
  • Jean Rossius en 1913 et 1919 où leader le premier jour mais le maillot jaune ne sera attribué qu’au départ de la dixième étape.

 

1️⃣ Firmin Lambot.

Né à Florennes le 14.3.1886.

Décédé à Borgerhout le 19.1.1964.

10 tours de France disputés entre 1911 et 1924.

5 jours en jaune (les 2 derniers jours en 1919 et les 3 derniers en 1922)

2 victoires finales (1919 et 1922) et 3 fois sur le podium (3e en 1920)

6 étapes remportées dont 3 de haute montagne

  • Aix-en-Provence - Nice (356 km) en 1913
  • Bayonne - Luchon (326 km) en 1914
  • Metz - Dunkerque (468 km) en 1919
  • Les Sables d’Olonne - Bayonne (482 km) et Bayonne - Luchon (326 km) en 1920
  • Toulon - Nice (272 km) en 1921.

 

Porte-drapeau du sport wallon, Firmin Lambot demeurera pour la postérité le premier belge à avoir endossé le maillot jaune et le tout premier coureur de l’histoire du Tour de France à l’avoir ramené à Paris.

Bourrelier-sellier de son premier métier, Lambot travaillait la bourre et le cuir afin de réaliser des pièces d’attelage pour le travail des chevaux.

Une fois sa carrière terminée, le Namurois se retira à Anvers où il créa un commerce de cycles.

Coureur courageux, endurant et plein de vitalité, voici comment Firmin se définissait par rapport à ses principaux adversaires: " Je ne souffre pas de la chaleur comme Van Hauwaert, de l’estomac comme Georget, je dose bien mes efforts contrairement à Alavoine, je suis plus régulier que Masson ou que Mottiat. Je digère tout et je dors comme un loir. "

Lambot a remporté le Tour de France à deux reprises, en 1919 et en 1922, chaque fois devant le français Jean Alavoine qui a dit de lui au terme du premier Tour de l’après-guerre: “Il a ramassé les morts”. Nous sommes en 1919 et Lambot a déjà 33 ans. Soixante-sept concurrents (ils ne seront que dix à l’arrivée) se lancent sur des routes encore dévastées par la guerre. Le terrible conflit mondial de 14-18 a d’ailleurs coûté la vie à trois anciens vainqueurs du Tour: Petit-Breton, Faber et Lapize. Le départ des étapes se fait entre 22 heures et 4 heures du matin ! Lors de la quatorzième étape Metz-Dunkerque (à jamais la plus longue en durée de l’histoire du Tour: 21 heures, 4 minutes et 27 secondes pour le vainqueur Lambot), le leader Eugène Christophe (premier détenteur du maillot jaune créé en cours d’épreuve par Henri Desgrange) brise la fourche de son vélo. Il perdra plus d’une heure à réparer et terminera avec un retard de deux heures et demie à Dunkerque. Lambot remporte le Tour et la France pleure sur les malheurs de son Vieux Gaulois (le surnom de Christophe).

En 1920, le coureur de Florennes passe en tête au sommet du Galibier et distance le français Henri Pélissier, lequel avait commis l’imprudence de sous-estimer les coureurs belges qu’il qualifiait de “cheveaux de labour”. Voici d’ailleurs ce qu’on écrivait de Firmin Lambot à ses débuts chez les amateurs (1): " Le cauchemar des constructeurs: brise des roues, des fourches, des guidons, fait sauter les chaînes. De la fougue et du malheur à revendre. A défoncé les cotes d’une vache (!), matché contre un porc (!!), tué deux poules et estropié un chien. Il ne s’en porte pas plus mal. "

Lambot aurait remporté le Prix de la Montagne en 1920 si celui-ci avait existé. Excepté Lucien Van Impe, aucun belge au cours de sa carrière n’est passé plus souvent en tête au sommet d’un grand col (le Galibier, le Tourmalet et l’Aubisque), pas même Philippe Thys, Sylvere Maes ou Eddy Merckx.

En 1922, Lambot devient (et demeure), à 36 ans, 4 mois et 9 jours, le plus âgé des vainqueurs de l’histoire du Tour de France. Il devient aussi le premier lauréat à Paris...sans avoir remporté la moindre étape. C’est la septième victoire finale consécutive d’un coureur belge !

Une victoire " chanceuse ", comme certains l’ont écrit ? Firmin porte le dossard...n° 13. À deux étapes de la fin, la victoire ne semble plus devoir échapper au maillot jaune Hector Heusghem lorsque ce dernier est frappé d’une pénalité très contestée d’une heure pour un changement de vélo non réglementaire. Le Carolo doit ceder sa première place au Namurois Firmin Lambot qui, lors de cette édition ne put toutefois s’exprimer librement qu’après le fléchissement d’Alavoine, son leader d’équipe auquel ses chances avaient été longtemps sacrifiées.

Firmin Lambot a toujours été persuadé qu’il aurait dû remporter une troisième fois le Tour en 1923, comme il le confia au journaliste Emile Besson dans " 100 ans de cyclisme ": " J’étais en grande forme mais j’ai brisé une manivelle au cours de l’étape Bayonne - Luchon, à 15 kilomètres du départ, vers deux heures du matin et j’ai dû rejoindre Bayonne en pédalant d’une jambe pour effectuer la réparation nécessaire, ce qui m’a fait perdre trois heures. A l’arrivée, j’ai constaté que j’avais roulé pratiquement aussi vite que le vainqueur, Jean Alavoine. "

Au total, Lambot a porté le maillot jaune pendant 6 jours en 10 participations. À ce jour, un seul coureur wallon a disputé plus de fois le Tour de France que lui, le regretté Claudy Criquielion (12 participations). Le 6 juillet prochain, Philippe Gilbert pourrait égaler Firmin Lambot s’il prend le départ à Bruxelles. Ce serait en effet la dixième Grande Boucle de Gilbert.

 

(1) Comme l’a relaté Théo Mathy, le monsieur cyclisme de la RTB(F) qui a couvert 40 Tours de France dans " Mémoires du Tour et des Wallons ", éditions Luc Pire (page 43).

A suivre: 2️⃣ Louis Mottiat

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