Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Félicien Vervaecke

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Félicien Vervaecke
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Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Félicien Vervaecke - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

Né à Dadizele (Moorslede) le 11 mars 1907
Décédé à Bruxelles le 31 octobre 1986

7 participations au Tour de France entre 1932 et 1939
3 podiums : 3e en 1935 et 1936, 2e en 1938
6 jours en jaune
Grand Prix de la Montagne 1935 et 1937. Deuxième en 1938
10 victoires d’étapes dont 5 chronos par équipes

  • 4 chronos par équipes : Nîmes - Montpellier (52 km), Narbonne - Perpignan (63 km), Saintes - La Rochelle (75 km) et La Roche-sur-Yon - Chollet (65 km) en 1936
  • Digne - Nice (251 km) et Toulon - Marseille (65 km contre-la-montre par équipes) en 1937
  • La Rochelle - Royan (83 km), Pau - Luchon (193 km), Narbonne - Béziers (27 km contre-la-montre) et Laon - Saint-Quentin (42 km contre-la-montre) en 1938

Doté d’une énergie inépuisable, Félicien Vervaecke est l’âme de l’Escadron Noir (le surnom dont hérita l’équipe nationale belge en égard à la couleur de son maillot : noir cerclé de jaune et de rouge), le plus valeureux et le plus courageux. Le champion Flandrien est un superbe rouleur et un merveilleux grimpeur. Il devient le premier belge vainqueur d’un chrono individuel et du classement du meilleur grimpeur sur le Tour de France. Il est aussi le seul coureur non italien à accéder au podium du Grand Prix de la Montagne du Tour d’Italie avant la seconde Guerre Mondiale. Vervaecke sera enfin, dans les années 1960, le précieux conseiller d’un adolescent bruxellois, un certain Eddy Merckx.

Félicien Vervaecke dispute son premier Tour de France en 1932. Il y fait preuve d’un courage inouï mais une clavicule cassée l’arrête à Perpignan, lors de la septième étape.

Il revient deux ans plus tard dans un Tour dont la grande nouveauté est l’apparition d’un contre-la-montre individuel (80 km entre La Roche-sur-Yon et Nantes) remporté par Antonin Magne. Vervaecke termine quatrième (et premier isolé !) du classement final, devant le Roi (René) de la Montagne (Vietto) lequel s’est sacrifié deux fois pour Magne dans les Pyrénées, faisant même demi-tour dans le Portet d’Aspet ! Vietto, vingt ans et cinquième à Paris, a toujours prétendu que sans cela il aurait gagné le Tour.

Comme individuel, Félicien sauve l’honneur des belges après ce que la presse belge appelle “l’humiliation de l’Escadron Noir”. Tout le monde en est conscient, il faudra dès l’an prochain, bâtir une équipe autour de lui.

En 1935, Félicien Vervaecke monte pour la première fois sur le podium final d’un Tour remporté, contre toute attente, par son équipier Romain Maes. Il devient surtout le troisième lauréat de l’histoire du Grand Prix de la Montagne, le premier belge.

En 1936, Vervaecke termine encore troisième mais à 58 secondes seulement du lauréat Antonin Magne. Félicien aurait d’ailleurs dû être deuxième mais il écope, lors de la seizième étape, d’une pénalité de dix minutes pour avoir emprunté un vélo muni d’un dérailleur dans l’Aubisque et ensuite d’une amende d’une minute pour ravitaillement non autorisé (effectué par son épouse). Une pénalisation vivement contestée par le clan belge car, si la camionnette de secours avait été derrière tous les coureurs, comme le stipule le règlement (et pas seulement derrière le seul Magne !) le courageux Vervaecke n’aurait jamais dû emprunter un vélo...muni, hélas, d’après les commissaires, d’un dérailleur, accessoire banni à l’époque...et qui sera autorisé l’année suivante!

En 1937, Vervaecke signe sa première victoire individuelle (il a gagné quatre fois le contre-la-montre par équipes l’année précédente) sur les routes du Tour. Il s’impose à Nice en solitaire et à Marseille dans le chrono par équipes mais il est ensuite victime de l’abandon massif de toute l’équipe belge. Il se console en remportant pour la deuxième fois le prix du meilleur grimpeur. A l’époque, il n’était pas indispensable de terminer l’épreuve pour figurer au général de ce classement.

En 1938, le Tour de France franchit pour la première fois l’Iseran, alors la route carrossable la plus haute d’Europe. Deuxième derrière l’intouchable Gino Bartali et vainqueur de quatre étapes, Félicien Vervaecke y réalise son meilleur Tour. Une Grande Boucle commentée sur les ondes de Radio 37 par Jean Gabin, Albert Préjean et Georges Carpentier. Vervaecke remporte la quatrième étape c (il y avait trois étapes ce jour-là !) en solitaire. Précédemment sacrifié au profit de Sylvère Maes, Félicien gagne dans les Pyrénées, à Luchon, où il s’empare du maillot jaune qu’il conserve six jours durant, soit jusqu’à la treizième étape où le Flandrien côtoie encore Bartali au sommet du col de Braus. Vervaecke, digne dauphin de l’Italien, gagne les deux contre-la-montre individuels.

En 1939, sa dernière participation au Tour s’achève comme la première par un abandon. Inactif durant les années de guerre, il reparaît en 1945 parmi les “vétérans” où il domine de telle manière qu’il est contraint de reprendre une licence professionnelle la saison suivante.

On retiendra du valeureux Félicien que, sans sa soumission totale à ses différents leaders, il aurait certainement pu revendiquer la victoire finale...comme Raymond Poulidor, trente ans plus tard. Ils seront l’un et l’autre les idoles de toute leur génération.

Établi marchand de cycle à Bruxelles, il sera le premier conseiller d’Eddy Merckx.

A suivre : 2️⃣1️⃣ J(e)an Engels

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