Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Edward Sels

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Edward Sels
Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Edward Sels - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

️⃣3️2️ Edward Sels

Né le 27 août 1941 à Anvers.
5 participations entre 1964 et 1970
2 jours en jaune
7 victoires d’étapes :

  • Rennes - Lisieux (215 km), Toulon - Marseille (250 km), Andorre - Toulouse (186 km) et Bordeaux - Brive (215,5 km) en 1964.
  • La Baule/Pornichet - La Rochelle (219 km) en 1965.
  • Caen - Angers (216,5 km) et Orléans - Rambouillet (111 km) en 1966.

Issu d’une famille nombreuse de onze enfants (sept garçons et quatre filles), Edward Sels est très jeune quand il abandonne l’école pour devenir livreur de journaux. Fils d’un ouvrier agricole, il n’a cependant qu’un rêve : devenir coureur cycliste. Son idole s’appelle Rik Van Looy.

L’Anversois réalise son rêve et fait ses débuts professionnels aux côtés de Van Looy dont il est longtemps considéré comme le lieutenant préféré. Routier athlétique, " Ward(je) " est un puissant finisseur doté d’un sprint dévastateur. Il est assurément un des meilleurs routiers-sprinters de son époque. Deux chutes graves (Paris-Nice 1967 et Tour de France 1968) vont malheureusement le priver d’une partie de ses moyens.

Ward Sels brille dès son premier Tour de France, en 1964. Il enlève quatre étapes dont la première entre Rennes et Lisieux où il endosse le maillot jaune au terme de son premier jour de course sur la Grande Boucle ! Premier leader du Tour, l’Anversois conserve sa précieuse tunique le lendemain à Amiens, ce qui lui permet d’entrer fièrement en Belgique en jaune.

Un maillot qu’il cède cependant au Mouscronois Van De Kerckhove à Forest. Victorieux à Montpellier, à Toulouse et à Brive, Sels termine ainsi deuxième du classement par points, n’échouant qu’à neuf unités de Jan Janssen. Il n’a pas encore vingt-trois ans et, quelques semaines plus tard, il devient champion de Belgique à Vielsalm.

Le Tour 1965 commence par une polémique. Van Looy lui donne sa bénédiction pour la première étape vers Liège. Mais, en plein sprint, Rik se décale subitement vers la gauche et Sels évite de peu la chute. Van Looy gagne et Ward est troisième. Présent à l’arrivée, son père accuse Rik Van Looy d’avoir voulu le balancer. Sels prend sa revanche lors de la septième étape en s’imposant à La Rochelle.

En 1966, Ward Sels remporte le Tour des Flandres et revient sur la Grande Boucle avec beaucoup d’ambition. Cela commence bien avec une belle victoire au sprint, à Angers, devant Van Looy. Mais très vite, il doit déchanter. Dans l’étape Pau-Luchon avec les ascensions des cols de Mente et du Portillon, Sels possède une telle avance qu’il est maillot jaune virtuel. Il lui reste à négocier une descente d’une dizaine de kilomètres lorsqu’il est victime d’une crevaison. Mais aucune assistance technique n’a été prévue pour lui, son directeur sportif Hugo Mariën ayant préféré rester près de Van Looy. Tout le monde en convient, il est tout à fait anormal qu’aucune voiture de son équipe ne l’accompagne. L’image de Sels patientant au bord de la route, une roue à la main est ahurissante. Excédé par cette attente interminable, il replace la roue de son vélo et reprend la descente avec un boyau plat, parcourant...dix kilomètres sans jante, au ralenti, bien évidemment tant la manœuvre est périlleuse. Lui l’excellent descendeur, accuse finalement un retard de treize minutes sur le vainqueur et confie très amer : “L’équipe aurait pu s’investir bien davantage à mon bénéfice, et j’aurais sans doute pu m’adjuger ce Tour, très ouvert et remporté de manière totalement inattendue par Lucien Aimar.

D’autant qu’un nouvel incident survient en fin de Tour, lors de l’étape du Télégraphe et du Galibier. Afin de supporter la surcharge d’efforts, Sels s’est fait préparer un bidon de gruau d’avoine. Mais au moment de le ravitailler, il n’y a (une fois encore !) pas de voiture technique dans les parages. Quand Mariën arrive enfin à sa hauteur, il est hors zone de ravitaillement. Sels hurle : ”sans mon bidon, je vais droit à la défaillance”, mais, de peur de recevoir une amende, son directeur sportif reste inflexible. Une fois Sels irrémédiablement largué, il lui tend enfin un bidon...contenant juste de l’eau et des morceaux de sucre dilués. Ward se console en gagnant le dernier jour à Rambouillet.

Leur belle amitié considérablement refroidie, Sels et Van Looy prennent des trajectoires différentes en 1967. Mais une lourde chute à Paris-Nice brise l’élan de Wardje qui se met avec dévouement au service de Jacques Anquetil en 1968 et en 1969 au sein de l’équipe Bic. “Le Normand était un ami”, dira-t-il fièrement.

En 1968, Sels chute gravement au cours de la troisième étape Forest-Roubaix et est contraint d’abandonner, le visage maculé de sang. A partir de là, rien ne sera plus jamais comme avant...

Edward Sels met fin prématurément à sa carrière en 1971. Il n’a que trente ans. Il devient livreur de bières.


INSOLITE

Au sein de la tribu Sels, trois des sept frangins furent coureurs : Karel, champion de Belgique junior en 1970 et Walter qui joua de malchance. Une lourde chute le plongea dans le coma pendant de longues semaines en 1969. Une des quatre sœurs, Rosa, fut championne de Belgique et vice-championne du monde en 1960. 

 

A suivre : 3️3️ Bernard Van De Kerchove

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