Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Eddy Merckx

Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Eddy Merckx
Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Eddy Merckx - © Tous droits réservés

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

3️⃣9️⃣ Eddy Merckx

Né le 17 juin 1945 à Meensel-Kiezegem (Brabant)
7 participations au Tour de France entre 1969 et 1977
5 victoires finales
3 Maillots verts, 2 classements de la montagne, 5 fois le combiné, 4 fois la combativité
96 jours en jaune (111 fois)
34 victoires d’étapes

Merckx remporte deux fois huit étapes sur un même Tour. Seuls Henri Pélissier en 1930 et Freddy Maertens en 1976 ont fait aussi bien.

Une puissance sans égale, un esprit chevaleresque et un sens inégalé du panache, voici le plus grand champion cycliste de tous les temps : 5 Tours de France, 5 Tours d’Italie, 5 Liège-Bastogne-Liège, 7 Milan-Sanremo, 3 Paris-Roubaix, 3 maillots arc-en-ciel, un record de l’heure...

Eddy Merckx restera probablement à jamais le plus glorieux de tous les maillots jaunes. Un maillot qu’il a porté sur ses épaules pendant 96 jours, soit plus de trois mois de sa vie !

C’est en 1969 que le Bruxellois s’aligne pour la toute première fois sur les routes du Tour de France. Il vient d’avoir vingt-quatre ans et possède déjà un fameux palmarès : champion du monde, Milan-Sanremo (trois fois), le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour d’Italie.

Si 1969 évoque, pour beaucoup, les premiers pas de l’homme sur la Lune, en Belgique, ce souvenir est souvent associé à la première victoire de Merckx dans la Grande Boucle. Un succès remporté avec 18 minutes d’avance sur le deuxième du classement, Roger Pingeon.

Cette année-là, la formule des équipes nationales est abandonnée et laisse définitivement la place aux formations de marques. Un premier sponsor (le beurre Virlux !) apparaît sur le maillot jaune dont on célèbre le cinquantenaire. Eddy Merckx enfile le premier de ses...111 maillots jaunes dès le deuxième jour, chez lui à Woluwe-Saint-Pierre, avenue des Mille Mètres. Il triomphe ensuite au sommet du Ballon d’Alsace où il asphyxie tous ses adversaires et où Felice Gimondi, Roger Pingeon et Jan Janssen (trois anciens vainqueurs du Tour) sont relégués à quatre minutes ! Dans le peloton, il règne déjà un sentiment de défaite, pour ne pas dire de résignation. Un peu plus tard, Merckx dira : " Il fallait frapper un grand coup. Je l’ai fait. Je suis rassuré."

Eddy Merckx est assuré de la victoire finale. Il lui suffit de défendre son maillot, mais c’est la colère provoquée par l’annonce la veille du prochain départ pour la concurrence de son fidèle lieutenant Martin Van Den Bossche qui pousse Eddy à l’exploit gratuit dans l’étape reine Luchon-Mourenx (ville nouvelle) où les coureurs doivent franchir les cols légendaires des Pyrénées : Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Soulor et Aubisque. Dans le Tourmalet que le jeune Belge découvre, Merckx contre son futur-ex équiper, Van den Bossche, et sprinte pour l’empêcher de passer en tête au sommet avant de le laisser irrémédiablement sur place. “C’était une erreur. Je le regrette”, dira-t-il plus tard. “J’ai foncé dans la descente, sans vraiment avoir l’intention de partir...” Et voilà Merckx parti, sans le vouloir, pour un cavalier seul anachronique de 140 kilomètres. Ce 15 juillet 1969, le Bruxellois réalise probablement le plus grand exploit accompli par un champion en jaune. Le lendemain, le journal “L’Équipe” titre: “Merckx surpasse Merckx.

Eddy remporte encore la dernière étape, 37 kilomètres contre-la-montre entre Créteil et la Cipale, la piste municipale du bois de Vincennes, qui s’appelle aujourd’hui le “vélodrome Jacques Anquetil”, où Eddy va remporter tous ses Tours.

Trente ans après Sylvère Maes, un Belge remporte à nouveau la Grande Boucle. Sous les yeux de sa maman, venue pour la première fois, en train, à Paris, Merckx a tout raflé: le classement général au temps, par points, les classement de la montagne, du combiné, de la combativité et par équipes. Un record jamais égalé.

Au pays, c’est l’euphorie collective comme rarement la Belgique en avait connue.

En 1970, Eddy Merckx prend le maillot jaune d’entrée, au prologue de Limoges. Zilioli le lui chipe jusqu’à Valenciennes. Merckx entre seul en Belgique et l’emporte détaché à Forest. Il est devancé d’un souffle par Gonzalez Linares dans le chrono de l’après-midi et puis il se déchaîne dans le Jura. Seul le jeune Joop Zoetemelk lui résiste à Divonne-les-Bains. Il gagne encore à Grenoble, puis au Mont Ventoux. Il remporte son deuxième Tour de France (avec 12’51” d’avance sur Zoetemelk) en autant de participations et signe son premier doublé Giro-Tour.

L’admiration se transforme vite en reproche. “Au yeux de Jacques Goddet, la conscience du Tour, Merckx en fait trop. Cela contribue ainsi à installer dans l’opinion un “antimerckxisme” latent qui parait tellement déplacé un demi-siècle plus tard”, écrit le journaliste français Claude Droussent dans son ouvrage “Maillots Jaunes”.

Le Tour 1971 est celui de l’exploit de Luis Ocaña, de la lourde défaite de Merckx à Orcières-Merlette et du drame du Col de Menté où, l’Espagnol, en jaune, chute sans pouvoir repartir.

Merckx s’installe en jaune en remportant le prologue avec son équipe Molteni, puis il gagne à Strasbourg. Pour la première fois de sa carrière, il est dominé dans la montagne. Vainqueur au sommet du Puy-de-Dôme, Ocaña secoue Merckx dans la Chartreuse, puis lui porte l’estocade le lendemain. Il déborde le Portugais Joaquim Agostinho dans la côte de Laffrey et s’envole seul vers la station d’Orcières-Merlette. Lucien Van Impe est à six minutes, Merckx et les autres à près de neuf minutes ! L’Espagnol subit ensuite l’assaut de Merckx, touché dans son orgueil, et de ses équipiers dès le baisser du drapeau, en direction de Marseille. Ocaña y perd deux minutes, puis onze secondes dans le chrono d’Albi le lendemain. Le jour qui suit, dans le col de Menté, Merckx est bien décidé à mettre la pression sur Ocaña dans une descente ultra-rapide où s’abat un véritable déluge. Dans la première épingle abordée sous l’orage, Merckx tombe et se relève. Ocaña glisse à son tour et est percuté par Zoetemelk, puis Agostinho. Le maillot jaune reste à terre dans un décor d’apocalypse. Il abandonne. Ce n’est qu’à l’arrivée à Luchon qu’Eddy apprend le drame dont son rival a été la victime et refuse de porter le maillot jaune le lendemain, en signe de compassion. Il gagne ensuite à Bordeaux, puis contre-la-montre le dernier jour à la Cipale. Merckx remporte le Tour de France pour la troisième fois d’affilée mais sa toute-puissance est remise en cause pour la première fois. Il reste un doute, nommé Ocaña, sur ce troisième succès consécutif en trois participations.

Le Tour 1972 doit être celui de la revanche pour Ocaña. La guerre psychologique est palpable. Merckx n’a qu’une idée en tête : lever les doutes générés par l’édition précédente. Le duel va vite tourner court, l’Espagnol abandonnant lors de la quinzième étape. Eddy remporte six étapes et devient quadruple vainqueur du Tour, réalisant un nouveau doublé maillot jaune (avec plus de dix minutes d’avance sur Gimondi) et maillot vert.

Eddy fait l’impasse sur le Tour en 1973 en raison de l’animosité des Français à son égard et revient en 1974. Il remporte huit étapes dont trois de montagne et passe dix-huit jours en jaune. Merckx gagne pour la troisième fois à la Cipale, au terme d’une étape entre Orléans et Paris. C’est son cinquième et dernier Tour de France victorieux. Il réalise aussi un deuxième doublé Giro-Tour. Le Bruxellois en est à trente-deux victoires d’étapes en cinq tours victorieux. Ce cinquième Tour est aussi celui de la souffrance pour le “Cannibale” qui s’est fait enlever un abcès dont la plaie s’est mise à saigner dans son cuissard pendant une bonne partie de l’épreuve.

Lors du Tour 1975, Eddy est frappé au foie par un spectateur dans le dernier kilomètre de l’ascension du Puy-de-Dôme. C’est la seule agression avérée de toute l’histoire du maillot jaune. “Merckx a fait subir, mais il a subi aussi, ne l’oublions pas”, écrit Claude Droussent. Le Bruxellois termine troisième de l’étape mais cède 34” à Bernard Thévenet, qui n’est plus qu’à 58” au général, à deux jours de l’étape de Pra-Loup. Une montée que Merckx aborde avec plus d’une minute d’avance sur Thévenet mais il connaît une défaillance inattendue. Le Français lui prend deux minutes en moins de cinq kilomètres, et le maillot que Merckx ne portera plus jamais, refusant toutefois d’abandonner malgré une fracture de l’os maxillaire, conséquence d’une chute deux jours plus tard. Dans sa chambre d’hôtel à Pra-Loup, Thévenet se réveille et aperçoit son maillot jaune sur le dos d’une chaise. “Je me suis dit, mais qu’est-ce que tu fais dans la chambre de Merckx ?

Blessé à la selle, Merckx renonce au Tour de France en 1976 et sa dernière participation en 1977 est un calvaire mais jamais il ne renoncera...enfin presque.

Son premier (et seul) abandon il le connaîtra comme consultant pour la RTBF-télévision, à mes côtés, au lendemain de l’étape du Mont Ventoux. Souffrant du dos, Eddy fut contraint de renoncer, après avoir été le boute-en-train de toute la tribune Eurovision des commentateurs !

A suivre : 4️⃣0️⃣ Julien Stevens

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK