21 Belges au départ, un record depuis 1994, à la recherche d'une victoire d'étape sur le Tour

Thomas De Gendt, Wout van Aert, Greg Van Avermaet et Tim Wellens
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Thomas De Gendt, Wout van Aert, Greg Van Avermaet et Tim Wellens - © RTBF - Belga

Ils seront 21 Belges, dont sept néophytes, à s'élancer de Bruxelles pour le Grand Départ du 106e Tour de France, soit deux compatriotes de plus que l'an dernier. 

La Belgique n'avait plus atteint un tel niveau de participation depuis 25 ans et l'édition 1994. A l'époque, ils étaient 22 au départ. Le record date de 1981 (50 Belges au départ).

21 Belges, 21 jours de course. Chaque Belge peut ainsi gagner son étape. Trêve de plaisanterie, analysons avec objectivité les chances de nos sportifs. Avec une telle délégation, la Belgique a les atouts suffisants pour ramener ce qui nous fait défaut depuis le succès de Thomas De Gendt, le 14 juillet 2016 au Châlet-Reynard  : une victoire d'étape. "J'en espère trois", lâche le sélectionneur national Rik Verbrugghe. Ces derniers jours, nous sommes partis à la rencontre de ces acteurs pour connaitre leurs ambitions.

Les sprinteurs

Parmi les 21 coureurs alignés, quatre possèdent une excellente pointe de vitesse : Wout van Aert (Jumbo-Visma), Jens Debusschere (Katusha-Alpecin), Jasper Philipsen (UAE-Team Emirates) et Jasper Stuyven (Trek-Segafredo). Aucun des quatre ne sera favori face à Elia Viviani, Dylan Groenewegen et Caleb Ewan. La dernière victoire belge dans un sprint massif remonte à 2008 avec le succès de Gert Steegmans sur les Champs-Elysées.

Trop tôt pour Jasper Philipsen

La surprise parmi les 21 Belges sélectionnés est sans aucun doute Jasper Philipsen. Le Limbourgeois est souvent comparé à Tom Boonen, maillot vert du Tour de France en 2007. Les qualités des deux coureurs se rejoignent : habile sur les pavés et rapide au sprint. Peut-on déjà s’attendre à un exploit du jeune homme ? "Cela arrive trop tôt pour jouer la victoire d’étape. Il en a les qualités mais vu sa saison chargée, il faudra dans quelle condition il sera au départ. Dans deux-trois ans, la Belgique pourra compter sur lui. Il sait bien se positionner. Et c’est un avantage car les sprints seront nerveux", selon Tom Steels, vainqueur de 9 étapes du Tour de France (4 en 1998, 3 en 1999, 2 en 2000).

Le coureur de 21 ans, qui a déjà 43 jours de course au compteur, a été appelé en remplacement de Fernando Gaviria, en délicatesse avec son genou. "J’ai appris ma sélection mercredi dernier. J’ai dû annuler mes vacances à Gran Canaria. Je me sens encore frais. Naturellement, il faudra surveiller jour par jour. Le but n’est pas de se cramer. Si la récupération devient trop difficile, l’équipe m’arrêtera à temps." Le Belge devra également collaborer au mieux avec l’autre sprinteur de l’équipe, Alexander Kristoff.

Pas de Wout van Aert au sprint

Troisième du Championnat de Belgique à Gand, Wout van Aert découvre la Grande Boucle. Vainqueur de deux étapes au Dauphiné dont une au sprint, le coureur de Jumbo-Visma arrive en confiance. "Je suis un peu nerveux mais je suis prêt. Dylan Groenewegen est notre homme pour les sprints massifs. Il est un cran au-dessus. J’aurai un rôle important dans ce train mais je ne sais pas si je serai le dernier homme pour le lancer."

Toutefois, cela ne veut pas dire que Wout van Aert ne compte pas se mettre en évidence sur ce Tour. "Il y aura déjà le chrono par équipes où nous aurons une belle équipe. Il y a quelques étapes qui me conviennent durant la première partie du Tour. Je n’ai aucune ambition pour la montagne et puis, il y aura le chrono de Pau où je pourrai endosser mon maillot de Champion de Belgique. J’espère ne pas avoir d’incident d’ici-là."

Jens Debusschere veut rouler son sprint

Jens Debusschere aura la lourde tâche de remplacer l’Allemand Marcel Kittel, qui a mis sa carrière entre parenthèses. Conscient du niveau présent, le Belge de 29 ans sait que la victoire d’étape sera compliquée. "Avec Marco Haller et Rick Zabel, nous serons trois à pouvoir nous mêler dans un sprint massif. Si je fais sixième ou septième d’étape en étant enfermé ou n’ayant pas le sentiment de réellement sprinter, je ne serai pas content. Je veux faire de vrais sprints et si je me fais déborder, et bien je serai à ma place. Pour le reste, je veux rallier les Champs-Elysées."

Jasper Stuyven, l’électron-libre

La formation Trek-Segafredo misera tout sur l’Australien Richie Porte pour le classement général. Le Belge Jasper Stuyven apparaît ainsi comme l’électron-libre. "Nous aurons assez d’hommes pour le soutenir dans les cols. Je pars du principe que je disposerai de suffisamment de liberté pour tenter ma chance."

Les chasseurs d’étape

Greg Van Avermaet est le seul Belge qui peut se targuer d’être le leader absolu de son équipe. Sa formation CCC ne dispose pas de sprinteur ni de grimpeur en mesure de jouer les premiers rôles. Dès lors, le Champion Olympique devra porter les espoirs du groupe sportif polonais.

"Je vais rouler offensivement surtout dans les dix premiers jours. C’est dans cette première partie de Tour que je me fixe des objectifs. Le départ à Bruxelles constitue une motivation supplémentaire. C’est dommage que la première étape ne soit pas agrémentée de monts flamands. Le Mur de Grammont et le Bosberg arrivent trop tôt. Le final à Epernay me convient. Je pourrai également tenter ma chance dans une offensive au long cours lors des deux journées dans le Massif Central."

Et si la surprise venait de son discret coéquipier Serge Pauwels ? A 35 ans, il va disputer son cinquième Tour de France consécutif. Dans un bon jour, il peut obtenir un bon résultat, comme en témoigne sa deuxième place en 2016 à l’étape du Chalet-Reynard.

Enfin un bon de sortie pour Oliver Naesen

L’arrivée en bosse à Epernay lors de la troisième étape qui s’élancera de Binche pourrait sourire à un autre puncheur : Oliver Naesen. Le Belge d’Ag2r La Mondiale aura un rôle important dans la plaine pour Romain Bardet. Toutefois, contrairement aux autres années, le deuxième de Milan-San Remo aura le feu vert à certaines occasions. "Je n’ai rien exigé mais cela me fait plaisir. La tactique a changé. Avant, c’était du 100% pour Romain Bardet. La direction pense également aux victoires d’étape. Je n’ai pas encore regardé tous les profils, mais je pense que les échappées auront le dernier mot entre Albertville et Val Thorens."

Aucune ambition pour le général

Avec Dylan Teuns (Bahrain-Mérida), Tim Wellens et Tiesj Benoot (Lotto-Soudal), la Belgique possède trois éléments capables de se distinguer en moyenne voire en haute montagne. Toutefois, aucun des trois ne pense à un classement général.

"Je vais regarder les possibilités dans les épreuves difficiles pour obtenir un résultat. Je ne vise aucun classement général", commente Dylan Teuns, sixième du dernier Critérium du Dauphiné.

Même discours pour le quatrième du récent Tour de Suisse Tiesj Benoot. "Je pars du principe que j’aurai un mauvais jour. Ce que j’ai fait en Suisse était super mais le Tour de France est une autre histoire. Je vais me tester mais je ne vais pas me rendre malade pour une lointaine place d’honneur."

"Il doit commencer par des classements généraux d’une semaine. Un classement général est possible pour Tiesj Benoot mais c’est encore trop tôt", ajoute son directeur sportif Frederik Willems.

Les coéquipiers

Chez Deceuninck – Quick-Step, le rôle des deux Belges de l’équipe est clairement défini. Yves Lampaert devra emmener l’équipe sur le plat en contrôlant l’écart avec les échappées matinales. Son directeur sportif Tom Steels compte également sur l’ancien Champion de Belgique lors du deuxième jour dans les rues bruxelloises.

"Il sera le moteur du chrono par équipes qui est très important pour nous. Nous visons la victoire ce jour-là. Il pourra également jouer sa carte personnelle lors du chrono individuel à Pau."

Le Belge de 35 ans Dries Devenyns aura pour principale mission de protéger Enric Mas dans la montagne.

Tout pour Caleb Ewan chez Lotto-Soudal

En ce qui concerne Lotto-Soudal, la priorité sera australienne avec le sprinteur Caleb Ewan. Il pourra compter sur le soutien de toute l’équipe, mais surtout sur Jens Keukeleire, Roger Kluge, Jasper De Buyst et de Maxime Monfort. "Il y aura des étapes difficiles qui lui conviennent peut-être mieux qu’à d’autres sprinteurs. Donc, l’équipe sera à son service", commente le Brugeois Jens Keukeleire.

Pour Jasper De Buyst, les choses sont claires : "Il est le dernier wagon de la locomotive pour Caleb Ewan. Le plan est bien défini pour le sprint. Il est indispensable. Nous voulons absolument en claquer une durant la première semaine", indique le directeur sportif Frederik Willems.

Quatorzième en 2013, Maxime Monfort (36 ans) dispute son septième Tour de France. "Je vais en profiter un maximum mais mon temps est révolu. Je pense avoir exploité le maximum de mes possibilités. J’aiderai l’équipe du mieux possible que ce soit pour Caleb Ewan dans la plaine, ou pour Tiesj Benoot dans la montagne voire Thomas De Gendt qui a des ambitions de maillot à pois."

Les baroudeurs

Le premier coureur auquel on pense quand on évoque le mot baroudeur est sans nul doute Thomas De Gendt, dernier vainqueur belge d’étape sur la Grande Boucle en 2016. "Avec son tempérament, on le verra à l’avant sur des profils difficiles, mais il aura également sa part de travail à effectuer pour Caleb Ewan", déclare le directeur sportif Frederik Willems.

Wanty-Gobert : montrer le maillot

Comme chaque année, les sociétaires de la formation Wanty-Gobert se glisseront dans les coups. Ce sera la mission de Kevin Van Melsen, Frederik Backaert, Aimé De Gendt et Xandro Meurisse. "Frederik Backaert a l’avantage d’avoir roulé le Tour par le passé. Il sait comment s’y prendre pour sortir au bon moment. Pour Aimé De Gendt et Kevin Van Melsen, ce sera une découverte. Xandro Meurisse devra également rouler de manière offensive mais nous n’allons pas l’envoyer devant sur une étape plate. Il sera réservé pour les parcours accidentés ou pour les étapes de transition", commente le directeur sportif Steven De Neef.

Avec Maxime Monfort, le Hombourgeois Kevin Van Melsen sera l’un des deux Wallons présents sur ce Tour. "Je ne me faisais plus aucune illusion. C’est une belle surprise après ma déception d’il y a trois ans. C’est une récompense pour tous les sacrifices que j’ai effectués durant ma carrière. Je vais apprendre beaucoup de choses mais je ne sais pas dans quoi je mets les pieds. Mon rôle sera de me glisser dans une échappée pour montrer le maillot et de protéger Guillaume Martin dans la plaine. J’espère terminer le Tour au caractère."

Le mot de la fin revient au sélectionneur Rik Verbrugghe. "Nous sommes présents en nombre cette année et cela peut avoir son influence. Nous avons des coureurs de qualité qui peuvent finir une course. De plus, il y a beaucoup d’étapes de transition où les fuyards ont une chance d’aller au bout et là je vois des gars costauds comme Greg Van Avermaet, Dylan Teuns et Tiesj Benoot en gagner une."

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