Rétro : En 2006, Seraing, Mons, Charleroi, Namur... voyaient la vie en rose grâce au Giro

Le peloton du Tour d'Italie 2006 en route vers Hotton
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Le peloton du Tour d'Italie 2006 en route vers Hotton - © ERIC LALMAND - BELGA

Le samedi 6 mai 2006, la ville de Seraing, près de Liège, est en effervescence. Les Sérésiens accueillent le Grand Départ du Giro, qui débute par un prologue d'un peu plus de six kilomètres et dont l'arrivée est fixée sur la RN90, le long de la Meuse.

Si le Giro s'apprête à passer quatre jours en Wallonie, c'est notamment parce que la ville d'Amsterdam, qui était supposée organiser le Grand Départ de ce 89ème Tour d'Italie, a finalement changé d'avis. Contactée dans un premier temps par l'organisateur pour accueillir une étape, la Province de Liège, qui vient de donner le coup d'envoi du Tour de France 2004, ne laisse pas passer l'occasion d'en faire de même avec le Giro 2006, année qui, "hasard" du calendrier, "marque l'anniversaire de la convention belgo-italienne sur l'immigration et le cinquantième anniversaire de la catastrophe du bois du Cazier."

Au menu de ce Giro wallon, un prologue à Seraing, suivi d'une étape avec départ et arrivée dans deux grosses villes "à forte coloration italienne", Mons et Charleroi, avant la mise à l'honneur de plus petites villes, voire de... très petites villes lors des deux dernières étapes disputées sur le sol belge : Perwez-Namur, avec arrivée au sommet de la Citadelle, et Wanze-Hotton !

Prologue : Seraing-Seraing, 6.2 kilomètres

Revenons-en au prologue de Seraing, organisé au surlendemain de la présentation des coureurs au Palais des princes-évêques de Liège, sur la Place Saint-Lambert.

Au départ, les grands noms sont nombreux : Ivan Basso, Jan Ullrich, Danilo Di Luca, Davide Rebellin, Robbie McEwen, Damiano Cunego, Paolo Bettini, Alessandro Petacchi... Côté belge, ils sont 14 sur la ligne de départ : Axel Merckx, Rik Verbrugghe, Maxime Monfort, Christophe Brandt, Philippe Gilbert...

Le Champion de Belgique du contre-la-montre Marc Wauters (Rabobank), 17ème, est le meilleur des nôtres, juste devant Rik Verbrugghe (Cofidis), 20ème, et Christophe Brandt (Davitamon-Lotto), 22ème.

La victoire revient au tenant du titre, l'Italien Paolo Savoldelli (Discovery Channel), de loin le plus rapide à près de 47.5 km/h de moyenne. Il Falco ne met que 7'50'' à en finir et devance son plus proche poursuivant, Bradley McGee (Française des Jeux), de onze secondes, et s'empare déjà du maillot rose.

Etape 1 : Mons-Charleroi, 197 kilomètres

La première étape part de Mons, passe par Soignies, sillonne le Brabant Wallon (Braine-le-Comte, Tubize, Nivelles...) avant de descendre sur La Louvière, Binche et Philippeville avant de remonter vers Charleroi et, plus précisément, Marcinelle, où la ligne d'arrivée a été tracée.

Sur la Grand-Place de Mons, Paolo Savoldelli peut souffler, sous la pluie, ses 33 bougies. Le porteur du maillot rose est en effet né le 7 mai 1973 !

Au terme d'une "vraie" étape de plaine assez paisible, le sprint massif est inévitable. L'équipe Milram, pour Alessandro Petacchi, emmène le peloton à toute allure dans les rues de Marcinelle. Robbie McEwen (Davitamon-Lotto) est bien calé dans la roue d'AleJet...

La victoire d'Alessandro Petacchi devrait être une formalité, mais l'Italien produit son effort beaucoup trop tard et se fait déborder par la meute des sprinteurs. Son rival australien est le plus véloce et s'impose avec plus d'un vélo d'avance sur Olaf Pollack (T-Mobile), deuxième, et Paolo Bettini (Quickstep-Innergetic), troisième.

Alessandro Petacchi n'est que quatrième alors que le jeune Philippe Gilbert (Française des Jeux), 23 ans, se mêle à l'emballage final et termine treizième.

Pendant que Robbie McEwen offre à l'équipe belge Davitamon-Lotto une victoire de prestige sur ses terres, Paolo Savoldelli conserve sans la moindre difficulté son maillot rose.

Etape 2 : Perwez-Namur, 202 kilomètres

Les rouleurs et les sprinteurs ont déjà été à la fête en ce début de Giro, au tour des puncheurs de se régaler sur les hauteurs de la Citadelle de Namur !

Après un départ donné à Perwez, le peloton passe par Gembloux, Fosses-la-Ville, Mettet, Yvoir, Ohey, Andenne et Huy avant de filer vers Namur via la Hesbaye (Wanze, Moha, Burdinne...) et la Route de Hannut.

La météo est toujours aussi maussade, et Alessandro Petacchi est victime d'une chute dans la descente de la Chaussée des Forges, entre Marchin et Huy, à hauteur des tôleries Delloye-Matthieu. Le sprinteur italien est contraint à l'abandon et devra se faire opérer du genou gauche, ce qui l'empêchera de participer au Tour de France.

Il pleut encore lorsque le peloton se présente en bas de la Citadelle de Namur. José Luis Rubiera (Discovery Channel) tente sa chance, mais sous la flamme rouge, il est rejoint par Stefan Schumacher (Gerolsteiner), alors que Paolo Bettini suit à quelques mètres, accompagné par des coureurs du calibre de Davide Rebellin (Gerolsteiner), qui protège son coéquipier, Paolo Savoldelli ou encore Philippe Gilbert.

Tous sont à bloc, et personne ne réussit à boucher le trou qui les sépare du duo de tête au moment où ce dernier se présente sur l'Esplanade de la Citadelle. Stefan Schumacher, dressé sur ses pédales, en remet une couche dans les 400 derniers mètres et ne laisse aucune chance à José Luis Rubiera, qu'il devance de deux secondes sur la ligne d'arrivée.

Six secondes après la victoire de l'Allemand, un groupe de sept sprinte pour la troisième place, dont s'empare Davide Rebellin devant Paolo Bettini et Philippe Gilbert, cinquième.

Stefan Schumacher fait coup double et prend possession du maillot rose avec treize secondes d'avance sur Paolo Savoldelli, qui a parfaitement limité la casse sur les hauteurs de Namur (neuvième à six secondes).

Il s'agit là d'un des plus beaux succès de la carrière de Stefan Schumacher, soupçonné de dopage dès la fin de la saison 2007 avant d'être contrôlé positif à l'EPO CERA en 2008 (pendant le Tour et les JO de Pékin). Après une suspension de deux ans, il reviendra dans le peloton fin 2010 et multipliera les contrats dans des équipes de seconde zone, sans plus jamais atteindre les sommets.

Etape 3 : Wanze-Hotton, 193 kilomètres

Entre Wanze et Hotton, le soleil est de nouveau de la partie sur les routes du Giro. Dans la petite ville qui accueille le départ de la troisième étape, la foule se presse autour du camping-car de l'équipe Discovery Channel. Pour encourager Paolo Savoldelli ? Non, pour apercevoir le "retraité" Lance Armstrong, alors septuple vainqueur du Tour de France, en visite en Belgique !

Pour son dernier jour en Belgique, la caravane du Giro sillonne le sud de la Province de Liège (Hamoir, Ferrières, Trois-Ponts...), visite Wanne, la Haute-Levée et le circuit de Spa-Francorchamps et de redescendre sur Hotton via Vielsalm et Barvaux.

Une étape promise aux baroudeurs ? Non, car pour la deuxième fois, ce sont les sprinteurs qui vont avoir le dernier mot.

Après de nombreux kilomètres dans les campagnes, c'est un peloton groupé qui arrive à toute allure dans la charmante petite commune de Hotton.

Débarrassé de son principal rival, Alessandro Petacchi, Robbie McEwen ne laisse pas passer l'occasion de remporter une deuxième victoire d'étape avant de mettre le cap sur l'Italie. Au terme d'un sprint plus serré qu'à Marcinelle, l'Australien de la Davitamon-Lotto devance les Italiens Paolo Bettini et Alberto Loddo. Philippe Gilbert se classe septième.

Et la suite de ce Giro 2006 ? Après une journée de "repos" consacrée au transfert vers l'Italie, les couleurs belges vont une dernière fois flotter haut grâce à Rik Verbrugghe (Cofidis), vainqueur en solitaire de la sixième étape à Saltara devant Paolo Savoldelli.

Le lendemain, Ivan Basso (CSC) va s'emparer du maillot rose, qu'il ramènera à Milan pour remporter le premier des deux Giro d'Italia qui figurent à son palmarès, malgré une suspension pour dopage dans le cadre de l'affaire Puerto entre 2007 et 2008.

Depuis 2006, le Giro n'a plus visité la Belgique, au contraire du Tour de France et même de la Vuelta. Alors, quel sera le prochain Grand Tour à revenir sur nos routes ?