Patrick Lefevere : "Je ne serai pas celui qui va crier : 'On va gagner le Giro avec Remco Evenepoel'. Loin de là !"

À quelques heures du départ de la 104ème édition du Giro, nous avons interrogé Patrick Lefevere, manager de l’équipe Deceuninck-Quick Step. Que peut-on attendre de Remco Evenepoel sur ce Tour d’Italie ? Peut-il le gagner ? Un maillot rose au terme de la 1ère étape est-il envisageable ? Patrick Lefevere nous livre ses réponses.

2 kg en moins et une préparation "de dingue"

"Pour nous, c’est aussi un petit peu l’inconnue", répond Patrick Lefevere quand on lui demande ce que l’on peut attendre de Remco. "On sait qu’il s’est préparé comme un dingue. Il s’est entraîné, il s’est soigné et il a deux kilos en moins que lors du Tour de Lombardie en août dernier. On n’a rien laissé au hasard, maintenant c’est la route qui va décider".

"C’est difficile de recommencer directement par un grand tour, mais c’est un choix qu’on a fait. Et lui, il était à 100% convaincu que c’était la bonne chose à faire. Il voulait absolument débuter avec le Giro. C’est peut-être un risque, oui. Dans l’équipe, nous avons João Almeida comme leader et Evenepoel comme outsider. […] Mais si on voit que Remco est nettement meilleur que ce que l’on pensait et qu’il est exceptionnel, c’est clair qu’à ce moment-là, Almeida aidera Remco. Mais on doit toujours avoir deux cartes en mains et nous ne partons pas en tant que favoris".


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On est sûr de rien

Malgré le contexte, premier grand tour et aucune compétition dans les jambes, nous posons à Patrick Lefevere 'la' question qui est sur toutes les lèvres : Evenepoel peut-il gagner le Giro cette année ? "Pour cette année, on est sûr de rien. Une certitude, on voit que l’équipe est prête. Tous les gars qui vont aller sur ce Tour d’Italie marchent bien. Pour Remco, vu qu’il n’a fait aucune compétition, on ne sait pas. On a opté pour les stages en altitude avec des entraînements spécifiques. Finalement, vu la météo au Tour de Romandie, c’était peut-être mieux de ne pas y aller. Pendant ce temps-là, Remco a fait ses derniers entraînements dans les Ardennes".

Le maillot rose après le chrono de samedi ? "Oui, c’est envisageable"

Pour un Evenepoel au top de sa forme, ce départ sous forme de chrono dans les rues de Torino était idéal. On connaît toutes les qualités du jeune garçon dans l’effort en solitaire. Ce maillot rose qui lui tendait presque les manches et la tirette est-il toujours envisageable ? "Oui. Oui, parce qu’avant sa chute, hormis aux Mondiaux 2019, il n’avait pas perdu un seul chrono. Après, ici c’est un chrono tout plat et avec ses qualités de poursuiveur, Filippo Ganna (ITA, Ineos Grenadiers) sera le grand favori. C’est une distance très courte mais oui, on peut rêver au maillot rose. Ça doit être possible".

Il ne faut pas exagérer

Comme chaque année, ce Giro sera semé de pièges et d’embûches. Quels sont les endroits où Remco Evenepoel risque d’être le plus en difficultés ? "Je pense que la première semaine sera déjà très importante. Tout le monde sera nerveux et va lutter pour sa place à l’avant. Comme Remco n’a plus roulé en compétition depuis longtemps (ndlr : 9 mois), il n’a plus le feeling avec le peloton. Il sera donc très important pour nous de mettre un coureur comme Iljo Keisse, ou un autre, à ses côtés. Histoire de le guider un petit peu dans le peloton. Ensuite, naturellement, l’étape des Strade Bianche sera piégeuse. Mais vous savez, en principe, toutes les étapes seront dangereuses. Après, il faut rester calme et ne pas exagérer. Il n’a jamais fait un grand tour, c’est sa première fois. Les expressions autour de Remco sont quand même parfois exagérées. Je ne serai pas celui qui va crier : On va gagner le Giro. Loin de là".

Il nous dit qu’il n’a plus peur

Neuf mois après cette terrible bascule dans le ravin au Tour de Lombardie, Remco Evenepoel a également travaillé sur le plan mental pour assurer son retour. "On a mis des personnes de confiance autour de lui. Nous avons notamment un psychologue dans l’équipe qui a un très bon rapport avec Remco. Lui, il nous dit qu’il n’a plus peur. On verra, c’est vrai que tu peux perdre le Giro dans une descente mais tu peux aussi le perdre dans une montée. Quand je reviens sur cet accident, cette chute, et que j’essaie de l’analyser, je me dis que Jan Bakelants et Laurens De Plus ont aussi loupé un virage dans cette même descente dans le passé. Ils n’étaient pourtant pas de mauvais descendeurs. Moi, personnellement, je pense qu’il a dû avoir une petite fringale. Il faisait très chaud ce jour-là et quand vous avez une fringale, vous ne réagissez pas aussi vite qu’à la normale. Il avait déjà loupé un premier virage juste avant. Et tous les cyclistes savent que quand tu loupes un virage, après, tu es moins franc. S’il y avait eu une protection sur le muret où il bascule, peut-être que ça ne se serait jamais passé", conclut Patrick Lefevere.

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