Giro : Que peut-on attendre de Remco Evenepoel ? Nos consultants tentent de répondre

Alors que son équipe Deceuninck-Quick Step martèle qu’elle se déplace en Italie avec João Almeida comme leader et Remco Evenepoel en électron libre, il paraît quasiment impossible de ne pas se poser cette question : Que peut faire Remco Evenepoel sur ce parcours qui célébrera les 90 ans du maillot rose ? Deux de nos consultants cyclisme tentent de répondre à cette question : Cyril Saugrain, dit 'Cirillo' et Gérard Bulens, dit 'Gerardo'. Cirillo et Gerardo qui parlent du Giro de Remco, tout ça rime, c’est banco !

Grand départ dans le Piémont : "Rester au chaud" et "se roder"

Cette 104ème édition du Tour d’Italie va s’élancer de Turin et fera la part belle au Piémont dans les trois premiers jours. Un chrono court (8,6 km) dans les rues de Turin pour commencer, une 2ème étape plutôt favorable aux sprinteurs et une 3ème pour finisseurs avec quelques bosses dans le final.

"La 1ère étape est assez proche d’un prologue, un chrono qui sera rapide et qui va permettre à chacun de rentrer dans ce Tour d’Italie", explique Cyril Saugrain. "Au vu de la distance, ce n’est pas une étape décisive. Mais pour Remco Evenepoel, je pense qu’elle sera importante et lui permettra de se positionner dans la hiérarchie. Il pourra aussi évaluer son état de forme sur un exercice qu’il maîtrise. Moi, je pense qu’il peut déjà y faire un top 5 car sur cet exercice si court, le manque de compétition ne sera pas un handicap. Le deuxième jour, avec cette étape pour sprinteurs, il pourra rester au chaud et reprendre ses marques au sein du peloton. La 3ème étape est vallonnée dans le final mais rien de bien dangereux pour les hommes du classement général. Dans ce début de course, son objectif sera de prendre du rythme, assurer la remise en route tout en restant encore au chaud dans le peloton", analyse Cirillo.

"Remco prend le départ de son premier grand tour dans une situation particulière", commente de son côté Gérard Bulens. "Il arrive sans aucune compétition et sans savoir quelles sont ses réactions au cours de la troisième semaine, puisqu’il n’a jamais disputé de grand tour. Si je me place au volant de la voiture de directeur sportif de l’équipe Deceuninck-Quick Step dans ce contexte, je me dis que Remco a tout intérêt à reprendre la compétition, et donc démarrer ce Giro, en mode rodage. Bien sûr qu’il pourrait gagner le chrono d’ouverture s’il était dans des conditions normales. Mais je pense qu’aujourd’hui, ce serait une mauvaise chose d’accepter d’endosser une telle pression dès le départ. Jusqu’à la 8ème étape, je me contenterais de suivre véritablement en rodage", insiste Gerardo.

Transitions avant les premières vraies pentes

Pour arriver jusqu’à cette 8ème étape, le peloton oscillera entre parcours pour sprinteurs et pour puncheurs dans la moyenne montagne. "Dès la 4ème étape (première arrivée au sommet), on aura un test grandeur nature car le final est musclé. Le placement y sera important. Remco Evenepoel doit rester au contact pour se tester et se confronter aux hommes du général. Mais ce n’est que plus tard que l’on pourra tirer de réels enseignements. Sur la 5ème étape, il faudra être attentif au vent car on approche du bord de mer. Ensuite, les baroudeurs et les puncheurs se feront plaisir sur les 6ème et 7ème étapes. Pour Remco, il s’agira d’être présent, sans trop en faire. Je ne le vois pas marquer le coup, mais il pourra voir où il se situe", estime Cirillo Saugrain.

Le Giro devient plus exigeant, la 9ème étape comme moment clé

"La 9ème étape qui arrive à Campo Felice pourrait constituer le premier test d’Evenepoel", anticipe Gerardo Bullens. "Premier test afin de voir comment son organisme réagit dans une finale de course plus exigeante. Si les sensations sont bonnes, le Tour d’Italie de Remco commencera réellement dans la 14ème étape qui arrive au Monte Zoncolan. Il y aura plus de 200 km et une ascension finale avec, dans les trois derniers kilomètres, des passages à 22, 24 et 27% ! Ensuite ce sera, selon moi, l’étape reine (la 16ème) entre Salice et Cortina d’Ampezzo. Une route en montée du km 69 au km 128 vers le Passo Fedana et ensuite le Passo Pordoi et le Passo Giau".

"Je pense aussi que la 9ème étape sera le premier grand rendez-vous pour le général", explique Cirillo. "Avec un final escarpé en mode 'gravel' puisque les 1.600 derniers mètres seront non asphaltés. Pour Evenepoel, ce sera le test grandeur nature dans son match avec les hommes du général. Là, à mon avis, on aura une idée plus précise de ses intentions finales. Est-ce qu’il visera un général ? Est-ce qu’il tentera un ou plusieurs coups d’éclats ? Ou est-ce qu’il va simplement essayer de finir ? Ce qui pour le commun des mortels serait le seul objectif, mais on parle ici de Remco !"

"Pour le reste, dans cette deuxième semaine il s’agira d’abord d’avoir bien récupéré à l’occasion de la journée de repos car le Giro sera terrible dans sa deuxième partie. À commencer par cette 11ème étape, une sorte de mini Strade Bianche, qui peut surprendre. Surtout un lendemain de jour de repos. Remco Evenepoel sera déjà au-delà des 10 jours de course, et pour moi, à partir de ce moment-là, chaque jour aura sa part d’incertitude. Jour sans ou pas ? Car il n’a pas de référence sur une telle longueur et puis également car il est en manque de compétition".

"Dans la 13ème étape, attention il pourrait y avoir un danger lié au vent. Et si Deceuninck-Quick Step tentait quelque chose ? On ne saura que le matin même si quelque chose est possible ou pas, mais je n’exclurais pas une tentative. Dans la 14ème étape, celle du Zoncolan, je pense que Remco peut montrer les dents. Dans toutes les étapes de la deuxième semaine, il devra malgré tout rester dans le contrôle. Car il ne doit pas oublier que la dernière étape, le chrono de 30 km, sera à son avantage", précise Cirillo Saugrain.

Finalement, je pense qu’il peut le gagner

"Les trois dernières étapes seront évidemment décisives", poursuit Gerardo Bulens. "La 20ème, avec ses trois cols et son arrivée à Valle Spluga, pourrait être la dernière occasion de rebattre les cartes. Je pense que dans ces trois dernières étapes, un Remco qui a la condition doit pouvoir débattre avec les meilleurs pour des victoires d’étapes", conclut Gerardo.

Notre Cirillo Saugrain va, lui, un peu plus loin… "Si Remco peut répondre présent dans la 17ème étape ce sera un tournant pour lui. Ça voudra dire qu’il a bien digéré la deuxième journée de repos et qu’il a encore un minimum de fraîcheur dans les jambes. Alors, il pourrait ambitionner la victoire au général. Dans la 20ème étape, si Evenepoel joue le général, il ne sera pas forcément dans l’obligation de faire des écarts. Il pourrait se contenter de suivre les coups et de gérer car le lendemain, le dernier chrono, sur son terrain de jeu, lui sera favorable. Parmi les hommes qui vont jouer le général, il est le meilleur rouleur contre la montre. Par contre, si Remco n’a plus d’ambition au général, je le vois bien intégrer l’échappée pour jouer la victoire d’étape sur ce profil".

"Finalement, je pense qu’il peut gagner le Giro !", ose Cirillo. "D’ailleurs, je me dis que s’il n’était pas prêt, on l’aurait mis sur une autre course. Même si on est encore dans deux incertitudes, celle liée à sa capacité à tenir et récupérer sur trois semaines et celle liée à ces nombreux mois sans compétition. Souvenons-nous de ce que Tadej Pogacar a fait lors de son premier grand tour sur la Vuelta 2019. Il avait remporté trois étapes et s’était classé 3ème du général en terminant comme une balle dans la dernière semaine", conclut Cirillo Saugrain.

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