1969, année héro...(t)ique: Merckx exclu du Giro après la bombe de Savone

Le Tour de France est l’objectif prioritaire d’Eddy Merckx qui doit cependant s’aligner au Giro, conformément aux consignes de ses patrons italiens de chez Faema. Dans ce contexte, Eddy prévient d’emblée : il adoptera une position défensive, surtout en première moitié d’épreuve, en raison de l’imposant menu montagneux programmé en fin de ce Tour d’Italie.

Malgré ses sages résolutions, Merckx ne reste pas longtemps inactif sur ce Giro. Dès le troisième jour, il s’adjuge l’étape de l’Abetone en réglant au sprint un petit groupe de favoris sur l’hippodrome de Montecatini Terme. Le lendemain, le Bruxellois remporte encore le premier contre-la-montre, malgré une crevaison. Et quatre jours plus tard, il frappe encore un grand coup en émergeant du sprint massif à Terracina où même son rapide coéquipier Guido Reybrouck est incapable de le remonter. Un succès cependant largement occulté par l’écroulement de la tribune, un drame qui coûte la vie à un enfant de treize ans. Dans la caravanes des suiveurs, on se demande quelle mouche a piqué Merckx pour qu’il veuille ainsi faire main basse sur une vulgaire étape de plaine. Le lendemain, il appelle ses frère et sœurs jumeaux Michel et Micheline pour leur souhaiter un bon anniversaire. Ils insistent tous les deux pour qu’Eddy s’économise davantage en prévision du Tour de France. Dans le chrono en côte de San Marino, le Belge devance Felice Gimondi de 1’07”. Nous somme le 30 mai et, au soir de cette quatrième victoire d’étape (son vingtième succès de la saison* !), Merckx compte 1’41” d’avance sur son plus proche et plus sérieux adversaire, Gimondi et la presse conclut à l’unanimité : “Sauf incident grave, chute ou défaillance imprévisible provoquée par une maladie dans les Dolomites, Eddy ne peut plus perdre ce Giro.

C’est alors qu’éclate “La bombe de Savone”.

Le dimanche 1er juin, au terme de l’étape qui conduit les coureurs de Parme à Savone, Merckx est comme d’habitude le premier à se présenter au contrôle anti-dopage du laboratoire mobile mis en place pour la première fois cette année-là. Pour le maillot rose, ce test ne doit être qu’une simple formalité puisque les huit précédents contrôles se sont tous avérés négatifs. Le Bruxellois a cependant négligé un précieux conseil de son manager. Giacotto avait en effet insisté auprès d’Eddy pour qu’il exige que les éprouvettes soient débouchonnées devant lui. Mais Merckx utilise sans se méfier le tube à essai déjà ouvert que lui tend le médecin.

Le matin du lundi 2 juin, Giacotto frappe à la chambre de la porte 11 où Merckx et son équipier Martin Van den Bossche, en cuissards et en chemisettes, sont allongés sur leurs lits dans l’attente du départ. Son manager révèle à Merckx qu’il a été contrôlé positif la veille. Une forte concentration de fencamfamine, un produit stimulant commercialisé en Italie sous le nom de Reactivan, a été détecté dans ses urines. Pour la première fois dans l’histoire du Giro, le maillot rose est exclu de la course. Effondré, incapable de retenir ses larmes, Eddy sursaute : “Non, c’est du sabotage !” Et il ajoute : “C’est terminé. Je ne roule plus. Plus jamais je ne roulerai !” Merckx recevra plus de 10 000 lettres de supporters le suppliant de revenir sur sa décision. Son épouse, Claudine, répondra à chacune de ces missives par une carte de remerciement accompagnée d’une photo de son mari.

Adorni, Gimondi, Zilioli et Zandegu, soit les meneurs italiens du peloton, refusent de prendre le départ en l’absence du maillot rose. Ils se disent solidaires de Merckx et convaincus de son innocence, mais les sponsors des équipes exigent que les coureurs se mettent en selle. Gimondi refuse d’endosser le maillot rose. Le Tour d’Italie est décapité et la télévision flamande (BRT) cesse même ses retransmissions en direct. Les stars italiennes s’expriment sans ambiguïté. Adorni parle de “sabotage”, Gimondi affirme : “Impossible, le Giro perd la raison” et les manchettes des journaux italiens prennent fait et cause pour Merckx. “Trop gros pour être vrai !”, titre le Corriere dello Sport. “Merckx victime d’une manipulation criminelle”, écrit Stadio.

  • Plus tard, Eddy Merckx dira : " Trois jours avant Savone, on m’a proposé de vendre le Giro. J’ai refusé et trois jours après j’étais à la maison... "

*Après Liège-Bastogne-Liège, Merckx s’est encore imposé à Yvetot le 7/5, à Trimouille le 10/5 et à Vorst-Meulebeke le 11/5.

Bilan de Merckx au Tour d’Italie :

8 participations et 5 victoires (1968, 1970, 1972, 1973 et 1974)
8e en 1976 (sa dernière participation)
9e en 1967 (sa première participation)
Exclu en 1969 à la suite d’un contrôle anti-dopage positif
77 jours en Rose
Classement par points (2 fois), classement de la montagne (2 fois)
Vainqueur de 24 étapes

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