Mondiaux de cyclisme : Van Aert, Colbrelli, Alaphilippe ou les Danois, qui sont les favoris de la course en ligne ?

La voici la 'grosse pièce' des Mondiaux de cyclisme ! Entre Anvers et Louvain, la course au maillot arc-en-ciel propose un total de 268,3 kilomètres. 42 côtes sont répertoriées pour atteindre un total de 2.562 mètres de dénivelé positif.

L’organisation a voulu sortir du traditionnel schéma de course en circuit. Cette fois, il faut ajouter un 's' à circuit. Le peloton va jongler entre deux boucles : une du côté d’Overijse (avec les plus grosses difficultés) et une autre, plus abordable, autour de Louvain. De quoi donner à ce championnat du monde des allures d’Amstel Gold Race tant les coureurs vont tournicoter dans tous les sens !

L’an dernier, le tracé d’Imola proposait près de 5.000 mètres de dénivelé. Le parcours belge de 2021 est nettement moins difficile. Du coup, la liste des prétendants à la victoire s’allonge. Passons en revue les différents candidats à la victoire.

Wout VAN AERT (Belgique) ★★★★★

L’expression est utilisée et réutilisée depuis plusieurs jours : "Wout van Aert va prendre le départ de ces Mondiaux avec une énorme pancarte dans le dos".

Au sens propre, rouler une course de 268,3 km avec une pancarte dans le dos s’annonce difficile et peu confortable. Au sens figuré (qui nous intéresse dans ce cas-ci), la chose paraît tout aussi compliquée !

Dans la recette du super favori, WVA possède tous les ingrédients. Le coureur est en forme, il l’a démontré sur les routes du Tour de Grande-Bretagne. Il a prouvé tout au long de l’année qu’il était très compétitif, avec en point d’orgue le triplé du Tour de France. Trois victoires d’étapes sur trois terrains complètement différents (montagne au Ventoux, chrono à Saint-Émilion et sprint massif sur les Champs-Élysées). C’est sans aucun doute possible le coureur le plus complet et le plus polyvalent au départ ce dimanche. Wout sait tout faire et de cette manière, il multiplie ses chances de victoire. Dernier ingrédient, que seule l’équipe belge possède, Wout van Aert roulera devant son public. Une ferveur qui jouera un rôle, aucun doute là-dessus.

Malgré la force collective de l’équipe belge, van Aert a réussi à émerger comme leader naturel et unique. Seuls Remco Evenepoel et, peut-être, Jasper Stuyven auront éventuellement droit à quelques libertés.

Dernier point en faveur de 'Woutje' : la fraîcheur. À Imola et à Tokyo, van Aert sortait les deux fois d’un Tour de France plein, sans temps mort et usant. Cette fois, il a pu observer une coupure, se reposer, pour ensuite se remobiliser. Cet atout de fraîcheur peut lui permettre de transformer l’Argent en Or. Il le mérite tant ! Et ça, aucun observateur du cyclisme (belge ou étranger) ne vous dira le contraire.

 


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Sonny COLBRELLI (Italie) ★★★★★

Voici l’autre super favori de la course en ligne. Comme Wout van Aert, Sonny Colbrelli est entouré par une squadra impressionnante : Matteo Trentin, Giacomo Nizzolo, Davide Ballerini, Gianni Moscon, etc. Les Italiens seront très dangereux car ils possèdent énormément de coureurs rapides au sprint.

Au Tour du Benelux et à l’Euro, Colbrelli s’est montré très costaud. Le coureur Bahrain-Victorious est aussi de plus en plus à l’aise lorsque la route s’élève. Du coup, comment faire décrocher cette 'sangsue' de votre roue ? Pour lâcher Sonny, il faudra probablement activer le levier tactique, travailler en équipe et le piéger.

Si vous prenez les sept derniers jours de courses de Sonny Colbrelli, il s’est (quasiment) toujours classé à la première ou à la deuxième place ! Une seule exception, au Tour de Toscane, où il a abandonné.

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Les derniers résultats de Sonny Colbrelli (source : Pro Cycling Stats). © Pro Cycling Stats

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Julian ALAPHILIPPE (France) ★★★★

Julian Alaphilippe est encore champion du monde pour quelques heures mais il n’a qu’une seule envie : prolonger son règne en arc-en-ciel.

Le leader français aura du beau monde pour l’encadrer (Florian Sénéchal, Benoît Cosnefroy, Christophe Laporte, Anthony Turgis ou encore Arnaud Démare) sur un parcours qui lui convient moins.

LouLou semble moins pétillant cette année mais il est toujours capable de fulgurances comme lors de son indiscutable victoire sur la 1ère étape du Tour de France. L’équipe de France et lui seront acteurs de la course, ça ne fait aucun doute.

Kasper ASGREEN (Danemark) ★★★★

Les Danois posent leurs roues sur la course des Mondiaux avec "la meilleure équipe danoise de tous les temps". C’est le sélectionneur Anders Lund qui le dit et on ne peut pas lui donner tort.

Michael Valgren a soudainement retrouvé son niveau et vient de remporter deux courses en Italie (le Tour de Toscane et la Coppa Sabatini). Magnus Cort Nielsen a brillé sur le Tour d’Espagne en enlevant trois étapes. Et puis, il y a Kasper Asgreen. Selon nous le Danois le plus dangereux.

Le grand rouleur d’1m92 aime la longueur et les courses usantes où il peut faire parler toute sa force dans le final. Souvenons-nous de son printemps et de ses victoires au GP de l’E3 et sur le Tour des Flandres où il s’est offert Mathieu van der Poel dans un sprint à deux !

Quand il gagne, Kasper Asgreen le fait en force et grâce à un jeu d’équipe. La fameuse technique du 'Wolfpack' des Deceuninck-Quick Step. Un schéma tactique qu’il peut très bien reproduire avec ses compatriotes danois. Mais à condition que tout le monde joue le jeu… Cinq coureurs danois auront un rôle de 'coureur protégé' au départ, n’est-ce pas un peu trop ?

Remco EVENEPOEL (Belgique) ★★★

Même s’il n’est pas fan des classiques flandriennes, des pavés et de ces côtes courtes et raides, Remco Evenepoel a prouvé qu’il pouvait signer de très bons résultats, et des victoires, sur ce terrain.

Dans un championnat du monde souvent fait de coups et de tentatives, R.EV est un atout pour la sélection belge. Même si l’épisode de Tokyo l’a peut-être un peu refroidi, son tempérament offensif ne changera pas. Et tout le monde imagine déjà un plan belge avec une éventuelle tentative de Remco, assez loin de l’arrivée, et un Wout van Aert, plus attentiste, qui jouerait sa propre carte dans le final.

Le principal frein d’Evenepoel dimanche sera son manque de punch et de giclette. Les différentes côtes du parcours ne sont pas faites pour emmener au train. Et son manque de vitesse dans le sprint le condamne presque à arriver seul. Pour l’instant, c’est de cette manière qu’il gagne. Si Remco veut enfiler l’arc-en-ciel, il devra probablement, en force, sortir tous ses adversaires de sa roue.

Matej MOHORIC (Slovénie) ★★★

Si la Slovénie aligne une sélection ronflante avec ses deux coureurs de grands tours, Tadej Pogacar et Primoz Roglic, le principal danger se nomme pourtant Matej Mohoric.

À l’aise sur tous les terrains, excellent rouleur quand il parvient à s’extirper, Matej s’est offert un bel été. Deux victoires impressionnantes sur le Tour de France, une deuxième place à la Clasica San Sebastian, une autre deuxième place au général du Tour de Pologne et une victoire d’étape au Tour du Benelux.

Champion du monde chez les juniors en 2012, Matej Mohoric est un excellent finisseur. Méfiance.

Michael VALGREN et Magnus CORT NIELSEN (Danemark) ★★★

Après Kasper Asgreen, voilà un duo danois que nous avons choisi de ne pas départager. Michael Valgren et Magnus Cort Nielsen évoluent dans la même équipe (EF Education-Nippo) et ont retrouvé 'le gagnant' ces derniers jours.

Après une excellente saison 2018 (victoires au Nieuwblad et à l’Amstel Gold Race), Michael Valgren était retombé dans un anonymat presque inquiétant. Après plus de trois années sans victoire, Valgren est de retour au plus haut plan puisqu’il vient de s’offrir un doublé italien au Tour de Toscane et à la Coppa Sabatini.

Magnus Cort Nielsen est lui plus régulier et il réalise en 2021 sa plus belle moisson avec, jusqu’ici, cinq succès (trois étapes au Tour d’Espagne, une étape de la Route d’Occitanie et une étape de Paris-Nice).

Malheureusement, Magnus est comme frappé par une malédiction. Sur ses 21 succès chez les pros, il n’a remporté qu’une seule course d’un jour ! C’était la Clasica de Almeria, en 2017. Les 20 autres victoires ont été décrochées sur des courses à étapes. Pour enfiler le plus beau maillot du peloton, Magnus Cort Nielsen doit parvenir à exorciser ce mauvais œil des courses d’un jour.

Mathieu VAN DER POEL (Pays-Bas) ★★

Longtemps indécis après sa chute dans la course VTT des Jeux Olympiques, Mathieu van der Poel a finalement choisi de prendre le départ des championnats du monde.

Le prodige néerlandais s’est rassuré en disputant trois courses d’un jour, chez nous en Belgique, et en retrouvant (déjà) le chemin vers la victoire. Mathieu a levé les bras sur l’Antwerp Port Epic mais la concurrence n’y était pas très relevée.

Dimanche, face aux 268,3 km, MVDP risque de manquer de fond. D’autant que certaines longues courses du passé ont montré qu’il pouvait flancher à un moment inattendu. Aux Mondiaux 2019 d’Harrogate où il semblait filer vers la victoire avant de connaître une terrible fringale ou encore sur le dernier Tour des Flandres où il manquait de force et de jus pour battre Kasper Asgreen au sprint.

Mathieu van der Poel prendra le départ sans pression. Il n’a rien à perdre et c’est peut-être ça qui le rend le plus dangereux.

Peter SAGAN (Slovaquie) ★★

En voilà un qui se cache mais qui, dans son coin, prépare méticuleusement les Mondiaux. Peter Sagan connaît mieux que personne la recette pour remporter cette course, il est le seul à avoir pu réaliser le triplé consécutif (2015, 2016 et 2017).

Dans une course où son équipe slovaque ne pourra pas prendre les choses en mains, Peto sera un observateur à l’affût. Un peu comme à Bergen en 2017, quand il s’est caché toute la journée avant de sortir de sa boîte dans les derniers mètres et de s’imposer.

Et tous ces autres… ★

Sur un parcours qui élargit les champs du possible, d’autres coureurs prendront le départ avec le rêve du maillot arc-en-ciel dans un coin du casque.

La sélection britannique misera sur la jeunesse avec Thomas Pidcock et Ethan Hayter (très impressionnant au Tour de Grande-Bretagne). Et si la course venait à se terminer au sprint, Mark Cavendish pourrait très bien, 10 ans après son succès à Copenhague, remettre le couvert. Attention aussi à d’autres coureurs rapides comme Matteo Trentin, Michael Matthews ou Giacomo Nizzolo.

Côté belge, Jasper Stuyven pourrait, comme à Milan-Sanremo, jouer le trouble-fête. D’autant que le Louvaniste évoluera à domicile et aura le soutien massif du public.

Derrière leurs leaders, les Danois et les Français ont d’autres cartes : Mads Pedersen (vainqueur surprise en 2019 à Harrogate), Benoît Cosnefroy ou Florian Sénéchal.

Course de nations ou d’équipes ?

Enfin, une dernière donne, et elle est essentielle, n’oublions pas que dans un championnat du monde le poids et l’influence des 'équipes de marques' ne sont jamais très loin. Est-ce qu’un Yves Lampaert (BEL, Deceuninck-Quick Step) roulera derrière un Julian Alaphilippe (FRA, Deceuninck-Quick Step) ? Est-ce qu’un Mike Teunissen (P-B, Jumbo-Visma) se mettra à plat ventre pour empêcher son habituel coéquipier Wout van Aert (BEL, Jumbo-Visma) d’être champion du monde ? Les exemples de ce genre sont multiples, ils font partie de ces petits mystères ou secrets des Mondiaux impossibles à percer.

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