Mondiaux de Cyclisme : De Merckx à Gilbert en passant par Boonen et Criquielion, focus sur les 18 champions du monde belges (2/2)

Avec 26 médailles d’or, la Belgique trône tout en haut du palmarès des championnats du monde de cyclisme. C’est bien simple, depuis la création des Mondiaux en 1921 et la première édition de la course sur route six ans plus tard, 18 Belges différents ont inscrit leur nom au palmarès. Et alors qu’on fêtera les 100 ans des championnats du monde ce week-end sur les routes flamandes, revenons sur tous les triomphes belges aux Mondiaux.

Après une 1e salve où nous avons évoqué les triomphes d’Eddy Merckx, Rik Van Looy ou Freddy Maertens, entre autres, consacrons-nous désormais aux victoires les plus récentes, de Philippe Gilbert à Claudy Criquielion en passant par Johan Museeuw et Tom Boonen.



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1984 : La consécration pour "Claudy" Criquielion

Si le nom de Claudy Criquielion est (trop) souvent associé à l’injustice de Renaix en 1988 où Steve Bauer l’avait poussé dans les barrières et lui avait "volé" un titre de champion du monde qui lui tendait les bras, il ne faut pas oublier que le natif de Lessines a remporté les Mondiaux de 1984.

Sur le tracé difficile, technique et sinueux de Barcelone et sous une chaleur de plomb, le Belge a placé son attaque décisive dans l’avant-dernière difficulté de la journée pour s’éclipser en tête de course. Pris en chasse par Claudio Corti, Criquielion a vu son avance fondre comme neige au soleil, mais est malgré tout parvenu à tenir tête à l’Italien pour s’imposer et accrocher une course dantesque à son palmarès personnel.

Élu sportif belge de l’année, il enchaîne ensuite en remportant la Flèche Wallonne vêtu de la tunique arc-en-ciel en 1985 puis en triomphant sur le Tour des Flandres en 1987. Il tire finalement sa révérence en 1991 en maudissant ce fameux 28 août 1988, date à laquelle un 2e titre mondial lui a filé entre les doigts. Un 2e titre qui lui aurait permis de grimper encore de quelques échelons supplémentaires dans le panthéon des cyclistes belges.


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1990 : Rudy Dhaenens et Dirk De Wolf, ou l’inattendu doublé belge

Sevrée de titre mondial depuis 1984, la Belgique se présente sur la ligne de départ du circuit d’Utsunomiya au Japon avec la ferme intention de retrouver le podium. Claudy Criquielion toujours là et promu chef de rang de la délégation belge, nos compatriotes vont faire mieux que ça et dérouler à merveille un jeu d’équipe sciemment planifié bien à l’avance.

Quand l’homme de l’ombre Rudy Dhaenens contre-attaque à 30 kilomètres de l’arrivée pour rejoindre les hommes de tête, c’est le leader, Criquielion, qui depuis l’arrière fait barrage pour empêcher le groupe des favoris de revenir sur la tête de course. Accompagné de Dirk De Wolf dans un groupe de 4, Dhaenens profite de la supériorité numérique pour s’isoler en tête avec son coéquipier. Ensemble, les deux Belges résistent au retour des deux autres échappés pour s’offrir un doublé noir-jaune-rouge aussi inattendu que prestigieux. Après les doublés de Van Steenbergen et Van Looy en 1956 et de Beheyt et Van Looy en 1963, c’est la 3e fois que deux Belges finissent aux deux premières places. Et une fois n’est pas coutume, c’est Rudy Dhaenens, habitué aux places d’honneur, qui s’est frayé une petite place au soleil.

"C’était ma 1e année en tant que commentateur, vous débarquez dans le milieu en faisant 1er et 2e. Imaginez qu’on fasse 1e van Aert et 2e Remco, ce serait fou. Et encore, ici ils font partie des favoris alors qu’à l’époque… on ne parlait pas du tout d’eux. Dhaenens c’était un bon coureur mais de là à le voir gagner…", analyse notre collègue RTBF Rodrigo Beenkens.

1996 : Une course trop difficile pour Johan Museeuw ? Pas si sûr…

Six ans après l’improbable doublé signé Dhaenens et De Wolf, la Belgique se retrouve sur le devant de l’affiche grâce à Johan Museeuw. Et pourtant, tout avait mal commencé pour le Lion des Flandres qui, quelques jours plus tôt, avait annoncé vouloir "arrêter le vélo" après une grosse désillusion sur Paris-Tours.

Ses paroles à chaud digérées et fin prêt pour la course, Museeuw ne s’érigeait pourtant pas comme LE favori de ces Mondiaux 1996. "C’est de nouveau un championnat du monde que Museuuw ne doit jamais gagner. C’est un peu comme ce que fait van Avermaet en 2016 aux Jeux Olympiques, sauf que GVA profite de la malchance des autres pour s’imposer. Ici, Museeuw on lui disait que c’était beaucoup trop dur pour lui, finalement il part de très loin, comme on peut le faire sur Paris-Roubaix", explique Rodrigo Beenkens.

Isolé en tête de course avec un Mauro Gianetti en pleine bourre à l’époque, Museeuw tient tête et résiste au Suisse dans la dernière ascension de la Crespera, avant de régler son adversaire au sprint. Une victoire de Museeuw qui récompense le travail de coéquipier de titan d’Axel Merckx derrière lui, qui s’est démené pour empêcher le reste de la meute de revenir sur le duo de tête.

"Axel finira 4e, donc au pied du podium mais cette 4e place aura une saveur de médaille pour l’ensemble de l’équipe belge. A l’époque, on tournait un magazine qui s’appelait Sprint et on était parti avec des moyens cinq jours avant. Donc on a fait un vrai film et on a suivi le trio autour du coach Eddy Merckx, Johan Museeuw et Axel Merckx. On était dans le même hôtel que les coureurs donc on a suivi ça de très près. C’était une course terrible", confie Rodrigo Beenkens avec le recul.

2005 : "Tornado Tom" Boonen balaie tout sur son passage

Il ne faisait pas forcément partie des favoris, devant plutôt se contenter d’une frustrante place dans l’ombre de l’irrésistible Alessandro Petacchi de l’époque. Et pourtant, Tom Boonen a su déjouer les pronostics et profiter d’un effort collectif admirable de l’équipe belge pour remporter les Mondiaux 2005.

Un sacre qui, on l’a dit, vient récompenser le travail de sape de tous ses coéquipiers. "C’était une course parfaite de l’équipe belge" analyse Rodrigo Beenkens. "Peter Van Petegem a joué un rôle crucial à quelques kilomètres de l’arrivée. C’était aussi ça la force cette année-là, d’avoir su en faire une vraie équipe belge, unie, malgré quelques gros caractères, Van Petegem avait quand même fait des podiums aux Mondiaux (2e en 1998)."

Quand Alexandre Vinokourov et Paolo Bettini attaquent donc à quelques kilomètres de l’arrivée, Boonen ne panique pas. Il sait que, flanqué de ses coéquipiers, il peut revenir. Et c’est ce qu’il fait. S’ensuit un emballage final à 30 ou 40 coureurs que Boonen règle très facilement. A 25 ans, il est déjà au sommet de son art, champion du monde. "À ce moment-là, je me disais qu’il allait probablement en gagner d’autres des Mondiaux", confie Rodrigo Beenkens. Une prophétie qui, malheureusement, n'aura pas lieu.

2012 : Philippe Gilbert, un sacre "presque" à domicile à Valkenburg

Après une saison 2011 tout bonnement exceptionnelle (le quadruplé sur les Ardennaises, les titres de champion de Belgique et un prestigieux maillot jaune sur le Tour de France), Philippe Gilbert poursuit son irrésistible ascension vers les sommets en se parant du maillot arc-en-ciel un an plus tard.

Un sacre dégoulinant de talent et de panache, qui survient sept ans après le triomphe madrilène de Tom Boonen. Grandissime favori sur les pentes de Valkenburg, Gilbert n’a pas vacillé et a profité (lui aussi) d’un formidable travail de sape de toute l’équipe belge.

Dans la 10e (!) et dernière ascension du Cauberg, c’est l’héroïque Bjorn Leukemans qui s’est sacrifié pour servir de rampe de lancement et préparer l’attaque de son leader. Seul en tête, martyrisant ses pédales au fil des kilomètres, Gilbert a profité d’un vent favorable pour résister au retour du peloton et s’imposer en patron.

"On me parle souvent de cette course-là. Evidemment qu’il y avait de l’émotion puisqu’avec ce circuit à Valkenburg, Gilbert évoluait presque à domicile. La grosse question c’était le vent. Parce que si l’arrivée avait été au sommet, comme à l’Amstel Gold Race à l’époque, Philippe était intouchable.

Mais le fait d’avoir mis la ligne un bon kilomètre après, ça rendait la tâche compliquée. Donc on n’a jamais autant regardé le vent, on le scrutait au départ, à la mi-course etc. Avec un vent défavorable, c’est compliqué de tenir tout seul. Là, le vent n’était pas défavorable et il était au-dessus du lot.

Mais mon émotion a été tronquée par une extinction de voix. J’ai fait tout ce qu’il fallait pour la retrouver. Je me suis shooté, j’ai récupéré ma voix mais je savais que je n’allais pas tenir. On a commencé à commenter à 10h et Gilbert est champion du monde à 17h. Donc pendant toute la journée, j’ai tenté de reposer ma voix, heureusement qu’il place son attaque à 2km de l’arrivée d’ailleurs…”, sourit notre collègue Rodrigo Beenkens dix ans plus tard.

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