Argent amer : Retour sur les Mondiaux 2020 de Wout van Aert à Imola

Il y a un an, Wout van Aert était déjà l’un des hommes forts des Mondiaux. Sur le circuit automobile d’Imola en Italie, le leader belge s’était classé deux fois deuxième, sur le chrono derrière Filippo Ganna et sur la course en ligne derrière Julian Alaphilippe. À quelques heures de l’ouverture, chez nous en Belgique, des Championnats du monde 2021, revenons sur l’édition précédente. Celle du doublé argent amer pour Wout.

L’édition 2020 des Mondiaux restera particulière, car placée dans un calendrier complètement inédit. Initialement prévus en Suisse (à Aigle-Martigny), les Championnats du monde sont finalement délocalisés à Imola. Si la date n’est pas modifiée (fin septembre comme à l’habitude), les courses qui encadrent le rendez-vous mondial, avant et après, sont complètement différentes. Oubliez la traditionnelle préparation via la Vuelta ou les classiques canadiennes (GP de Québec et de Montréal). Les courses aux maillots arc-en-ciel arrivent cette fois une semaine à peine après l’arrivée du Tour de France et juste avant les classiques ardennaises, le Giro et les classiques flandriennes !

Rien à faire face à la puissance et la fraîcheur de Ganna

Pour les hommes, cette semaine (raccourcie) des Mondiaux commence le vendredi avec l’épreuve du contre-la-montre. Sur un parcours plat et court de 31,7 kilomètres (200m de dénivelé), deux favoris se dégagent. Filippo Ganna, qui joue à domicile et qui prépare ce rendez-vous depuis longtemps. Wout van Aert, qui enchaine les jours de course et sort d’un doublé en terre italienne (Strade Bianche et Milan-Sanremo) et d’un Tour de France où il a crevé l’écran (deux victoires d’étapes et une 20ème place au général). Le Belge carbure mais doit tout de même encaisser, mentalement, la perte du maillot jaune de son équipier Primoz Roglic quelques jours plus tôt, sur le chrono de la Planche des Belles Filles.

"Je ne me sens pas fatigué et j’ai une envie énorme", rassure WVA à la veille du contre-la-montre. Mais sur un parcours magnifiant la puissance et les "grosses cuisses", van Aert doit s’avouer vaincu face à un homme qui écrase et plie le "game". Filippo Ganna boucle le parcours à 52,981 km/h de moyenne et colle plus de 20 secondes à Wout. La préparation spécifique et moins chargée (Tirreno plutôt que le Tour de France) de l’Italien paie. Pas vraiment de regret à avoir face à un adversaire surpuissant et intouchable.

"C’est le maximum que j’étais capable de faire. J’ai pris un départ très rapide mais avec le vent de face, j’ai dû ralentir. Filippo Ganna était plus fort et il mérite sa victoire. Quand tu es battu avec presque 30 secondes, c’est assez", déclare le Belge à notre micro. "Je suis un peu déçu. J’étais venu pour gagner, mais je suis content de mes jambes. C’est bon pour dimanche". Le vendredi soir, Wout van Aert soigne l’amertume de cette deuxième place en se tournant vers la course en ligne, où il sait qu'une seconde chance s'offre à lui.


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Pour la course en ligne du dimanche, l’organisation italienne propose un parcours très accidenté. Près de 5.000 m de dénivelé sur les 258 kilomètres à parcourir et deux montées sur le circuit. Des côtes assez longues (autour des 3 km) et pentues (moyenne autour des 10%). Fort d’un Tour de France où il a montré et prouvé qu’il pouvait aussi grimper, Wout van Aert figure parmi les favoris au maillot arc-en-ciel.

La course s’enclenche réellement à 70 km de l’arrivée avec une première accélération de l’équipe française, imitée quelques kilomètres plus tard par la Belgique. Alors qu’il venait de crever, Tadej Pogacar parvient à remonter le peloton et place la première attaque sérieuse, à 42 km de l’arrivée. Le peloton garde le tout récent vainqueur du Tour de France à distance raisonnable et parvient à le reprendre dans le dernier tour, grâce à un gros travail d’une solide sélection belge.

La giclette de Julian Alaphilippe

Dans la dernière montée, Greg Van Avermaet donne tout et se sacrifie. Mais sur les pourcentages les plus élevés, Julian Alaphilippe retrouve son punch bien à lui, cette giclette que lui seul semble avoir. Alaphilippe attaque et dompte l’acide lactique. Derrière, les rivaux sont scotchés. Wout van Aert s’arrache en puissance, se bat sur son vélo, mais il ne peut pas y aller. L’écart se creuse et Alaphilippe bascule avec quelques secondes d’avance. Le Français ne sera jamais repris car derrière, les battus sont seuls, sans équipiers. Malgré les relais appuyés du Belge, il n’y a pas d’entente et/ou trop de fatigue. Julian Alaphilippe s’impose en solo et derrière, van Aert règle très facilement Marc Hirschi, Michal Kwiatkowski, Jakob Fuglsang et Primoz Roglic au sprint.

En passant la ligne, WVA tape du poing sur son guidon. Malgré une course parfaite et unie de l’équipe belge, il termine encore une fois deuxième et doit se contenter de l’argent. Sur le podium du chrono, deux jours plus tôt, Wout avait brandi assez fièrement sa médaille mais pas cette fois… Ici, l’attitude est toute autre. L’amertume est trop forte. En terminant deux fois deuxième, Wout van Aert a le sentiment d’avoir raté quelque chose de grand. Et pourtant, quelles courses de la part de notre compatriote !

P***** ça fait ch***

Dans le couloir des interviews, c’est d’abord le sélectionneur national Rik Verbrugghe qui vient vers nous. "P***** ça fait ch***", lâche-t-il, en off, avant le début de l’interview. "On n’a rien à se reprocher, c’est le plus fort qui gagne. Il a résisté très longtemps. L’équipe a suivi les consignes mais il était très fort. Comme au chrono, on est tombé sur un super Ganna, aujourd’hui c’était Alaphilippe. Cette deuxième place est difficile à digérer. C’était une très belle course. Chapeau à Julian", explique Rik.

Transformer l'argent amer en or sur ses terres

Quelques minutes plus tard, Wout se présente à nous. Le coureur en a gros. "J’avais les jambes que je voulais, mais le plus fort était devant. L’équipe et moi, nous n’avons rien à nous reprocher. Quand Julian est parti, je n’ai tout simplement pas pu répondre. Mais cette deuxième place fait mal, c’est pénible de repartir avec deux médailles d’argent… C’est une grande déception". Le grand bonhomme est au bord des larmes.

Quel(s) regret(s) Wout van Aert peut-il nourrir ? Un seul peut-être, celui d’avoir été "trop" généreux dans ce calendrier 2020 démentiel. Si un seul ingrédient manquait à Imola, c’était celui de la fraîcheur. Un an plus tard, il va certainement retrouver Julian Alaphilippe dans ses parages sur les routes de Louvain. Un adversaire qu’il a dominé sur le Tour de France dans l’étape du Mont Ventoux, et au Tour de Grande-Bretagne la semaine dernière. Mais comme il l’a déclaré cet été, WVA sait que Julian reste toujours un coureur qui "lui fait peur dans ce genre de situations". En 2021, 'Woutje' espère transformer l’argent amer en or sur ses terres.

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