Tour de France : les villes-étapes s'inquiètent, une décision prévue mi-mai 

Annulé, reporté ou à huis clos, les scenarii sont nombreux autour du prochain Tour de France. Face à la crise sanitaire actuelle, le plus grand événement cycliste de la saison est menacé et les villes-étapes sont dans l’incertitude la plus totale.

"On est inquiet", confirme Pascale Schwartz, directrice générale des services à la mairie de Saint-Martin-de-Ré (ville arrivée de la 10e étape). "On est très en retard. A cause du confinement, les travaux de voirie sont à l’arrêt alors qu’ils sont indispensables à l’accueil de la Grande Boucle. La préfecture fonctionne également au ralenti. C’est elle qui doit pourtant valider nos plans de sécurité. Les dossiers indispensables à la venue du Tour sont, à juste titre, laissés de côté pour le moment."

Les villes sont également inquiètes pour leurs commerçants et en particulier pour l’HORECA. "Nos restaurateurs, nos hôteliers, nos tenanciers vivent des moments compliqués et ils voient le Tour comme un bon moyen de sortir la tête de l’eau", explique Stéphane Villain, adjoint au maire de la commune de Châtelaillon-Plage qui doit accueillir pour la première fois de son histoire le Tour (départ de la 11e étape). "Normalement, notre saison estivale débute le 15 juillet. Grâce au Tour, elle débuterait plus tôt. Cela aiderait fortement nos commerçants".

Et pourtant, un report est sur toutes les lèvres. Une éventualité que n’écarte pas Daniel Spagnou, le maire de Sisteron (ville arrivée et départ, respectivement de la 3e et 4e étape). "Je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Mais, avec l’annulation des Jeux Olympiques, des perspectives s’ouvrent à nous. Pourquoi ne pas décaler le Tour à la fin juillet ? En temps normal, je serais contre cette idée puisque c’est en pleine période estivale et que les Français partent en vacances. Mais je suis convaincu que, même le confinement levé, notre population aura tendance à rester chez elle cet été. Les Français seront donc là pour accueillir le Tour au bord des routes ou devant leur maison. J’ai en tout cas proposé cette solution à Christian Prudhomme (ndlr : le directeur du Tour de France)".

Contre l’idée d’un Tour à huis clos

Une chose est néanmoins certaine : tous les maires contactés refusent l’idée d’une Grande Boucle à huis clos. Une idée émise par la ministre française des Sports Roxana Maracineanu cette semaine.

"C’est impossible", prévient Pascale Schwartz. "Comment serait-il possible d’empêcher les gens de se placer le long des routes ? On n’est pas en mesure de disposer un gendarme tous les 5 mètres pour faire respecter cette décision."

Un avis partagé par le maire de Lure, Eric Houlley. "On n’est pas là pour sauver les droits télé. C’est tout ou rien ! Il est hors de question d’accueillir un tour au rabais."

"On investit beaucoup d’argent parce que le Tour est une magnifique vitrine pour notre ville", explique Michel Valla, maire de Privas. "On sait que nos commerçants vont avoir un retour. Mais sans spectateur, sans visiteur, cela n’a plus de sens."

Mais au-delà de l’aspect financier, l’image du Tour de France pourrait être écornée. "Cette course, ce sont des millions de personnes qui viennent voir les coureurs de près", explique Stéphane Villain. "Même si les images prises en télévision sont belles, que cela donne envie après le Tour d’aller visiter des choses ici ou là, cela dénaturerait complètement cet événement. Cela n’aurait pas la même saveur."

ASO aura le dernier mot (en mai ?)

Les regards sont donc tournés vers ASO, la société organisatrice du Tour, qui garde des contacts réguliers avec les maires. "J’ai eu Christian Prudhomme au téléphone et il s’est montré rassurant", raconte Michel Valla, maire de Privas. "Il n’envisage pas, pour le moment, une annulation ou un huis clos".

Un message confirmé par Stéphane Villain : "Il faut attendre le 1er mai qui doit être une date pivot. C’est en tout cas ce que m’a dit Christian Prudhomme. On verra alors si on est encore dans le confinement, si on a encore des obligations sanitaires. Il sera alors encore temps de décider d’une annulation ou d’un report. Mais, franchement, il ne m’a pas semblé très inquiet."

Et, selon nos informations, ASO aurait pointé la date du 15 mai comme date limite pour une décision finale. Une période qui permettrait aux villes de se préparer. "On devra travailler vite mais, avec une décision mi-mai, cela reste jouable", explique Eric Houlley.

En attendant de connaître la décision finale, les communes ont toutes le même mot d’ordre : continuer à y croire. "Ce serait le Tour du renouveau. Une magnifique façon de sortir de la crise", sourit le maire de Sisteron, Daniel Spagnou.

Un optimisme partagé par Stéphane Villain : "La priorité, c’est évidemment nos résidents avec tout ce qui se passe autour du Covid-19. Mais il faut aussi penser à demain. Après tout ça, on aura aussi envie de penser à autre chose, de se retrouver, de faire la fête. J’espère avoir de bonnes nouvelles en mai".

 

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