Valerio Piva: "Gardons les pieds sur terre, Circus-Wanty Gobert ne gagnera pas le Tour de France!"

2021, c'est déjà demain pour Circus-Wanty Gobert ! L'équipe cycliste wallonne prépare activement son arrivée en janvier sur le circuit World Tour, la Division 1 mondiale du vélo. Le patron Jean-François Bourlart a engagé un paquet de coureurs (Louis Meintjes, Rein Taaramae, Jan Hirt, Baptiste Planckaert…), un nouveau manager de la performance (Aike Visbeek) et un directeur sportif d'expérience en la personne de Valerio Piva

Sur la carte de visite du Belgo-Italien, D.S. depuis 2002, on recense des passages chez Mapei, Vlaanderen, T-Mobile, HTC-Columbia, Katusha, BMC et CCC. Dans ces deux dernières équipes, il était devenu le mentor d'un certain Greg Van Avermaet

A 62 ans, Piva découvre chez Circus-Wanty Gobert une plus petite structure mais une structure qui transpire l'envie de progresser à tous les étages. Samuël Grulois l'a contacté.

Alors Valerio, soulagé d’avoir retrouvé du boulot ?

" Je ne vais pas dire que j’étais stressé mais j’attendais que quelque chose de positif se passe chez CCC (NDLR : Mais le fabricant polonais de chaussures n’est jamais revenu sur sa décision de stopper son sponsoring cycliste). J’avoue qu’à un certain moment, j’avais presque perdu tout espoir d’être encore directeur sportif en 2021. J’avais très peu de contacts dans d’autres équipes. Et donc l’accord (NDLR : Le rachat de la licence World Tour de l’équipe CCC Pro Team auprès de l’UCI) entre les dirigeants de CCC et ceux de Circus-Wanty Gobert m’a logiquement aidé. Et je suis naturellement très content ! "

On a déjà eu deux-trois réunion ensemble et je me sens… chez moi ! Je pense honnêtement que le cyclisme doit retourner vers cette convivialité, vers ses origines. On doit créer une famille. Et ça, c’est un des secrets de cette équipe. Cette manière de travailler va nous mener au succès !

Le projet Circus-Wanty Gobert est différent du projet CCC. Ici, la structure est plus jeune, elle compte en ses rangs moins de stars, elle va seulement découvrir le World Tour…

" Bien sûr, c’est différent. Chez BMC, qui est devenu CCC, la structure existait depuis plusieurs années, ce qui nous a permis d’emmagasiner beaucoup d’expérience, auprès d’athlètes de top niveau et avec un staff bien rodé. Ce n’est effectivement pas la même chose chez Circus-Wanty Gobert mais j’ai découvert, même si le chemin est encore long, un groupe de personnes avec une grande motivation. Il y a encore du boulot surtout du point de vue sportif. L’équipe ne possède pour le moment aucun grand nom du vélo, aucune vedette. Il faut construire une équipe pour le futur. On sait que le budget n’est pas celui des meilleures équipes du World Tour. On va donc avancer par petits pas, en essayant de grandir avec les coureurs qui composent le groupe aujourd’hui. Un groupe qu’on tentera de renforcer dans le futur. Travailler au niveau du World Tour, c’est vraiment différent et ça exige beaucoup plus d’organisation. Je peux aider Wanty à progresser dans cette direction. "

Je ne dis pas ça pour vous faire plaisir mais vous êtes, Valerio, l’un des directeurs sportifs les plus sympathiques, les plus conviviaux, du plateau. Il y a justement au sein de votre nouvelle équipe ce côté familial et convivial. On a l’impression que ça va vous convenir !

" Oui, bien sûr ! On a déjà eu deux-trois réunion ensemble et je me sens… chez moi ! Je me sens bien. Je pense honnêtement que le cyclisme doit retourner vers cette convivialité, vers ses origines. On doit créer une famille. Une équipe, c’est comme une famille qui se retrouve début d’année pour partir disputer des courses autour du monde. On vit ensemble en permanence, bien plus qu’avec notre propre famille. On passe plus de temps auprès de nos collègues qu’à notre maison. Il est donc important de créer cette ambiance dans laquelle tous les membres du team se sentent bien. Et ça, c’est un des secrets de cette équipe. Cette manière de travailler va nous mener au succès ! "

Loïc Vliegen a un potentiel pour pouvoir prester à un haut niveau sur les épreuves World Tour. Moi, je crois en lui. Le talent est là. Après, il faut travailler évidemment. On attend naturellement beaucoup de lui parce qu’il a les qualités pour réaliser de belles choses !

Dans les nombreux transferts effectués ces dernières semaines par Circus-Wanty Gobert, on repère des noms comme Taaramae ou Meintjes, des garçons qui ont déjà réalisé des tops 10, des tops 15 sur des grands Tours. Ils constitueront votre socle avant d’aborder le Giro, la Grande Boucle et la Vuelta ?

" On connaît les coureurs que vous venez de citer, des gars qu’on avait catalogués comme les coureurs du futur. Les observateurs du cyclisme en étaient convaincus. Ils se sont montrés à leur avantage dès leurs débuts, ils ont fait de beaux résultats puis ils se sont perdus. Nous, nous croyons en ces cyclistes et nous voulons leur donner une chance. Et je pense qu’ils ont compris que ce sera l’une des leurs dernières chances (NDLR : Taaramae a 33 ans, Meintjes 28). On leur laisse la possibilité de montrer ce qu’ils peuvent faire. Ils ont des qualités et nous mettrons à leur disposition toute notre expérience, tous nos outils, pour les aider. Avec Hirt en plus, ces deux coureurs seront désignés leaders sur les courses par étapes et les grands Tours. Mais il faut garder les pieds sur terre : on ne rêve pas de gagner le Tour de France ! Si on réalise des tops 10 dans les grands Tours, on sera très heureux et ça permettra de relancer la carrière de ces garçons. Circus-Wanty Gobert a toujours eu ce rôle et beaucoup de coureurs y ont retrouvé le sourire en réalisant de très bons résultats. "

Qu’attendez-vous de Loïc Vliegen que vous avez côtoyé chez BMC ?

" Je crois beaucoup en Loïc parce que c’est un coureur talentueux. Il a été formé dans l’équipe de développement de BMC comme Dylan Teuns et Stefan Küng. Il est arrivé chez Wanty il y a deux ans et il a déjà montré à plusieurs reprises ses capacités. Il peut à coup sûr encore progresser. Il ne faut pas oublier qu’il a directement fait un top 10 à l’Amstel Gold Race lors de sa première saison pro chez BMC (NDLR : neuvième en 2016, l’année du succès d’Enrico Gasparotto qui portait à l’époque le maillot de… Wanty-Groupe Gobert), qu’il a gagné le Tour de Wallonie en 2019, qu’il était bien placé cette année à Milan-San Remo… Il a un potentiel pour pouvoir prester à un haut niveau sur les épreuves World Tour. Moi, je crois en lui. Le talent est là. Après, il faut travailler, évidemment. On attend naturellement beaucoup de lui parce qu’il a les qualités pour réaliser de belles choses ! "

Suis-je le meilleur transfert de l’équipe ? Ce n’est pas à moi de le dire ! Je suis conscient qu’il y a beaucoup à faire mais ça ne me fait pas peur. J’ai travaillé les sept dernières saisons aux côtés de Greg Van Avermet. Et bien, désormais mon rôle est d’essayer de trouver pour Circus-Wanty Gobert le nouveau Van Avermaet !

Finalement, le meilleur transfert de Circus-Wanty Gobert n’est-il pas… le vôtre ?

(Sourire) Ce n’est pas à moi de le dire ! Personnellement, je suis très content de pouvoir continuer à faire un job que j’aime. Je veux mettre à disposition de l’équipe toute mon expérience, toutes mes connaissances. Comme on dit, c’est un challenge ! Je suis conscient qu’il y a beaucoup à faire mais ça ne me fait pas peur. J’ai connu beaucoup de situations différentes dans ma carrière. Je suis passé de HTC-Columbia à HTC-Highroad avant d’arriver chez Katusha à l’époque où l’équipe cherchait sa voie. Là-bas, on a énormément bossé et on a sorti de bons résultats. Alors, pourquoi pas la même chose avec Wanty ? Je ne suis pas seul. Il y a pas mal de personnes autour de moi avec des qualités, avec une grosse envie, avec plein de motivation de se retrouver dans le World Tour. Ensemble, on fera de belles choses ! "

Dernière question : Greg Van Avermaet, parti chez AG2R-Citroën, ne va-t-il pas quand même un peu vous manquer ?

" C’est un grand champion avec qui j’ai travaillé les sept dernières années… J’étais à ses côtés lors de toutes ses grandes victoires, ou presque. Il m’a donné beaucoup de joie et de grosses émotions. Donc oui, il va me manquer évidemment ! Mais la vie continue. Nous sommes des amis, nous avons une bonne relation et je ne l’oublierai pas, bien sûr. Mais désormais mon rôle est d’essayer de trouver pour Circus-Wanty Gobert le nouveau Greg Van Avermaet ! "

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