Un Tour, un exploit : 2016, Greg Van Avermaet : ce gardien de but est un attaquant-né !

Rageur, Greg Van Avermaet serre et lève le point gauche. Il gagne en solitaire au Lioran au terme d’une échappée de près de 200 kilomètres et d’un solo absolument exceptionnel. Jusque-là présenté exclusivement comme un coureur de classiques, le Belge réalise un coup de maître dans le massif central : l’étape et le maillot jaune. Une victoire conquise dans un tout autre registre que celle de l'année précédente à Rodez, au sprint, devant Peter Sagan. Qu'est-ce qui a changé entre temps ? Une chute au Tour des Flandres qui a chamboulé son programme et une petite Fleur née quelques jours après sa victoire en 2015. Greg rêvait de lui ramener un petit lion à la maison. Le petit lion, depuis 30 ans, il est offert avec le maillot jaune, c'est un des objets les plus convoités par les cyclistes et les collectionneurs de toute la planète.

Mercredi 6 juillet 2016 - étape 5 : Limoges - Le Lioran 216 km

C’est la première étape de moyenne montagne du Tour de France. Le Belge Jasper Stuyven franchit en tête la première difficulté du jour, la côte de Saint-Léonard-de-Noblat, fief de Raymond Poulidor. A 100 kilomètres de l'arrivée, trois coureurs caracolent en tête. Ce sont les rescapés d'une échappée matinale de neuf coureurs. Il y a là les Belges Thomas De Gendt et Greg Van Avermaet, ainsi que l'Ukrainien Andriy Grivko, équipier de Fabio Aru et Vincenzo Nibali. Petit flash-back. Van Avermaet se méfie particulièrement d'un coureur : Rafal Majka. Equipier de Alberto Contador et du maillot jaune, Peter Sagan, il ne collabore évidemment pas. Or c'est un grimpeur, il a remporté le maillot à pois deux ans plus tôt, et le final devrait parfaitement lui convenir. Un petit conciliabule avec De Gendt suffit "Je te laisse les points du meilleur grimpeur" et les deux belges s'unissent afin de se débarrasser de l'encombrant Polonais. Dans la forêt domaniale de la Vergne, le peloton accuse un retard de plus de dix minutes. Van Avermaet a fait de cette journée un grand objectif. Sa motivation est maximale. "J'avais des jambes formidables et, avec De Gendt et Grivko, le casting était parfait". A 50 kilomètres de l'arrivée, l'écart est de presque un quart d'heure.

Grivko lâche prise dans le Pas de Peyrol à 32,5 kilomètres de l'arrivée, là où les pourcentages frôlent les 12%. Les deux Belges font un récital. Les drapeaux noir-jaune-rouge flottent au bord de la route. Comme prévu, Van Avermaet ne dispute pas le classement de la montagne et laisse les points à De Gendt. Greg aurait-il été aussi frais et aussi motivé sans sa chute (fracture de la clavicule) au Tour des Flandres ? Victorieux du Nieuwsblad et de Tirreno-Adriatico, il semblait alors dans la forme de sa vie. 

Van Avermaet lâche De Gendt à 17,4 kilomètres de l'arrivée et s'envole au plus fort de la pente, dans le Col du Perthus. "Allez Greg, tu vole", lui crie dans l'oreillette son directeur sportif Valerio Piva qu'on n'avait jamais vu aussi ému et qui sera en pleurs à l'arrivée. "Il peut savourer" s'exclame le consultant de la RTBF Cyril Saugrain, lors des derniers hectomètres. Comme l'avait fait Michel Pollentier en 1975, Van Avermaet triomphe au Lioran avec 2’34 d’avance sur De Gendt lequel s’empare  du maillot de meilleur grimpeur. Greg endosse donc le maillot jaune pour la première fois de sa carrière en Auvergne.

"Cette étape a changé sa carrière et sa manière de courir. A partir de ce jour-là, on a vu le grand Greg", affirme aujourd'hui Piva au micro de Kevin PaepenLa preuve ? Un mois plus tard, jour pour jour, l’ancien gardien de but de Beveren deviendra champion olympique à Rio de Janeiro.

2 images
Premier maillot jaune pour Greg Van Avermaet, peut-être le déclic dans une carrière © Belga

L’homme de Rio sera ensuite élu sportif belge de l’année, une récompense de sa patience, son abnégation et sa persévérance. Greg présente la particularité de n'avoir jamais été ni aspirant ni débutant. Il ne disputa que deux courses chez les juniors avant de passer directement chez les espoirs où il dominait sur tous les terrains. Il a lu la biographie de Johan Cruyff…et Bruce Springsteen et il doit son prénom au fait que  ses parents étaient tous les deux des inconditionnels de Greg…Lemond ! Des parents très sportifs puisque le papa, Ronald, fut sélectionné aux Jeux Olympiques de Moscou (où il faisait chambre avec Marc Sergeant) et évolua trois ans chez les professionnels dont deux ans chez Safir avec Herman Frison. De son côté, la maman, Bernadette Buysse, remporta beaucoup de succès en athlétisme.

 

 

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK