Un Tour, un exploit : 2011, à Beille, sors ton dard Jelle et pique !

Jelle Vanendert franchit la ligne d’arrivée en solitaire, à 1780 mètres d’altitude. Un Belge triomphant au sommet d'un col hors-catégorie, au terme d'une étape de haute montagne sur le Tour de France, on n’a plus vu cela depuis 30 ans ! Il faut remonter à la victoire de Lucien Van Impe, également dans les Pyrénées, au sommet du Plat d’Adet. C’était le 30 juin 1981. Et dire que sans l'abandon de son leader Jurgen Van den Broeck, six jours plus tôt, Vanendert n’aurait sans doute jamais été autorisé à aller chercher cette superbe victoire. Une victoire servie sur un plateau.

Samedi 16 juillet 2011 - étape 14 : Saint-Gaudens - Plateau de Beille 168,5 km

Le peloton s’élance de Saint-Gaudens où en 1955 Louison Bobet endossa définitivement le maillot jaune qui allait faire de lui le premier vainqueur de trois Tours de France consécutifs. C’est aussi de cette ville perchée dans les Pyrénées qu’était partie en 1976 l’étape qui permis à Lucien Van Impe de s’imposer à Saint-Lary-Soulan et d’assoir son succès dans la Grande Boucle.

Dans la descente du Col d’Agnes, Laurens Ten Dam est victime d'une terrible chute. L'image est très spectaculaire et les téléspectateurs découvrent le visage en sang du coureur néerlandais. "Une trajectoire trop large à la sortie du virage et il est passé au-dessus de son vélo. J'ai bien peur qu'il ait le nez cassé", analyse Cédric Vasseur, consultant pour la RTBF. Après de longues minutes, Ten Dam se relève et remonte sur son vélo. Il finira l'étape et le Tour de France !

Sur les premières pentes de la montée finale vers le Plateau de Beille, le Français Sandy Casar caracole seul en tête avec un peu moins de deux minutes d'avance sur les meilleurs. A 10,5 km de l'arrivée, les plus forts se dévoilent enfin. Andy Schleck attaque avec Alberto Contador, Cadel Evans et le maillot jaune Thomas Voeckler dans la roue. Franck Schleck, Vanendert et Samuel Sanchez effectuent ensuite la jonction.

"Si vous m'aviez dit il y a quinze jours que Pierre Rolland allait faire le tempo avec Voeckler dans le Plateau de Beille, devant les grands favoris du Tour de France, je vous aurais ri au nez", s'exclame soudain Cédric Vasseur. "Vanendert devrait contrer", poursuit notre consultant après une nouvelle attaque stérile de Andy Schleck à 7 km du sommet. Ce qu'il fait 200 mètres plus loin. On est à 6,8 km de l'arrivée. Les favoris se neutralisent. Le Belge fond sur Casar et se retrouve seul en tête. La victoire d'étape et le maillot à pois l'attendent à 1800 mètres d'altitude.

Un énorme Vanendert sur le petit plateau

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Jelle Vanendert sur les pentes du plateau de Beille en 2011 © Tous droits réservés

Samuel Sanchez s'extrait du petit peloton des poursuivants à un peu plus de 3 kilomètres de l'arrivée. La victoire va se jouer entre Vanendert et l'Espagnol, originaire de Oviedo, dans les Asturies, à deux pas du célèbre Alto de Narranco. L'écart entre les deux hommes est de 30 secondes. C'est un peu la revanche de l'étape Cugnaux-Luz Ardiden, disputée quarante-huit heures plus tôt et où Sanchez avait devancé le Belge de sept secondes. 

Sanchez s'est classé quatrième à Paris l'année précédente (un Tour dont il est aujourd'hui officiellement considéré comme le deuxième, après le déclassement pour dopage de Contador et Menchov). Devancé par le seul Alejandro Valverde en 2009, il ne lui avait manqué que 55 secondes pour remporter le Tour d'Espagne. Une Vuelta sur laquelle l'Asturien a remporté cinq succès d'étapes. Sanchez est le champion olympique en titre depuis son succès à Pékin en 2008. Une médaille d'or qui, excepté le championnat de Zurich deux ans plus tôt, restera d'ailleurs son seul succès probant dans une course d'un jour en 17 ans de carrière. Il est cependant souvent passé très près de l'exploit sur les routes de la Flèche Wallonne (deuxième au sommet du Mur de Huy en 2006) et du Tour de Lombardie (deuxième derrière Philippe Gilbert en 2009). Contrôlé positif le 9 août 2017 à une hormone de croissance, il sera licencié par son équipe et sa carrière s'achèvera sur une (très) mauvaise note.

A 26 ans, Vanendert, natif de Neerpelt, dispute son premier Tour de France. Il a déjà beaucoup donné depuis le départ en Vendée, notamment au service de Gilbert avec qui il partage quotidiennement la chambre sur ce Tour et pour qui il a été très précieux durant les classiques printanières. Jelle, l’homme qui a toujours préféré l’ombre à la lumière, résiste et franchit la ligne 21 secondes avant Sanchez. Il monte deux fois sur le podium : pour la victoire d’étape et pour endosser le maillot à pois du meilleur grimpeur. Deuxième à Luz-Ardiden, premier à Beille, Vanendert est l'incontestable roi des Pyrénées.

"Je pense que Vanendert peut très sérieusement envisager de devenir le leader d'une formation dans une épreuve comme le Tour de France", conclut Vasseur à notre micro.

Quatre victoires en 13 ans

Vanendert revient de loin. En 2010, il fut victime d'une grave blessure au genou droit qui nécessita deux opérations. "Il n'a sans doute pas tiré le maximum de sa carrière" souligne aujourd'hui Philippe Gilbert. Les deux hommes sont proches. Avant d'être équipiers chez Lotto en 2010 et 2011, le coureur liégeois l'avait déjà spécialement fait venir à ses côtés à La Française des Jeux en 2008. Aujourd'hui, à 35 ans, il est dans une équipe plus modeste (Wallonie-Bruxelles). Deux fois deuxième de l'Amstel Gold Race et troisième de la Flèche Wallonne, Vanendert n'a gagné que quatre fois en treize ans chez les professionnels. La Flèche flamande lorsqu'il était néo-pro en 2007 chez Jacques, sur le Tour de France et au critérium de Peer en 2011 et une étape du Tour de Belgique à Wanze en 2018.

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