Un Tour, un exploit : 1997, Vandenbroucke et le mauvais tour de Zabel

Avec deux arrivées inédites en altitude à Arcalis (Andorre) et Courchevel, certains prétendent que ce Tour de France 1997 est le plus dur de l’ère Jean-Marie Leblanc. Un avis que ne partage absolument pas Jean-François Pescheux, directeur technique de l'épreuve : "On disait cela chaque année". Depuis 1985, Miguel Indurain avait toujours participé au Tour. Cette année, en l'absence du Navarrais, personne ne fait figure de grand favori.

L’Allemand Jan Ullrich, formé à l'école de l'Est, l'emporte au sommet d'Arcalis et s'empare définitivement de la tête du classement général en Andorre, après avoir lâché Marco Pantani et Richard Virenque. Il augmente son avance à la faveur des étapes contre la montre. Malgré une fin de Tour difficile en raison de problèmes digestifs, c’est la première victoire allemande dans le Tour de France, soixante-cinq ans après le podium de Kurt Stoepel (2e derrière André Leducq en 1932).

8 juillet 1997 - étape 3 : Vire – Plumelec 224 km

Le Tour 1997 part de Rouen où un vibrant hommage est rendu à Jacques Anquetil, quintuple vainqueur de la Grande Boucle. Le Britannique Chris Boardman remporte le prologue et le sprinter Italien Mario Cipollini triomphe lors des deux premières étapes en ligne. Le Toscan est en jaune lors de la troisième qui s’élance de Vire, là où il s’est imposé la veille.

Fin de carrière pour Rominger 

On vit une étape sans histoire jusqu'à moins de dix kilomètres de l'arrivée où se produit une chute massive. Marco Pantani et Alex Zülle perdent environ une minute et demi. Ivan Gotti concède plus de trois minutes. Mais la grande victime c'est Tony Rominger. Le Suisse s'est brisé la clavicule. Il s’agit d’ailleurs, à 36 ans, de la dernière course pour le dauphin d’Indurain en 1993. Deuxième du Tour 1993, vainqueur du Tour d'Italie et triple lauréat du Tour d'Espagne, la carrière de Rominger s'arrête brutalement au coin d'une route du Morbihan.

L’arrivée est jugée dans la commune bretonne de Plumelec, une commune de 2700 habitants, dont le nom vient de PLU ou PLOU (paroisse) et de MÉLEC (Saint-Mélec), son fondateur, le premier évêque de Londres puis archevêque de Canterbury au VII° siècle.

Vandenbroucke surpris par Zabel

L'arrivée ne convient pas du tout aux purs sprinters comme Cipollini, Steels, McEwen et Moncassin. La côte de Cadoudal est un lieu sacré du vélo en Bretagne. Elle est au Grand Prix de Plumelec (une course de catégorie 1.1 créée en 1974) ce que le Mur de Huy est à la Flèche Wallonne. C'est une rampe de 1,7 kilomètre à 6,2 % de moyenne.

Le jeune Frank Vandenbroucke, 22 ans, dispute son premier Tour de France et il a inscrit cette étape en majuscules dans son agenda. Il est en forme (Frank vient de gagner le Tour de Cologne et le Tour du Luxembourg) et il est le grand favori du jour. Trop présomptueux ? Même sa maman Chantal et sa compagne Clothilde qui fête son anniversaire le lendemain ont fait le déplacement et elles me rejoignent dans la tribune des commentateurs pour vivre ensemble ce qui doit être un cadeau d’anniversaire. Frank l’a promis. C'est l'équipe Telekom qui étire le groupe de tête à l'approche de la montée finale. Nicolas Jalabert (le petit frère de Laurent) attaque un peu avant la flamme rouge mais il s'écrase véritablement aux 500 mètres, moment choisi par Vandenbroucke pour passer résolument à l'offensive. Tout le monde est alors convaincu (et lui le premier) que la victoire lui est promise. Mais c'est sans compter sur le rush final de l’Allemand Eric Zabel qui déborde le jeune Belge dans les derniers mètres. Déjà neuf fois victorieux cette saison (dont Milan-Sanremo et le Grand Prix de l'Escaut), Zabel raffole de ce genre d'arrivées. Vandenbroucke l'avait-il oublié ? L' Allemand a aussi profité d’un vent légèrement défavorable pour rester bien calé dans le sillage du Belge jusqu’au dernier moment. " Une erreur de jeunesse ; un an plus tard, jamais Frank n’aurait été battu ", nous confiera un de ses proches quelques années plus tard.

22 juillet 1997 - étape 16 : Morzine – Fribourg 181 km

A cinq jours de l'arrivée à Paris, les coureurs quittent Morzine où Marco Pantani s'est imposé la veille en solitaire et les Alpes pour rejoindre la Suisse et Fribourg. Un groupe de 23 coureurs se présente sur la ligne d’arrivée. Aucun d’entre eux ne semble plus véloce que Frank Vandenbroucke. Le Belge a donc une magnifique carte à jouer mais, contre toute attente, il est devancé d’un fil par le vosgien Christophe Mengin, champion de France...de cyclo-cross. C’est une (nouvelle) cruelle désillusion pour le jeune coureur belge, deuxième pour la seconde fois dans ce Tour.

Quelques années plus tard, Jean-Jacques Vandenbroucke, le papa de Frank, confiera à Alain Bondue que ce n’est ni à Plumelec ni à Fribourg que Frank est passé le plus près d’une victoire d’étape (qu’il ne décrochera jamais) sur le Tour. C’est le lendemain entre Fribourg et Colmar. " Ce jour, s’il ne crève pas, il gagne ! "