Un Tour, un exploit : 1995, le jour où Miguel Indurain changea de registre

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Johan Bruyneel remporte la 7e étape à Liège © Belga

A Liège, sur le Boulevard de la Sauvenière, Johan Bruyneel dépossède Bjarne Riis du maillot jaune. Présenté comme cela, hors contexte, cela sent le soufre ! La situation est à tout le moins cocasse quand on sait que, quelques années plus tard, le Belge et le Danois devenus d’influents managers vont " souiller le Tour " pour utiliser les mots des organisateurs. Le premier est aujourd’hui banni à vie du monde du cyclisme pour avoir accompagné Lance Armstrong dans ses mensonges et ses tricheries. Le second a reconnu s’être dopé à l’EPO durant sa carrière et notamment pour gagner le Tour de France en 1996.

Indurain : "on ne rattrape jamais ses idoles"

Lorsqu'il devient le premier vainqueur de cinq Tours consécutifs, Miguel Indurain a ces quelques mots : " Je ne suis pas l’égal de Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault. On ne rattrape jamais ses idoles ".

Cette édition est endeuillée par la chute mortelle de l’Italien Fabio Casartelli, champion olympique à Barcelone, dans la descente du Portet-d’Aspet et dont l'annonce officielle de la mort intervient pendant le reportage en direct. Personne n'est préparé à cela.

8 juillet 1995 - étape 7 : Charleroi – Liège 203 km

Ce samedi 8 juillet, les organisateurs ont concocté un parcours qui ressemble à un petit Liège-Bastogne-Liège avec les côtes de la Haute-Levée, du Rosier, le Mont-Theux et la côte des Forges.

A Spontin, le Néerlandais Maarten Den Bakker et le Lituanien Arturas Kasputis passent à l'attaque. Ils franchissent en tête les côtes de Durbuy, de Petit-Barvaux, de Ferrières et de Basse-Bodeux. 

Dans la côte de la Haute-Levée, les attaquent se succèdent. Laurent Jalabert, bientôt imité par Richard Virenque et Erik Breukink, secouent le peloton. Au pied de la côte de La Reid, sous l’impulsion de la Once, on assiste à un regroupement général. L'équipe espagnole prépare le sprint bonification de Theux où Jalabert grappille quelques précieuses secondes qui lui permettent d’être maillot jaune virtuel. 

Dans le Mont-Theux, un petit groupe se dégage. Au sommet, Johan Bruyneel passe à l'offensive, afin de préparer le terrain pour Alex Zülle ou Jalabert, pense-t-on. Seuls Boyer et Indurain reviennent sur le Belge. Boyer abdique dans la côte des Forges où Indurain et Bruyneel passent au sommet avec près d'une minute d'avance sur le peloton.

Bruyneel profite de "la moto Indurain"

C’est à un véritable duel de prestige entre Banesto et Once, les deux puissantes formations rivales espagnoles, qu'on assiste sur le Boulevard de la Sauvenière. Le maillot pour Bruyneel et l’étape pour Indurain ? Non ! Le Belge triomphe devant une foule en liesse. Indurain apprécie modérément. Vainqueur à Cauterets et à Luz-Ardiden, dans les Pyrénées en 1989 et en 1990, soit avant de viser la victoire finale dans le Tour, jamais Indurain n'aura gagné une étape en ligne au cours de son règne. 

Bruyneel sur le plateau de la RTBF grâce à Eddy Merckx.

Johan Bruyneel est mon tout premier maillot jaune belge comme commentateur. Et cela se passe en Belgique ! Mon fidèle assistant, Albin Delsaut, connait sa mission sur le bout des doigts : filer sur la ligne et ramener aussi vite que possible le héros du jour à notre micro. Cependant, fait excessivement rare, il revient bredouille. "Bruyneel ne veut pas venir", me glisse-t-il essoufflé et dépité. Pourquoi ? Parce que la ONCE (Organisation Nationale des Aveugles Espagnols) n'ayant aucun intérêt économique en Belgique avait clairement fait passer le message par la voix de son directeur sportif Manolo Saiz "pas d'interview en direct sur la RTBF". Mon sang ne fait qu'un tour. Un Belge maillot jaune à Liège et il ne viendrait pas au micro de la RTBF ? C'est inconcevable. Un regard suffit avec Eddy Merckx qui me fait signe qu'il a compris et qu'il va "arranger ça". J'ignore ce qui s'est exactement passé dans les minutes qui ont suivi mais Eddy est très vite revenu sur le plateau de la RTBF en tenant fermement Bruyneel par le bras.

Le lendemain, pendant 67 minutes, Johan Bruyneel portera le maillot jaune lors du contre-la-montre individuel entre Huy et Seraing où Miguel Indurain remportera son neuvième chrono sur la Grande Boucle et s'emparera définitivement d'un maillot jaune qui le mènera à un cinquième succès final consécutif.

Longtemps, Johan Bruyneel fut considéré comme le gendre idéal et, pendant 24 heures, il aura été le héros de tout le peuple belge. Mais la suite sera beaucoup moins rose (la couleur du maillot avec lequel il a gagné à Liège) pour le disciple du sulfureux Manolo Saiz. Plus tard, sa reconversion comme directeur sportif et complice de Lance Armstrong se terminera par une suspension à vie de toute responsabilités sportive pour son implication sans le système de dopage mis en place par le coureur américain.

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