Un Raymond tellement po (u) p (o) ulaire.

Un nom en or et un surnom un peu puéril. Raymond Poulidor était un homme chaleureux et immensément attachant. Vainqueur ou vaincu, "Poupou" offrait toujours l’image d’une grande sérénité. Je reste fasciné, même quarante ans après la fin de sa carrière (à laquelle il a mis un terme en 1977), par la relation unique qu’il avait nouée avec le public français. C’était un véritable magnétisme, une sorte de prodigieuse puissance d’envoûtement.

Raymond Poulidor c’était l'"éternel second". Ce qui est inexact parce que, dans la langue française, on n’est second que lorsqu’il n’y a pas de troisième. Il aurait donc été plus juste de le qualifier d'"éternel deuxième". Quoique, n’est-ce pas aussi abusif pour un coureur qui a remporté, entre autres, Milan-Sanremo, la Flèche Wallonne, le Tour d’Espagne et Paris-Nice. Beaucoup de coureurs auraient aimé avoir son palmarès. C’est de sa rivalité avec Jacques Anquetil qu’est née cette appellation. Anquetil, le Normand, incarnait la victoire. Poulidor, le Limougeaud, venait du Sud-Ouest et terminait souvent deuxième. Atteint d’un cancer de l’estomac, Anquetil téléphona une dernière fois à Poulidor en novembre 1987. "Raymond, j’ai deux nouvelles à t’annoncer : une bonne et une mauvaise. La mauvaise c’est que je vais mourir. La bonne, c’est que tu seras encore une fois deuxième."

POUPOULAIRE

La popularité de Poulidor était telle qu’il se faisait inviter un peu partout. Quand on lui proposait "une semaine au sport d’hiver avec madame", il répondait "Merci, je viendrai seul… mais deux semaines". Lorsqu’il payait par chèques (souvent 100 francs français, soit 15 euros), il s’apercevait que la somme était rarement encaissée car le bénéficiaire préférait afficher le joli chèque dans son établissement, la signature de Poulidor ayant à ses yeux davantage de valeur que 15 euros.

Raymond Poulidor a donc réussi à magnifier la deuxième place. Il a introduit la notion de GAGNER en PERDANT. Voilà l’effet Poulidor. C’est sa plus grande victoire.

L’autre grande victoire de Poupou c’est dans le domaine de la langue française. Poulidor est devenu un nom commun, un mot courant : "être un Poulidor". Vous êtes deuxièmes à la pétanque, aux cartes ou en politique et que dit-on ? "Ce sont des Poulidors". Plus qu’un synonyme, il s’agit plutôt d’une antonomase, figure rhétorique qui consiste à prendre un nom propre pour faire véhiculer le contenu d’une idée. En conclusion, Poulidor restera à jamais à la deuxième place ce que Don Juan est à la séduction, Crésus à la richesse, Tartuffe à l’hypocrisie, Harpagon à l’avarice ou Mozart à la virtuosité.

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