Tweeter ou pédaler, il faut (parfois) choisir

Il y a vingt ans, les réseaux sociaux n'existaient pas. Il y a dix ans, ils touchaient, à la grosse louche, la moitié de la population. Aujourd'hui, ils sont devenus incontournables dans la vie de tous les jours. Et le monde sportif n'y échappe pas, que du contraire ! Pour communiquer désormais, les sportifs de haut niveau utilisent prioritairement Facebook, Twitter ou encore Instagram. Et les cyclistes ne sont pas les derniers à ce petit jeu-là ! Le Champion du Monde Peter Sagan compte 861.000 followers sur Twitter. Philippe Gilbert a 137.000 abonnés sur Instagram. 61.000 personnes sont "amies" avec Greg Van Avermaet sur Facebook.

Des outils merveilleux et dangereux à la fois... Combien de coureurs, énervés, "bouffés" par leur impulsivité, n’ont-ils pas publié des commentaires ou des photos après une course alors qu’ils auraient mieux fait de s’abstenir ? Un sportif professionnel est un employé payé par un ou des sponsors dont il doit représenter l’image le plus respectueusement possible. On connaît des attachés de presse qui s’arrachent parfois les cheveux en découvrant les publications de leurs coureurs !

Samuël Grulois s'est intéressé au phénomène des réseaux sociaux dans le monde cycliste, en immersion avec les jeunes coureurs de l'équipe Wallonie Bruxelles-Veranclassic-AquaProtect. Des coureurs à peine sortis, pour certains du moins, de l’adolescence et qui, une fois descendus du vélo, se "regreffent" très vite à leur smartphone. Ces jeunes sportifs sont d’ailleurs parfois en total décalage avec leurs directeurs sportifs... quadragénaires ! Le choc des générations. Tweeter ou pédaler, il faut (parfois) choisir !

"Il faut faire attention quand on se lâche"

Ludovic Robeet, 23 ans, alias robeet­_ludovic_ sur Instagram

"Les réseaux sociaux, c’est vraiment l’endroit où il faut faire attention. Il ne faut pas mettre des trucs négatifs et bien réfléchir avant de poster un truc et d’écrire une phrase en-dessous. Quand on voit dans les médias ce qu’a publié le joueur de foot Nainggolan... il a posté des vidéos de lui en train de faire la fête ! Vous savez, pendant la coupure d’entre-saison, on a le droit d’un peu se lâcher. Mais il faut faire attention comment on le fait ! On sait qu’il y a le vélo derrière et qu’on ne peut pas faire n’importe quoi."

Julien Stassen, 29 ans, alias @tchang­_stassen sur Twitter

"Les réseaux sociaux, c’est pas mal ! Chaque coureur peut transmettre les informations qu’il veut transmettre. Je n’irais pas jusqu’à dire que le coureur peut faire sa pub mais il peut au moins donner au grand public les infos de course, d’entraînement, etc. Moi, j’aime bien de temps en temps faire un tweet. Je pense que les grands champions sont obligés d’y être. C’est différent pour les sportifs moins connus... je ne suis pas sûr, par exemple, qu’ils signeront plus facilement un contrat parce qu’ils sont sur Twitter. Mais au niveau publicitaire, pour les très grands champions, là oui, ça peut être un plus !"

"Les coureurs doivent se dire qu'ils sont des exemples"

Julien Mortier, 20 ans, alias @Julien_Mortier1 sur Twitter

"Personnellement, je ne suis pas le coureur le plus présent sur les réseaux sociaux ! Mais on m’a toujours dit que dans les années à venir, en devenant professionnel, je devrais y être un minimum présent et publier un minimum de choses. C’est vrai que je vais devoir m’y mettre ! Mais ce n’est pas le truc que j’aime le plus dans le job de cycliste. Qu’est-ce qui me freine ? D’abord la peur d’un mot mal choisi. Et puis, je n’ai pas envie d’imiter certains coureurs, qui ne sont même pas professionnels mais qui publient des tartines tous les week-ends sur la moindre petite course à laquelle ils ont participé, avec l’explication de leur performance de A à Z. Ça devient vite... chiant !"

Frédéric Amorison, directeur sportif, 40 ans, alias Fred Amorison sur Facebook

"Au niveau communication, c’est magique... mais ça peut être magique dans les deux sens. C’est un outil très intéressant, par exemple, pour des partenaires commerciaux. Mais certains commentaires peuvent être vite retournés. On est en 2018 et je crains que le phénomène ne s’accentue encore et encore. Dans le passé, quand j’étais coureur, on était simplement content d’envoyer notre SMS avant d’entrer dans la chambre et de chercher les résultats sur le Télétexte ! Aujourd’hui, les coureurs utilisent les réseaux sociaux parfois sans trop réfléchir en oubliant qu’ils sont avant tout des sportifs professionnels, suivis par de nombreuses personnes. Ce qu’ils doivent faire, c’est se dire qu’ils sont des exemples. Ils doivent réfléchir à deux fois avant de publier quoi que ce soit."

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