Tour de France : Tom Dumoulin, outsider trois étoiles dans l'imposante ombre de Roglic

16 août 2020. Megève, arrivée de la dernière étape du Critérium du Dauphiné. Sur la ligne, c’est l’effervescence. Le jeune Daniel Martinez, 24 ans à peine, vient de remporter la course à la surprise générale. Sur le podium, le jeune Colombien arbore fièrement la tunique jaune de vainqueur final.

Dans l’ombre des projecteurs, un autre coureur a probablement le sourire : Tom Dumoulin. Si le Néerlandais termine ce Dauphiné à la 7e place, l’essentiel est bien ailleurs et il le sait. Après une vilaine blessure au genou et une année 2019 quasiment blanche, le Néerlandais voulait se tester. Accumuler des kilomètres, retrouver des sensations et peaufiner une forme qu’il savait ascendante. Très à l’aise dans les sinueuses pentes du Col de Romme ou de la côte de Domancy, Dumoulin a accompli sa mission. Et magistralement conclu sa course contre-la-montre personnelle, dernier échauffement avant le grand rendez-vous de sa saison, le Tour de France.

2e en 2018 à moins de deux minutes du vainqueur, Geraint Thomas, Tom Dumoulin avait dû renoncer l’année suivante, insuffisamment remis de sa blessure. Le Batave a donc une revanche à prendre avec la Grande Boucle. Une course qu’il entamera avec la délicate étiquette de “demi-favori”, d’équipier de luxe ou d’outsider trois étoiles.

 

Un numéro deux… avec de l’ambition

Parce que sur papier, Tom Dumoulin sait qu’il n’est que le numéro 2 de son équipe, tapi dans l’imposante ombre de son coéquipier Primoz Roglic. Le Slovène, impressionnant de facilité sur le Tour de l’Ain, intouchable sur les routes du Dauphiné (avant son abandon), fait figure d’épouvantail, d’homme à abattre, affublé de la pancarte de grandissime favori.

Mais Roglic est tombé lors de la 4e étape du Dauphiné et a dû abandonner. Et même s’il se dit “prêt”, son état de forme pose question. Ressentira-t-il d’éventuelles séquelles de sa chute en haute montagne ? Et surtout, n’a-t-il pas atteint son pic de forme, trop tôt, avant tout le monde, ce qui, auquel cas, pourrait venir chambouler les cartes ? Les prochaines semaines nous le diront.

Toujours est-il que dans le sillage de Roglic, Tom Dumoulin est là, à l’affût. Si on lui demande, il n’hésitera probablement pas à filer un coup de pédale pour le leader attitré de l'équipe. Mais en cas de défaillance du Slovène, il tentera sa chance. “C’est Primoz Roglic et moi pour le général” a-t-il clamé jeudi, preuve de son ambition personnelle et de son appétit démesuré pour un parcours qui lui sied bien.

Dans un Tour de France très aérien, qui devrait se jouer en haute montagne, Tom Dumoulin devrait pouvoir tirer son épingle du jeu. A condition qu’il confirme cette bonne forme entraperçue sur les routes du Dauphiné. S’il y parvient, l’avant-dernière étape, un contre-la-montre de 31 kilomètres avec une arrivée au sommet de la Planche des Belles Filles pourrait lui permettre d’asseoir sa domination. Tiendra-t-il avec les meilleurs jusque-là ?

Une chose est sûre, pour la première fois depuis des lustres, l’hégémonie quasiment indiscutable de Ineos (anciennement Sky) sur le Tour de France pourrait être bousculée. Parce que cette armada de Jumbo-Visma, articulée autour d’un redoutable chien à deux têtes Roglic-Dumoulin suppléé par une garde rapprochée trois étoiles (Tony Martin, Wout Van Aert, Sepp Kuss, Robert Gesink…) a tout pour venir jouer les trouble-fêtes. Reste désormais à voir quel chien, qu’il soit slovène ou néerlandais, aboiera le plus fort.

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