Tim Merlier, l'homme invisible... malgré lui

Le Championnat de Belgique cycliste pour professionnels aurait dû se dérouler ce dimanche 21 juin, pour fêter l’été, à Anzegem. On ne vous apprend rien, l’épreuve a été reportée. Il y a donc déjà presque un an que le cyclo-crossman Tim Merlier porte le maillot de champion de Belgique sur route. Mais voilà, pandémie de coronavirus oblige, le coureur de l'équipe Alpecin-Fenix n'a disputé que six jours de course dans sa belle tunique noire-jaune-rouge en 2020 (dont une victoire lors de la quatrième étape du Tour d’Antalya, en Turquie, le 23 février). 

Merlier est devenu, bien malgré lui, un champion national… invisible ! C'est évidemment frustrant même si le solide sprinter de 27 ans (1 mètre 85, 74 kilos), qui partage sa vie avec Cameron Vandenbroucke, la fille de Frank, espère s'illustrer dès la reprise au mois d'août. 

Samuël Grulois a rencontré le très sympathique et très humble Tim Merlier chez lui, à Wortegem-Petegem, petite commune de Flandre orientale située entre Waregem au nord et Renaix au sud, entre le Tiegemberg à l’ouest et le Koppenberg à l’est. Interview réalisée au pied de la cheminée, au-dessus de laquelle trône fièrement dans un cadre le maillot enfilé à Gand le dimanche 30 juin 2019.  

Tim, on a l’impression que vous n’avez toujours pas bien intégré que vous êtes bel et bien champion de Belgique…

" C’est vrai que c’est encore difficile pour moi de croire que je suis champion de Belgique. Quand je pars à l’entraînement avec le maillot national sur le dos, c’est vraiment spécial. Tous les matins, je me dis ‘ah oui, c’est juste, je suis champion’ ! "

En roulant les classiques dans le maillot noir-jaune-rouge, il est clair que je me serais fait connaître encore plus aux yeux du grand public. Mais je suis content, je disputerai sans doute encore cinq à dix courses avec le maillot.

Si vous aviez participé à toutes les courses prévues en mars et en avril, pensez-vous que ça aurait été plus facile pour vous de définitivement croire en ce titre national ?

" Oui ! J’ai déjà beaucoup gagné depuis ma victoire au Championnat de Belgique (NDLR : Le prologue et deux étapes du Tour d’Alsace 2019, une étape du Tour du Danemark 2019 et donc une étape du Tour d’Antalya 2020). Mais en roulant les classiques dans le maillot noire-jaune-rouge, il est clair que je me serais fait connaître encore plus aux yeux du grand public. En l’absence des classiques, c’est en effet plus difficile pour moi de croire que je suis bien le champion ! Mais je suis content, je disputerai sans doute encore cinq à dix courses avec le maillot. J’ai juste quelques regrets pour les classiques, c’est dommage. "

Le Championnat de Belgique 2020 a été reporté à fin septembre. Il se déroulera, c’est le hasard, à Anzegem, une commune voisine de Wortegem-Petegem. Alors, pourquoi pas un deuxième titre à domicile ?

" Depuis que l’on sait qu’Anzegem accueillera la course, j’ai toujours dit que je voulais m’y imposer. Mais être champion de Belgique chez les pros deux années consécutives, c’est presque impossible (NDLR : onze coureurs ont réussi cette performance depuis la création de la compétition en 1894 mais seulement cinq dans l’après-deuxième guerre mondiale, Émile Masson junior, André Vlayen, Michel Pollentier, Wilfried Nelissen et Tom Steels, le dernier en date, en 1997 et 1998). "

Votre vie a-t-elle changé ? Vous reconnaît-on dans la rue ?

" Moi, je suis resté la même personne. Mais c’est vrai qu’à Kuurne-Bruxelles-Kuurne (NDLR : Course qu’il a terminée à la 25ème place, le 1er mars dernier), j’ai senti que ma vie changeait. On m’a beaucoup vu à la télévision et depuis lors, les gens me reconnaissent plus souvent. A l’entraînement, je sens le regard des automobilistes qui cherchent à m’identifier… "

C’était vraiment bizarre ! Tout le monde veut une photo avec le champion de Belgique ou une signature.

J’imagine donc que vous signez plus d’autographes qu’avant et qu'on vous demande aussi plus de selfies…

" Oh oui ! Au départ de Kuurne-Bruxelles-Kuurne, c’était incroyable ! Je voulais faire plaisir à tous mes supporters mais ce n’était pas possible. Ça m’a fait mal au cœur de ne pas pouvoir contenter tous ces gens. En plus, j’avoue que j’avais pas mal de stress… et quand j’ai du stress, je ne sais pas encore très bien ce que je dois faire. C’était vraiment bizarre ! Tout le monde veut une photo avec le champion de Belgique ou une signature. "

Quand on court à l’étranger avec ce très visible maillot tricolore, se sent-on observé par le public ? Un public qui se dit sans doute être en face du " meilleur coureur de Belgique, un grand pays du vélo " !

" Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de rouler en France ou en Espagne, par exemple. Mais j’ai participé au Tour d’Alsace l’année passée. A priori, personne n’aurait dû me reconnaître. Mais là, juste parce que tu portes ce maillot, les gens te voient et t’encouragent ! "

A Gand, même si on connaissait vos qualités de sprinter, vous avez créé la surprise. Mais cette victoire était-elle une surprise pour vous ?

" J’y ai encore repensé cette semaine en tombant sur une photo d’avril 2019, lorsque je courais avec un maillot noir sans sponsor. J’ai seulement intégré Corendon-Circus le 1er mai. Et après cinq courses, je remportais déjà ma première victoire, l’Elfstedenronde (NDLR : Devant Fabio Jakobsen et Jasper Philipsen, excusez du peu !), à Bruges, juste une semaine avant le Championnat de Belgique. Grâce à ce succès, on m’avait déjà placé sur la liste des favoris. Comme je l’ai déjà dit, je suis souvent victime du stress. Mais là, la semaine qui a précédé le National, malgré de nombreuses interviews, je n’avais pas de stress. Le ‘Jour J’, l’ambiance était évidemment spéciale. Mais j’ai juste sprinté de mon mieux sur les 200 derniers mètres avec, au bout, cette victoire incroyable. "

Il y a eu un déclic dans ma tête. Avant, je pensais que je n’étais qu’un coureur de cross. Mais je sais maintenant que je suis plus un coureur de route.

Êtes-vous le meilleur sprinter belge actuel ?

" Je ne sais pas. Il y a régulièrement de nouveaux coureurs qui arrivent. Pour le moment, disons que oui mais, allez savoir, peut-être que je ne gagnerai plus aucun sprint cette année. Ce qui est clair, c’est qu’il y a eu un déclic dans ma tête. Avant, je pensais que je n’étais qu’un coureur de cross. Mais je sais maintenant que je suis plus un coureur de route. Je dois encore et encore rouler sur route et participer à beaucoup de sprints. "

Vous avez évidemment envie de vous tester face à Caleb Ewan, Fernando Gaviria ou Fabio Jakobsen ?

" Je veux vraiment affronter ces gars-là au sprint oui ! J’ai eu une fois l’occasion de lutter contre de grands noms, lors de la Brussels Cycling Classic, mais j’ai eu un problème avec une de mes roues dans l’ultime ligne droite (NDLR : Victoire d’Ewan, Merlier 33ème)… C’est dommage. "

Vous fêterez votre 28ème anniversaire le 30 octobre prochain. Vous êtes donc devenu professionnel assez tard. Vous allez devoir enchaîner les victoires pour rattraper le temps perdu !

" C’est vrai que j’ai toujours mis le focus sur le cyclo-cross en utilisant juste la route comme moyen de préparation pour la saison hivernale. C’est pour cela que les amateurs de cyclisme me connaissent moins bien. Mais avec le maillot de champion de Belgique, tout a changé. "

Et donc, question sous-jacente : allez-vous continuer le cyclo-cross l’hiver prochain ?

" Cette année, je vais d’abord me consacrer aux classiques flandriennes (NDLR : Globalement toutes recasées en octobre) avant de regoûter au cross. J’avoue qu’en hiver, j’aime vraiment bien rouler dans les labourés donc je vais continuer oui. "

Je veux encore gagner avec ce maillot sur les épaules ! Et si possible, une grande course avec de grands coureurs au départ…

Philippe Gilbert a beau avoir été champion du Monde, il a toujours dit que son maillot préféré était, pour ses couleurs, le maillot noir-jaune-rouge. Êtes-vous d’accord ?

" Euh… j’aimerais bien devenir champion du Monde moi aussi mais c’est vrai que le maillot de champion de Belgique est un très beau maillot. "

Avant le Championnat de Belgique d’Anzegem le 22 septembre, quel est votre objectif ?

" Une certitude : je veux encore gagner avec ce maillot sur les épaules ! Et si possible, une grande course avec de grands coureurs au départ… "

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