Rouler plus vite que la mort

Rouler plus vite que le mort
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Avril 2010, la campagne des classiques bat son plein, mais le cyclisme est secoué par une nouvelle polémique. Un moteur ou une assistance mécanique existerait au sein du peloton.

Un mois plus tard, au tour d’Italie, Davide Cassani ancien coureur et consultant pour la RAI ne laisse plus de place au doute. Dans une courte vidéo, il se met en scène à côté d’un vélo dont la roue arrière tourne seule. Le "vélo à moteur" n’est pas un leurre.

A l’initiative de cette révélation, Istvan Varjas, un ingénieur hongrois qui se revendique comme le père du moteur miniaturisé. Mais le Hongrois n’a pas révélé tous ses secrets. Son invention est beaucoup plus veille qu’on ne le pense. En réalité, il met au point son premier prototype en septembre 1998… et le vend en exclusivité à un acheteur anonyme contre 2 millions de dollars.

Dans son livre, "Rouler plus vite que la mort", Philippe Brunel, journaliste au journal L'Equipe, part à la rencontre de cet ingénieur de Budapest qui mû par un désir de revanche vis-à-vis de ce vélo qui l’a trahi, développe le seul remède à ses yeux plus fort que le dopage : un moteur.

Longtemps il ambitionne de devenir le meilleur coureur professionnel que la Hongrie n’a jamais eu. Il est repéré chez les jeunes par un entraîneur italien qui le fait venir en Italie." raconte Philippe Brunel : "Il se retrouve en chambre avec Leonardo Piepoli - qui sera exclu du Tour bien des années plus tard - et là il se rend compte que le dopage est un élément essentiel du cyclisme dans ces années-là. C’est quelque chose qui le révulse. Il abandonne l’idée de devenir professionnel, rentre en Hongrie et se dit  qu’est-ce qui peut être plus fort que le dopage ? C’est un moteur dans le vélo. "

De Paris à Budapest en passant par Rome, Philippe Brunel nous ramène à l’origine du dopage mécanique. Un récit digne d’un roman policier mais qui mis en parallèle avec l’avènement de Lance Armstrong révèle pas mal de zones troubles. 

Aujourd’hui, Varjas est persuadé que les moteurs ont été utilisé à plusieurs reprises depuis la fin des années 2000. Selon lui, la fréquence de pédalage infernale d’un coureur doit déjà être considéré comme un premier signal de mise en garde. 

"Évidemment, on ne peut être qu’interloqué par la fréquence de pédalage infernale que démontrait par exemple Lance Armstrong à Sestrières, la première année où il gagne le Tour. " poursuit le journaliste de L’Equipe. "Tous les experts, les spécialistes, les ergonomes qui ont étudié la pédalée d’Armstrong ont tous dit : " la puissance qu’il a développée dans les cols ne peut pas s’expliquer uniquement par le dopage", Greg Lemond nous dit qu’il y a 40 ou 60 watts qui se baladent, qu’on ne peut pas justifier."

Amoureux du cyclisme, Philippe Brunel se rappelle son enfance animée par les épopées d’Anquetil ou de Merckx.

"Ce qui nous plaît dans le cyclisme, c’est que l’homme reste au centre des choses, or depuis quelques années, on a l’impression que l’homme est devenu le faire valoir de la médecine, de la science et peut-être aujourd’hui de la technologie."

A travers ce livre, Philippe Brunel a voulu interroger l’histoire. Apporter des explications à des moments qui traînent derrière eux des  interrogations. Sans jamais avancer de preuves formelles. Sans jamais accuser, avec la seule volonté d’offrir à chacun la possibilité de mieux comprendre ce qui a existé.

"A un moment donné, c’est bien que les choses soient dites, c’est une façon d’avancer."