Rik Verbrugghe malade du COVID-19: " Je n'ai pas eu peur de mourir mais j'étais angoissé à l'idée d'être hospitalisé... "

Confinement belge, jour 34. Le monde du sport est toujours à l'arrêt. Et certains acteurs de ce monde sportif sont -ou ont été- concrètement, très concrètement, à l'arrêt, sur le flanc, incapable de respirer normalement, incapables de sortir de leur lit, touchés de plein fouet par ce satané coronavirus qui semble encore, pour certains d’entre-nous, d’entre-vous, un lointain fantasme. 

" On pense ne pas être concerné, on se dit que les autres vont l’attraper mais pas nous… et puis, sans prévenir, ça vous tombe dessus ! " L'ancien champion cycliste Rik Verbrugghe, vainqueur de la Flèche Wallonne, d'une étape du Tour de France, du prologue du Tour d’Italie, directeur sportif, consultant pour la RTBF, et désormais sélectionneur national belge à temps plein... Rik Verbrugghe donc, 45 ans, a été malade, et bien malade, du COVID-19.

Il l’a annoncé jeudi dernier via un message posté sur Instagram dans lequel il expliquait avoir enfin pu remonter sur son vélo. Une délivrance vécue avec joie et émotion. Aujourd'hui, il va donc mieux. Et il veut absolument témoigner pour convaincre celles et ceux qui en douteraient encore de la dangerosité de ce virus. Rik Verbrugghe s’est confié ce dimanche matin en radio au micro de Samuël Grulois dans le Journal des Sports de VivaCité.

Tout d'abord Rik, comment ça va... après " tout ça " ?

" Ça va beaucoup mieux. C’est vrai que ça a été une période un peu difficile. Quand on attrape ce virus, quand on est au summum de la fièvre et qu’on ne se sent vraiment pas bien, c’est agaçant et… paniquant ! Mais je m’en suis sorti et c’est le principal. Quand j’ai pu faire cette première petite balade à vélo dont j’ai parlé sur Instagram, ça m’a fait un bien immense !

Je n’ai que 45 ans, j’ai ressenti de fortes douleurs. Alors, j’imagine les souffrances des personnes âgées et affaiblies. Je pense vraiment à elles.

Toute votre famille a été contaminée. Vous avez tous moins de 50 ans. Et donc, même les jeunes doivent se méfier !

" Tout à fait, il faut faire attention. Personnellement, je ne sais pas comment ma famille et moi avons attrapé le virus. Mon épouse et les enfants l’ont eu avant moi. Je l’ai contracté en dernier mais j’ai eu droit à la grosse dose ! Je n’ai que 45 ans, j’ai ressenti de fortes douleurs. Alors, j’imagine les souffrances des personnes âgées et affaiblies. Je pense vraiment à elles. A mon âge, je sais évidemment et heureusement que j’ai plus de chances de m’en sortir… "

Vous avez évité l'hospitalisation, vous avez pu rester chez vous, à La Gleize, mais comme vous le dites vous-même, " J'ai été bien serré " ! Ça veut dire quoi ? Quels étaient vos symptômes ? Il paraît que même les excellents petits plats de madame Verbrugghe (NDLR : Claudia Van Avermaet, la sœur du Greg) ne vous plaisaient plus...

" C’est une combinaison de tout. Les maux de tête ont été mes premiers symptômes, pendant deux-trois jours. Ensuite, j’ai fait sept-huit jours de fièvre dont cinq-six pendant lesquels je suis resté alité, jour et nuit d’ailleurs ! Je me sentais vraiment fatigué, je ne faisais que dormir, j’avais des courbatures partout, surtout au niveau des points faibles de mon corps, les épaules et le dos en ce qui me concerne. Puis, j’ai eu droit à la perte de goût. Et forcément, quand vous perdez le goût, vous mangez moins… j’ai perdu quatre-cinq kilos. Ce qui est bon signe, c’est que j’en ai repris quelques-uns depuis. Même si, avec humour, perdre un peu de poids ne m’a pas fait de tort… Ça a duré très longtemps, presque deux semaines pour enfin me sentir légèrement mieux. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux mais il me manque encore l’énergie que j’avais avant le virus. "

Avez-vous eu peur ? Peur d'être hospitalisé ? Et, je vous pose la question sans aucun sensationnalisme, avez-vous eu, quand vous étiez au plus mal, peur de mourir ?

" Non, je n’ai pas eu peur de mourir. J’ai simplement eu peur de devoir aller à l’hôpital. Mon médecin m’avait prévenu que si ça s’aggravait, que ça descendait sur les bronches et que ça devenait oppressant au point de m’empêcher de respirer, j’aurais dû être hospitalisé. Mais dans le même temps, il me disait qu’il fallait vraiment essayer d’éviter ça même si ça ne dépend pas toujours de soi. Une fois qu’on rentre à l’hôpital, ce n’est généralement pas bon signe. Donc, je n’ai pas eu peur de mourir car je suis jeune, encore très dynamique, je roule à vélo, je fais du sport. J’ai surtout été angoissé à l’idée de me rendre à l’hôpital. "

Il faut continuer à sensibiliser les gens. Je peux comprendre l’envie de bricoler et de jardiner mais quand je vois les files d’attente devant les magasins de bricolage qui viennent à peine de rouvrir… Ce n’est pas une nécessité première ! Faites très attention à ce genre de sorties ! On pense qu’il n’y a que les autres qui seront touchés mais même les jeunes, en bonne santé, sportifs, peuvent l’avoir.

Quand je vous ai contacté pour vous demander de témoigner, vous m'avez directement répondu " Oui, je veux sensibiliser les gens " ! Vous sentez que c'est nécessaire de le faire ? Que tout le monde n'est pas encore conscience de la gravité de la situation ?

" Je suis resté deux semaines en totale quarantaine chez moi, en famille. Personne n’a bougé. Seulement pour aller faire les courses et encore… nous avons souvent privilégié les commandes ‘online’ pour éviter de sortir de la maison. Il faut vraiment être très vigilant. Lorsque vous commencez à ressentir les premiers symptômes, c’est à ce moment-là que vous êtes le plus contagieux. Il faut continuer à sensibiliser les gens. Ils doivent rester à la maison et ne pas sortir, le moins possible en tout cas, quand ils présentent les symptômes d’un état grippal ! Je peux comprendre l’envie de bricoler et de jardiner mais quand je vois les files d’attente devant les magasins de bricolage qui viennent à peine de rouvrir… Ce n’est pas une nécessité première ! Faites très attention à ce genre de sorties ! On pense qu’il n’y a que les autres qui seront touchés mais même les jeunes, en bonne santé, sportifs, peuvent l’avoir. "

Des virologues disent qu’il n’y aura peut-être plus de compétitions sportives sans vaccin efficace contre le virus. Si c’est le cas, alors on se retrouvera devant de très nombreux problèmes…

Même si vous étiez malade, vous avez suivi l'actualité cycliste. Avec cette grande décision : le report du Tour de France qui devrait se dérouler du 29 août au 20 septembre avec dans la foulée les Mondiaux, le Giro, la Vuelta et au milieu de tout ça les classiques. Ça vous inspire quoi ?

" Ça me fait plaisir qu’il y ait enfin une date pour le Tour. Ça veut dire que, une fois que le coronavirus sera derrière nous et que les évènements sportifs recommenceront, nous serons sur le bon chemin. Mais j’espère que cette date pourra être maintenue. Parce que j’ai entendu aussi des virologues dire qu’il n’y aurait peut-être plus de compétitions sportives sans vaccin efficace contre le virus. Si c’est le cas, alors on se retrouvera devant de très nombreux problèmes… Aussi bien les virologues que les mondes politique et sportif vont devoir trouver un équilibre entre l’économie et ce virus, parce qu’on ne pourra pas nous garder enfermés tout le temps ! A un moment donné, la vie doit reprendre, même si elle reprendra d’une autre manière. Toutes les personnes qui travaillent sur le déconfinement doivent donc trouver cet équilibre entre l’urgence économique, le bien-être des gens et la santé publique. Pouvoir ressortir fait partie du processus de guérison mais en étant prudent. "

Vous êtes le beau-frère de Greg Van Avermaet. On a beaucoup parlé des difficultés rencontrées par son équipe CCC. Est-il inquiet Greg ?

" Tout le monde est un peu inquiet dans son équipe ! Une partie du staff a été licenciée. Pour les coureurs et les directeurs sportifs toujours sous contrat, les salaires ont été sérieusement rabotés. Et il n’y a pas que CCC. De nombreuses équipes World Tour sont aussi en souffrance. Pour elles, le Tour de France est capital. Si le Tour ne se déroule pas comme prévu, quatre ou cinq équipes World Tour seront en grande difficulté. Et je ne parle même pas des équipes continentales pro et continentales qui n’ont aucune visibilité et qui n’ont toujours reçu aucun calendrier clair. Donc, si le Tour n’a pas lieu, ce sera une catastrophe économique. "

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