Rétro : Il y a 55 ans, Eddy Merckx remportait la première de ses 525 victoires

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© Belga Photo archives

Le 11 mai 1965, le jeune Eddy Merckx, 19 ans, remporte le Grand Prix de Vilvorde. C’est la première de ses 525 victoires professionnelles. C’est son cinquième jour de course dans une catégorie dans laquelle il n’a débarqué que treize jours plus tôt, alors qu’il effectue toujours son service militaire.

En 1965, avant de passer professionnel, Eddy Merckx remporte quatre des cinq courses Amateurs auxquelles il prend part. Le jeudi 29 avril, Eddy fait ses grands débuts professionnels à la Flèche Wallonne. Une édition disputée sous une météo glaciale. Voici ce qu’il disait à l’époque : "Après deux cents kilomètres, je me suis éteint comme une chandelle, après avoir subi une crevaison dans le Mur de Huy. Je ne disputerai pas la Doyenne ce dimanche. Je suis encore à l’armée et je dois me lever tous les jours à six heures du matin. Je ne dispose que de quelques après-midis par semaine pour m’entraîner, ce qui est insuffisant. Passer pro quand on est encore sous les drapeaux ne procure vraiment pas d’avantage".


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Merckx enchaîne ensuite avec quelques kermesses. Le journal Het Belang van Limburg ne se prive pas d’écrire que "le circuit des kermesses est une mauvaise école pour apprendre le métier". Ce que Eddy ne nie pas. "A juste titre mais mon service militaire ne me permet pas d’aller me produire à l’étranger".

Le Bruxellois se classe cinquième de sa deuxième course à Beverlo, deuxième à Louvain pour son troisième essai et troisième pour sa quatrième apparition au plus haut échelon. Vilvorde est donc son cinquième jour de course.

Le Grand Prix de la ville de Vilvorde est une épreuve créée en 1931. André Noyelle s’y est imposé en 1957, soit cinq ans après son titre olympique conquis à Helsinki, et Rik Van Looy y a triomphé en 1959.

Ce 11 mai 1965, Eddy Merckx se retrouve à l’avant de la course avec son équipier Bernard Van De Kerckhove, vainqueur d’étape et porteur du maillot jaune sur le Tour de France l’année précédente, et trois autres coureurs dont Emile Daems, un ancien vainqueur de Milan-Sanremo, de Paris-Roubaix et du Tour de Lombardie. Brabançon, comme Eddy, Emile est aussi son compagnon d’entraînement "mais il ne m’a pas laissé gagner, hein ! Il était même furieux que je l’aie battu au sprint", rapporte Merckx.

Voici le témoignage de Van De Kerckhove : "Eddy voulait absolument l’emporter. Je lui avais conseillé d’attaquer et il était parti à la vitesse de l’éclair. C’était inimaginable pour un aussi jeune coureur ! Milliard, qu’est-ce qu’il pouvait rouler vite ! En fin de compte, il s’était échappé et il avait conclu. Après coup, je m’étais dit que celui-là était un sacré client, hein…"

Lors cette première année professionnelle, entamée en cours de saison, Merckx remporte neuf courses sur route et se classe deuxième du championnat de Belgique.

Au sein de l’équipe Solo-Superia, le jeune bruxellois entre aussi en conflit avec son leader Rik Van Looy. C’est le signe avant-coureur d’un changement de génération. Entre Merckx et son aîné de douze ans, c’est un choc de caractères. D’un côté un Van Looy extraverti, cynique et aguerri à l’usage de mots un tantinet arrogants qui mettent son jeune coéquipier hors de lui. De l’autre, un Merckx plus renfermé et avec beaucoup de moins de bagout. Lorsque les équipiers de Van Looy le charrient avec la bénédiction de l’Empereur d’Herentals (le surnom de Van Looy), le jeune Bruxellois se sent en permanence blessé. Le gang du Campinois plaisante sur sa ressemblance avec un acteur américain spécialisé dans les rôles de méchant ou sur certaines de ses habitudes alimentaires. Les railleries ont souvent lieu les soirs d’étape, comme lors de Paris-Luxembourg, épreuve que Merckx aurait vraisemblablement remportée s’il avait obtenu l’aide nécessaire de la part de ses équipiers Solo-Superia. Quelques semaines plus tôt, Eddy a déjà dû se débrouiller seul lors du Championnat de Belgique à Vilvorde, où il a été mal renseigné et où l’équipe s’est même liguée contre lui. Sa décision est donc irrévocable : il ne restera pas dans cette formation !