Rétro, cyclisme : Le jour où Philippe Gilbert a mis la Flandre à ses pieds

Rétro cyclisme: Le jour où Philippe Gilbert a mis la Flandre à ses pieds
Rétro cyclisme: Le jour où Philippe Gilbert a mis la Flandre à ses pieds - © Tous droits réservés

"Cela reste le moment le plus intense de ma carrière" se souvient Philippe Gilbert. "J’ai vécu des moments forts où le public était vraiment proche et enthousiaste, mais c’était souvent très court. Par exemple dans le Cauberg. Ça dure 2 minutes maximum. Ici, c’était pendant plus d’une heure, sans arrêt. C’était vraiment phénoménal à vivre. J’ai ressenti le soutien de tout le monde. J’avais l’impression que la Flandre entière avait envie de me voir gagner. Ça fait plaisir parce que je ne suis pas l’un des leurs. En tant que wallon, être accepté en Flandre, c’est symbolique. Avec le maillot de champion de Belgique sur les épaules, j’y ai beaucoup pensé pendant ces longs kilomètres. Ça m’a aidé à trouver les ressources nécessaires ".

Un authentique exploit. Une échappée extraordinaire. Plus de 50 kilomètres à fendre la foule sur les pavés des monts flandriens. Philippe Gilbert n’oubliera jamais le 2 avril 2017. Jour de son triomphe lors de la 101ème édition du Tour des Flandres.

J'ai fait ce choix d'équipe pour le Tour des Flandres

Il y a 3 ans, la course s’élance pour la 1ère fois de la ville d’Anvers. Le coureur liégeois dispute sa 1ère saison dans la formation Quick Step. Le champion de Belgique est en forme. 2ème à Waregem et à Harelbeke, Gilbert vient de remporter les 3 Jours de La Panne. Les jambes tournent bien. Il est en pleine confiance au départ du Ronde. Le dernier de Tom Boonen qui fait sa tournée d’adieu.

"J’ai fait ce choix d’équipe pour cette course. Pour être performant au Tour des Flandres" rappelle Philippe Gilbert. "Nous étions l’équipe favorite au départ, la meilleure équipe".

Une équipe qui aligne de solides rouleurs: Boonen, Gilbert, Terpstra, Stybar mais aussi Trentin et Lampaert. Leur plan ? Faire exploser la course dès le Muur de Grammont, à 100 km de l’arrivée. L’accélération des hommes de Patrick Lefevere fait mal. Piégés, Sagan et Van Avermaet doivent faire des efforts pour rentrer. 12 coureurs se détachent. La formation Quick Step est bien représentée avec un trio composé de Boonen, Trentin et Gilbert. Ce groupe se lance à la poursuite de l’échappée matinale. Des fuyards repris avant le 2ème passage dans le Kwaremont. Une difficulté dans laquelle Philippe Gilbert part sans trop le vouloir.

"On avait passé un accord avec Boonen, Trentin et Luke Rowe de la formation Sky" explique le Liégeois. "On voulait faire sauter quelques gars du groupe dans le Kwaremont. On a monté vite, mais j’ai monté plus vite que les autres. Ça m’a permis de faire un écart involontaire. Le but était d’être à 3-4 coureurs, mais je me suis retrouvé seul".

J’avais l’impression que la Flandre entière avait envie de me voir gagner

Au sommet, le Belge hésite. Il est seul en tête de la course alors qu’il reste plus de 50 km à parcourir.

"Je ne savais pas trop quoi faire…" raconte Gilbert. "Je connaissais bien le parcours. C’était très dur. Très long. Avec encore beaucoup de monts à franchir. J’ai hésité avant d’y aller à fond. Alors, j’ai géré mon effort le mieux possible et j’ai réussi l’exploit".

Koppenberg, Taaienberg, Paterberg… Les monts s’enchaînent, mais le Liégeois est dans un grand jour. Il vole sur les pavés. Gilbert est porté par la foule. Le Wallon fait briller le maillot de champion de Belgique au milieu des drapeaux flamands. Tout un symbole.

J’ai beaucoup pensé à Claudy…

Sur la route d’Oudenaarde, Philippe Gilbert écrit l’histoire. Chaque coup de pédale le rapproche d’un 3ème succès dans un monument du sport cycliste. Un succès 30 ans après Claudy Criquielion, le 1er vainqueur wallon du Tour des Flandres.

"Claudy est décédé 2 ans avant… Je suis de la même génération que son fils, Mathieu. On a couru ensemble chez les jeunes. Je croisais Claudy sur les courses en débutant. J’étais impressionné de le voir sur les kermesses belges. Ce jour-là, j’ai beaucoup pensé à Claudy…".

Pour Boonen, c’est fini. L’Anversois est éliminé sur un ennui mécanique au pied du Taaienberg. A l’avant, Gilbert ne se pose plus de question. Il a creusé l’écart. Une minute d’avance sur ses plus proches poursuivants avant le dernier enchaînement Kwaremont – Paterberg. Dans la dernière ascension du Kwaremont… coup de théâtre ! Peter Sagan accroche la veste d’un spectateur et emmène dans sa chute Van Avermaet et Naesen. Un tournant dans la course !

"C’est un fait de course qui m’a peut-être aidé" reconnait Gilbert. "On ne saura jamais si cela m’a aidé ou pas. Je pars du principe que le vainqueur a toujours raison et ce jour-là, j'ai eu raison".

Je me suis interdit d’échouer

Dans le final, le champion de Belgique serre les dents. Après le Paterberg, dernière difficulté répertoriée, Gilbert se retrouve face au vent. 8 kilomètres interminables sur de longues lignes droites. Un tronçon extrêmement compliqué à gérer jusqu’à l’arrivée.

"Dans les derniers kilomètres, je n’avais quasi aucune info de l’ardoisier ou du directeur sportif. La communication était très mauvaise via l’oreillette. Je ne savais pas contre qui je me battais" raconte Philippe Gilbert. "De plus, je sentais que j’avais déjà bien entamé mes réserves et je ne suis pas le meilleur rouleur sur le plat. A 6 km de l’arrivée, j’ai ressenti un début de fringale, mais je me suis interdit d’échouer. Je me suis fixé les 4 derniers km. 4 km, c’est une poursuite. Je n’ai jamais fait de piste, mais je me suis dit: ‘Fais une poursuite à fond et on voit si ça tient…’ ".

Je pars du principe que le vainqueur a toujours raison et ce jour-là, j'ai eu raison

Et le Belge résiste ! Il peut même savourer. Profiter. Prendre le temps de lever son vélo au ciel. L'ancien champion du monde s’impose avec 30 secondes d’avance sur Greg Van Avermaet et Niki Terpstra. Une victoire qui entre dans les livres d’histoire.

"C’est devenu une arrivée mythique depuis le nouveau tracé du Tour des Flandres" explique Philippe Gilbert. "Cette longue ligne droite, c’est magique. J’avais le temps. C’était le Tour des Flandres. Alors, je me suis dit: ‘Profite et fais quelque chose de spécial’. Dès l’âge de 17 ans, j’ai roulé dans des équipes flamandes. J’ai roulé mille fois sur ces routes à l’entraînement. Cette course m’a toujours inspiré. Je venais de réaliser un rêve d’enfant".

Ce dimanche 5 avril, la rédaction des sports de la RTBF vous propose de revivre cet exploit de Philippe Gilbert lors du Tour des Flandres 2017. Rendez-vous sur La Une à 14h10 pour un replay en compagnie de Rodrigo Beenkens, Cyril Saugrain et les commentaires inédits de Philippe Gilbert.

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