Remco, petit prince européen

Il n’est pas encore midi sur la ligne d’arrivée du chrono des championnats d’Europe dont la course ne s’élance pourtant que 3 heures plus tard. Quelques rares badauds profitent du soleil en assistant au manège des techniciens et des officiels. À 100 mètres de là, une banderole R.EV 1703 (référence au code postal de Schepdal, son village natal) est déployée par René et André, trésorier et président du club de supporters de la province de Liège, casquette et tee-shirts officiels du fan club. "On a fait la route ce matin pour venir soutenir notre poulain" lancent-ils d’une seule voix. "Remco, c’est un crack, un talent fou. Un gamin super accessible, bilingue et qui représente bien la Belgique, un combatif comme on aime. Quand il a gagné à San Sebastian la semaine dernière, j’en ai pleuré" poursuit André qui consacre deux heures par jour de son temps à alimenter la page Facebook consacrée à leur jeune idole.

14h, Remco sort du motor-home de la fédération garé devant l’hôtel de la délégation. Il est dans sa bulle, hermétique à l’agitation qui règne autour de lui. Patrick Lefevere, son boss chez Deceuninck-Quick, assiste discrètement à l’échauffement, fraîchement débarqué sur place en hélicoptère quelques minutes plus tôt. "Il nous étonne tous les jours. Aujourd’hui, je crois qu’il va encore nous faire quelque chose. Remco, c’est le talent pur. Vous pouvez me faire confiance pour ne pas le lâcher. Lui, je ne vais pas le laisser partir" lance, le regard malicieux, l’homme fort du cyclisme belge.

Direction la Waagplein d’où se donne le départ de la boucle de 22 kilomètres du chrono du jour. Terrasses bondées, touristes en goguette. Parmi eux, une bonne vingtaine de supporters de Remco, drapeau belge, banderole, affublé de l’équipement complet du bon supporter. 15h12, le dossard numéro 23 s’élance sous les vivats de la foule. "Reeeeemco Evenepoel, le plus grand espoir du cyclisme mondial" harangue le speaker.

24 minutes et 55 secondes plus tard, Remco a mis tout le monde d’accord : 18 secondes d’avance sur Kasper Asgreen, le favori du jour. Le public exulte.

"Ce qu’il a fait est sensationnel" explique Rik Verbrugge, le sélectionneur national. "Dans les 9 derniers kilomètres, malgré le vent de face, sa vitesse oscillait entre 55 et 60 kilomètres/heure. Il était intouchable aujourd’hui. C’est une victoire éclatante."

S’en suit une demi-heure d’interminable attente sur le "Golden Seat" cette chaise réservée au meilleur temps provisoire. Remco sait qu’il a frappé un grand coup mais ne peut s’empêcher de se ronger les ongles dans l’attente du résultat final. Yves Lampaert, dernier concurrent à s’être élancé coupe la ligne, 28 secondes de plus que son jeune coéquipier qui fond instantanément en larmes. L’émotion de la victoire est trop forte mais ses pensées sont surtout destinées à Bjorg Lambrecht, décédé quelques jours plus tôt sur les routes détrempées de Pologne, et Stef Loos, un ami proche lui aussi mort en course en mars.

Ascenseur émotionnel d’une semaine très particulière pour lui, marquée par les deux plus éclatantes victoires de sa très jeune carrière et la disparition de son pote.

Le public, lui est conquis. Par la fraîcheur, le panache et l’ambition a priori sans limite d’un gamin de 19 ans qui plane, déjà, sur l’Europe du cyclisme. En attendant patiemment les mondiaux fin septembre.

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