Remco Evenepoel, l'espoir belge sur les Grands Tours ? "Pas avant 2021"

Remco Evenepoel et Jean-Pierre Dubois
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Remco Evenepoel et Jean-Pierre Dubois - © RTBF - Belga

Ces dernières années, Thomas De Gendt (sur le Giro 2012) et Jurgen Van den Broeck (sur le Tour de France 2010, après les déclassements d'Alberto Contador et de Denis Menchov) ont terminé sur le podium de deux Grands Tours. La Belgique n'a plus de candidat sur les Grands Tours au contraire des pays voisins, le Luxembourg (Bob Jungels), la France (Romain Bardet, Warren Barguil, Thibaut Pinot) et les Pays-Bas (Steven Kruijswijk, Bauke Mollema, Tom Dumoulin, Sam Oomen).

Remco Evenepoel sera-t-il le coureur du renouveau ? "Il ne faut pas lui mettre de pression durant les deux premières saisons", avertit Jean-Pierre Dubois, sélectionneur des Espoirs pendant douze ans (2006-2017) qui a vu beaucoup de talents défiler durant sa carrière : Jan Bakelants, Tim Wellens...

Si la Belgique accueille de temps à autre un des trois Grands Tours (le Grand Départ du Tour de France à Bruxelles en 2019), elle reste surtout le pays de deux des cinq monuments d'un jour du cyclisme, le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège, sans compter les semi-classiques, le Nieuwsblad, l'E3, Gand-Wevelgem et la Flèche Wallonne. Par conséquent, l'attraction pour ces épreuves est assez forte.

"Quand un jeune talent passe pro, il rêve de participer à ces grandes courses. Nous avons la même chose chez les Espoirs. Je me souviens du ZLM Tour, épreuve pour les spécialistes de bordures, qui se déroulait le même jour que Liège-Bastogne-Liège Espoirs. Certains espoirs n'ayant pas le potentiel pour faire un top 10 à La Doyenne, voulaient quand même y aller au détriment du ZLM, une manche de la Coupe des Nations. De plus, je remarque que les équipes font appel à eux de plus en plus rapidement sur ces épreuves. Il faut les laisser s'épanouir sur leur terrain. Faut espérer pour un Laurens De Plus qu'il ne bascule pas dans les courses d'un jour. Ce serait dommage de lui épingler cette étiquette."

L'exemple britannique

Au contraire de la Belgique, la Grande-Bretagne ne possède pas cet ancrage dans les monuments. Un facteur qui a toute son importance mais qui n'explique pas à lui seul le succès de ce pays sur les Grands Tours. Pour rappel, en 2018, la Grande-Bretagne a remporté les trois Grands Tours avec trois coureurs différents, Froome sur le Giro, Thomas sur le Tour et Yates sur la Vuelta.

"Il est clair que la Grande-Bretagne possède des moyens financiers que la Belgique n'a pas. La fédération britannique a travaillé sur un projet avec un groupe fermé de pistiers pour ensuite les transformer en des coureurs performants sur la route. Geraint Thomas en est le parfait exemple. La piste, comme le VTT, augmente la résistance à l'effort et à l'endurance haute. Ce sont deux disciplines qu'il faut encourager. Il ne faut pas forcément en faire en compétition mais cela doit faire partie d'un schéma d'entrainement."

Tester les jeunes sur un col hors catégorie

Si la Grande-Bretagne exploite la piste, la Belgique mise sur son projet Grimpeurs. Cette structure existe depuis 2009 (crée par Carlo Bomans) dans le but d'accompagner les futurs grimpeurs belges. Tout d'abord, il faut faire de la détection. Les coureurs sont évalués sur plusieurs épreuves : un test sur la Côte de Wanne sur 500 mètres avec départ arrêté et l'ascension du Col du Rosier, un effort de 10-12 minutes. Ces deux épreuves donnaient des résultats permettant de détecter des aptitudes à la grimpette.

Les meilleurs d'entre eux sont ensuite conviés au Grand Ballon d'Alsace, une montée de 25 minutes. "C'est sur ce Ballon d'Alsace que nous avons découvert Remco Evenepoel. Il était Junior 1. Son temps égalait presque celui de Bjorg Lambrecht Espoir 2, un des meilleurs de sa génération", commente le sélectionneur des Juniors Carlo Bomans.

Selon Jean-Pierre Dubois, il faut encore aller plus loin dans ce projet grimpeurs. "Le Ballon d'Alsace reste roulant où il ne faut pas chercher le 39x25 ou 36x28. C'est un col de deuxième catégorie au Tour de France. Ce sont des bons indicateurs mais après que met-on en place pour passer à la vitesse supérieure ? Pourquoi ne pas imaginer un test sur un vrai col hors catégorie, genre l'Alpe d'Huez ? Chez les Juniors, le Tour du Valromey constitue une découverte pour les meilleurs. C'est tard. Ou pire encore le Tour du Val d'Aoste pour les Espoirs. Il faut suivre les coureurs dès le 15 octobre quand la saison se termine. Selon moi, il faut travailler avec un groupe dès la deuxième année Juniors et les envoyer en stage de montagne régulièrement. Mais cela coûte de l'argent bien sûr, j'en ai conscience."

Remco Evenepoel doit préparer une carrière

La Belgique attend donc son prochain spécialiste des Grands Tours. Et si notre salut venait de Remco Evenepoel ? Déjà comparé aux plus grands, le Bruxellois effectuera ses débuts chez les professionnels chez Quick Step Floors en 2019 avec un programme adapté. 55 jours de course répartis sur plusieurs épreuves par étapes.

"Il a fait le bon choix. Il a un contrat longue durée. L'équipe sera suffisamment intelligente que pour le préserver." Nul doute que le Champion du Monde Juniors sera suivi de près. "Il ne devra pas écouter les journalistes et monsieur madame tout le monde. Chez les Juniors, il prenait les choses en main. Il devra maîtriser son tempérament. Il y a un accompagnement psychologique important à réaliser dès l'hiver. Il ne doit pas préparer une saison mais une carrière."

Par conséquent, les résultats de Remco Evenepoel n'auront aucune importance la saison prochaine. "Il ne doit pas courir pour une place mais à la progression. Le bilan chiffré de 2019 et 2020 ne compte pas. Avec ses qualités physiques, il peut déjà faire des top dix sur les courses d'un jour ou aider un leader pendant un long moment sur une classique, mais ce n'est pas le but. Il ne doit pas faire de Grand Tour avant 2021. Il doit peaufiner ses capacités. Il faut le préparer à devenir le coureur que la Belgique attend. Durant les deux premières saisons, laissons le faire des tours d'une semaine pour s'améliorer. Il doit toucher à tous les terrains pour qu'il devienne un coureur complet. Ce n'est seulement qu'en 2021, qu'on pourra le lancer avec des objectifs sur un Paris-Nice ou un Tirreno-Adriatico qui est un tremplin pour le Tour de France."

Résultats au général sur les Grand Tours des grosses nations du cyclisme ces dix dernières années

 

Vainqueur

Top 3

Top 5

Top 10

Belgique

0

2

3

6

Luxembourg

1

4

6

8

Pays-Bas

1

3

9

26

France

0

5

8

22

Colombie

2

13

16

24

Espagne

6

22

35

71

Italie

7

16

27

45

Grande-Bretagne

9

16

18

21

A noter que le dernier pays limitrophe à la Belgique, l'Allemagne ,ne compte qu'un seul top 10 au classement général sur ces dix dernières années : Andreas Kloden (Tour de France 2009, 5ème).

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