Pour le patron du Tour des Flandres Tomas Van den Spiegel, "il y avait moyen d'organiser Paris-Roubaix!"

C'est officiel depuis hier : la Reine des classiques cyclistes Paris-Roubaix est reportée au 3 octobre prochain. L'organisateur ASO n'a pu convaincre les autorités politiques françaises, et plus particulièrement le préfet des Hauts-de-France, Michel Lalande, qui a eu le dernier mot.

Cette décision est difficile à comprendre pour les fans de vélo nordistes qui constatent depuis des semaines, médusés, que toutes les courses flamandes se déroulent sans souci, à quelques kilomètres de Roubaix, juste de l'autre côté de la frontière, à Ninove, La Panne, Harelbeke, Wevelgem ou Waregem.

Ce qu’ASO ne réussit pas à faire (à son corps défendant bien sûr), la société Flanders Classics y parvient. Flanders Classics met sur pied, notamment, le Nieuwsblad, Gand-Wevelgem ou encore le Tour des Flandres, programmé ce dimanche.

A moins de 48 heures du Ronde, nous avons pris le pouls auprès du CEO de Flanders Classics, Tomas Van den Spiegel, toujours souriant et disponible mais un peu plus tendu que d’habitude. " Je ne dors pas très bien depuis quelques nuits. Les semaines sont chargées. On a eu Gand-Wevelgem le week-end dernier, A Travers la Flandre mercredi, et on a le Tour des Flandres dimanche… "

Tomas, nous avions fait votre interview en octobre dernier, juste avant l’organisation du premier Ronde à huis clos. Presque six mois plus tard, rien n’a changé. C’est fou !

" Oui, fou et décevant aussi de devoir vivre deux éditions de suite à huis clos ! Mais soyons optimistes et regardons déjà vers 2022 en espérant une édition normale. Franchement, ce n’est pas évident d’organiser une course dans de telles conditions. On aimerait retrouver notre public le long du parcours… "

Traditionnellement, à cette période de l’année, la tension monte chez les coureurs, les organisateurs, les journalistes. La ressentez-vous cette tension ?

" Elle est là mais elle est différente. Avant la pandémie, Flanders Classics était une machine bien huilée, chacun savait ce qu’il devait faire pour préparer nos épreuves. Aujourd’hui, on doit tenir compte de beaucoup plus de paramètres et ce n’est pas évident. "

Il y a du plaisir, quand même ?

" Le plaisir, ce sera pour dimanche. J’espère assister à une superbe édition comme en octobre dernier. "

Si on veut organiser toutes nos courses, il faut que chaque spectateur potentiel reste chez lui. Les Flamands sont tellement fous de cyclisme qu’ils sont prêts à faire ce sacrifice ! Nous sommes ravis du comportement des supporters qui préfèrent assister à leurs classiques à la télévision plutôt que de les voir supprimées.

Dans ce contexte, sans les rentrées financières liées au public ou au merchandising, comment se porte financièrement la société Flanders Classics ?

" Cela reste stable mais notre modèle économique souffre beaucoup. Ce n’est pas tenable sur le long terme. Une société comme la nôtre a quand même toujours un objectif commercial et, pour le moment, cet aspect-là est inexistant. Il faut vraiment espérer une reprise normale l’année prochaine, pas seulement pour nous mais pour l’ensemble du monde cycliste, et notamment les supporters qui n’imaginent pas rester encore enfermés chez eux pour les classiques en 2022 ! "

On connaît la passion des Flamands pour le cyclisme. Je vous avoue être étonné par la réelle absence de spectateurs le long des routes ou sur les sites de départ et d’arrivée de vos épreuves. On aurait pu craindre des soucis, voire des débordements. Comment expliquez-vous cette autodiscipline ?

" Il y a plusieurs raisons. D’abord, le gros travail de communication de notre part envers le public. On a bien expliqué que, si on veut organiser toutes ces courses, il faut que chaque spectateur potentiel reste chez lui. Les Flamands sont tellement fous de cyclisme qu’ils sont prêts à faire ce sacrifice ! Et puis, parallèlement, nous avons mis en place un paquet de mesures avec les autorités pour décourager les fans de se rendre le long des parcours. Nous sommes ravis du comportement des supporters qui préfèrent assister à leurs classiques à la télévision plutôt que de les voir supprimées. "

Même en cette période de pandémie, il devait être possible d’organiser l’Enfer du Nord ! On sait que 80% des spectateurs le long des secteurs pavés sont des Belges. Et les Belges ne peuvent pas quitter leur territoire pour le moment. Ils ne se déplaceront donc pas, ce jour-là, de l’autre côté de la frontière.

Quelle est votre réaction suite au report de Paris-Roubaix ? A vol d’oiseau, entre Roubaix et Wevelgem par exemple, il n’y a que vingt kilomètres…

" L’approche entre la Belgique et la France est totalement différente. Dès juin 2020, nous avons entamé des discussions avec les autorités autour des courses sans public. Ça fait donc des mois ! On discute quasi quotidiennement entre toutes les parties concernées par nos organisations, en interne et en externe. C’est un processus qui fonctionne très bien. En France, c’est un peu différent. La distance entre les responsables politiques et les organisateurs d’évènements sportifs est plus grande et ça n’aide pas. Mais malgré ça, même en cette période de pandémie, il devait être possible d’organiser l’Enfer du Nord ! On sait que 80% des spectateurs le long des secteurs pavés sont des Belges. Et les Belges ne peuvent pas quitter leur territoire pour le moment. Ils ne se déplaceront donc pas, ce jour-là, de l’autre côté de la frontière. J’ai bien conscience que les hôpitaux sont pleins dans le Nord de la France et que les autorités ont peur de voir les urgences saturées à cause de coureurs blessés en tombant sur les pavés. Mais ASO l’a bien dit, en moyenne, chaque année, deux participants à Paris-Roubaix seulement sont emmenés à l’hôpital… Mais voilà, on doit aussi comprendre que, dans de pareilles circonstances, des décisions doivent être prises. Le fait qu’on ait déjà trouvé une nouvelle date est positif. Qui plus est, une semaine après les Championnats du Monde en Flandre, ce qui devrait donner une chouette séquence de cyclisme. "

L’annonce du report de Paris-Roubaix ne fait pas que des heureux. Le week-end des 2 et 3 octobre sont programmés l’Eurométropole Tour et la Famenne Ardenne Classic, deux courses annulées l’an dernier et qui se retrouvent, une fois de plus, victimes collatérales. Est-ce que le fameux principe de solidarité, régulièrement vanté par le patron d’ASO Christian Prudhomme, existe vraiment ?

" Il faut trouver une solution pour l’Eurométropole Tour et la Famenne Ardenne Classic. Ce serait tellement logique. Pour le monde du cyclisme en général, il est important que Paris-Roubaix se déroule. Mais il faut absolument trouver une autre date pour ces deux courses wallonnes dont je connais très bien les organisateurs, des gens très compétents qui méritent d’avoir une place dans le calendrier. Il faut entamer des discussions au plus vite. "

Pour ASO, c’est facile de parler de solidarité. C’est le plus grand, le plus puissant des organisateurs de courses cyclistes. Attention de ne pas nous comparer avec à ASO. La société Flanders Classics est une grosse société mais pas aussi grosse qu’ASO ! Nous n’avons pas leurs moyens.

Oui mais… je me permets de revenir avec cette solidarité mise en avant par ASO depuis le début de la pandémie…

" Pour ASO, c’est facile de parler de solidarité. C’est le plus grand, le plus puissant des organisateurs de courses cyclistes. Il faut reconnaître qu’on dialogue beaucoup depuis le début de la crise, oui. On travaille bien ensemble. Mais parler de solidarité veut aussi dire qu’on cherchera une solution avec les fédérations nationales, avec l’Union Cycliste Internationale et avec les autres organisateurs, pour ces deux courses-là. Attention de ne pas nous comparer avec à ASO. La société Flanders Classics est une grosse société mais pas aussi grosse qu’ASO ! Nous n’avons pas leurs moyens, à tous les niveaux d’ailleurs. "

 

Écoutez l’interview-radio de Tomas Van den Spiegel en intégralité en cliquant sur le média en haut de l’article.  

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